Israël, RDC et Soudan : ce triangle stratégique…

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Le Président Felix Tshisekedi et le général Abdel Fattah al Burhane

TRIBUNE. Je me suis sérieusement posé la question de savoir ce que gagnait l’état hébreu en décernant le doctorat honoris causa au président Félix Tshisekedi.

J’ai trouvé un début de réponse dans le même geste que cet état posa jadis vis-à-vis de Paul Kagame reçu en pompe à Tel Aviv et gavé d’honneur avant de l’utiliser comme prestataire dans les opérations de paix de l’ONU au Soudan et comme sous-traitant dans les nombreuses sales besognes en Afrique des Grands Lacs.

En réalité, outre les intérêts économiques et pour motif de sa sécurité intérieure, Israël est plus préoccupé par la question de profondeur stratégique dont elle a besoin en Afrique pour se protéger contre son ennemi juré qu’est le Soudan. Assuré de ses liens privilégiés avec le Rwanda et l’Ouganda puis actuellement en pleine lune de miel avec la RDC qui par la bouche de son président lui a juré son amitié indéfectible jusqu’au point d’envisager ouvrir une représentation diplomatique à Jérusalem, l’état hébreu se sent en meilleure positon pour contrôler de l’extérieur comme de l’intérieur la politique du Soudan où la junte militaire acquise à sa cause venait de renverser le pouvoir civil.

Aux yeux des stratèges d’Israël, la chute de leur ennemi juré ( Omar El-Bechir) reste un acquis précieux à ne point hypothéquer et, dans un schéma « post printemps arabe » déjà pratiqué en Égypte, en remplacement de Moubarak par le civil Mosi avant de réinstaller dans la suite le régime militaire de Al -Sissi. Dans le cas d’espèce, le pouvoir civil soudanais n’aura alors servi que de trompe-l’œil avant le retour au pouvoir des militaires pro-Israël et pro-américains.

Au regard de ce nouvel environnement., il faille désormais réinterpréter l’invitation en mars 2020 de Fatshi à l’AIPAC à Washington, sa déclaration d’amour envers l’état hébreu, son soutien au plan américain de paix au Proche-Orient très défavorable à la Palestine et la remise, à titre de récompense, du titre honorifique sous le prisme de la diplomatie israélite d’intégrer la RDC dans l’opération très avancée de l’endiguement du Soudan.

La concomitance des événements actuels, notamment le coup d’état à Khartoum et la remise du titre honorifique au président congolais n’a peut-être rien d’aléatoire dans ce triangle pyramidal dont le centre névralgique des manœuvres et le bénéfice politique reviennent avant tout à Israël.

Le grand inconnu dans ce ping pong diplomatique, c’est le peuple soudanais à majorité musulmane, attaché à une politique pro-arabe, fidèle à la cause palestinienne et qui refuse de se faire voler sa victoire démocratique. Au cas où le nouveau pouvoir militaire durcissait le ton, il faudra craindre le radicalisme d’un peuple frustré et le brusque réveil d’un islamisme dont le Soudan est historiquement exportateur. Et dans ce contexte très explosif, la prise de position pro-Israel du pouvoir congolais peut s’avérer le fusible qui manquait pour allumer le feu à l’Est congolais placé depuis des mois dans un inefficace état de siège qui cherche dans sa rhétorique à se battre contre un ennemi terroriste qui n’existe pas encore sur le théâtre des opérations. Il pourra vite trouver cet adjuvant dans ce courant islamiste et terroriste venu gracieusement du Soudan pour masquer les responsabilités rwandaises dans les massacres des civils congolais.

Prenez garde! Un simple titre honorifique peut à la fois réclamer en contrepartie le prix de faire de la RDC la base-arrière d’une puissance étrangère et par la même occasion, servir de détonateur à une future vague islamiste insoupçonnée. Comprenne qui pourra!

Par Germain Nzinga

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