Côte d’Ivoire. A cœur ouvert avec Fatiha Bourdier, une Marocaine engagée pour le success story du tourisme ivoirien

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Fatiha Bourdier, entrepreneure touristique en Côte d’Ivoire.

INTERVIEW. Mme Fatiha Bourdier, née El MOUTAMER, une Marocaine, Entrepreneure touristique en Côte d’Ivoire, n’est plus à présenter au professionnel du secteur dans le pays d’Alassane Ouattara. Dans cet entretien, elle aborde l’entreprenariat féminin en Afrique et pose un diagnostic sur la relance post Covid-19 du tourisme dans son pays d’adoption en parlant d’un véritable Plan Marshall.

Indéniablement, vous êtes un acteur incontournable de la dynamique touristique en Côte d’Ivoire au regard des nombreux Prix qui vous ont été décernés en guise de reconnaissance de votre engagement. Pouvez-vous nous citer quelques-uns ?

En effet, sans risque de tomber dans l’auto satisfaction, j’ai eu plusieurs distinctions, dont la plus prestigieuse a été le Prix d’excellence du meilleur opérateur hôtelier 2016 de Côte d’Ivoire, en récompense de ses efforts pour le développement du tourisme en Côte d’Ivoire. Il en de même à l’échelle locale dont le Prix de la femme de l’année 2008 du département de San-Pedro, le Prix de la meilleure femme entreprenante de l’année 2010 de la même ville, le Prix « Awards des femmes battantes », en plus du diplôme d’ambassadeur volontaire décerné par l’Office Ivoirien du Tourisme « Côte d’Ivoire- Tourisme », en 2015.

Justement, comment voyez-vous le secteur touristique à l’heure de Covid-19 ?

Le secteur du tourisme est totalement sinistré en Côte d’Ivoire et partout en Afrique en cette période de la pandémie de Covid-19. Nous n’avons pour l’heure pas de perspective. Nos charges n’ont pas changé et les recettes sont quasi inexistantes.

C’est un travail de longue haleine qui attend les professionnels car la pandémie du Coronavirus entraînera des pertes énormes étant donné que le retour des touristes n’est pas pour maintenant puisque la crise sanitaire continue de sévir. Mais espérons qu’avec l’arrivée des vaccins, l’activité touristique reprendra ses lustres d’antan.

A votre avis, quelles sont les conditions pour la relance de cette activité en Afrique, en général, et en particulier dans votre pays d’accueil, en cette période de Coronavirus ?

Pour la relance des activités dans notre domaine, il faudrait un véritable plan Marshall pour l’industrie touristique. L’État devra mettre en place des mesures d’allègement fiscales et de soutien aux acteurs du secteur touristique. Il doit également aider les professionnels à avoir accès à des prêts et à des taux d’intérêt faibles. Le gouvernement devra travailler notamment à la levée des restrictions de déplacement, au rétablissement de la confiance concernant les voyageurs et à l’adaptation du secteur du tourisme aux réalités futures.

Qu’en est-il des perspectives du tourisme ivoirien à l’échelle internationale ?

Dans le secteur du tourisme, nous constatons une baisse d’activité significative, pour ne pas dire brutale. La saison s’annonce morose, à cause de la crise sanitaire mondiale liée au Covid19, le taux d’occupation des hôtels a chuté, compte tenue de la réduction de la demande en séminaires, des déplacements professionnels. Les touristes disposent d’un budget plus serré, ils économisent d’abord sur l’hébergement, puis sur la restauration.

Malgré ce triste tableau, la Côte Ivoire est un pays riche en  potentialités touristiques, mais non classé par l’Organisation  Mondiale du Tourisme (OMT) sur la liste des destinations touristiques, Pour figurer sur la liste des destinations touristiques, l’OMTa fixé la  barre de 500.000 touristes étrangers par an et nous sommes loin d’atteindre un tel nombre en raison de la crise sanitaire et politique actuelle. Nous pouvons atteindre cet objectif si la situation politique et sociale de la Côte d’Ivoire se normalise

Pour ce faire, nous souhaitons un engagement personnel et une détermination des pouvoirs publics et de tous les acteurs du secteur touristique pour faire de la Côte d’Ivoire et de la Région du Bas – Sassandra une destination de 1er choix.

Comment voyez-vous le tourisme entre la Côte d’Ivoire et le Maroc ?

La Côte d’Ivoire s’inspire de l’expérience marocaine en matière de tourisme dans l’organisation des salons touristiques et de l’artisanat. En la matière, le Maroc est un bon exemple pour l’Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire dispose, pour sa part, de nombreux atouts dont le tourisme balnéaire, le tourisme d’affaires, l’écotourisme et le tourisme culturel. La Côte d’Ivoire est une destination adaptée au tourisme d’affaires, dans lequel il est possible d’organiser congrès et conférences internationales dans les grandes villes comme San Pedro et Abidjan. Ce qui pourrait intéresser les hommes d’affaires et opérateurs marocains.

Dernièrement, vous avez animé le Séminaire le Bureau Afrique du Nord de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique sur les femmes africaines immigrées, entrepreneures dans le monde. Quelle lecture faites-vous de l’entreprenariat féminin aujourd’hui sur le continent ?

La femme entrepreneure en Afrique fait face à des difficultés que les entrepreneurs hommes ne rencontrent pas. Il y a trop de préjugés. Nous avons besoin de faire beaucoup plus d’efforts pour que nos mérites soient reconnus. Ces difficultés font que les femmes renoncent à entreprendre.

C’est à juste raison d’ailleurs que le séminaire avait pour but de promouvoir les connaissances en créant un espace de partage d’enseignements réels tirés d’expériences de femmes africaines immigrées entrepreneures dans le monde.

Mais aussi il a été question d’identifier les axes d’interventions pour une meilleure mobilisation de la diaspora africaine féminine dans le monde pour sa participation active dans le développement du continent. Aujourd’hui, les femmes sont les plus frappées par la crise de la pandémie de Covid19 car ce sont les femmes qui portent l’essentiel de la charge familiale. Il nous faut redoubler d’effort si nous voulons sortir de cette crise en meilleure forme que lorsqu’elle a commencé.

Il semble qu’il y a beaucoup d’embûches pour l’autonomisation des femmes en Afrique. Quelles sont les pistes que vous préconiserez pour transcender ces difficultés ?

Oui il y a effectivement beaucoup de difficultés à l’autonomisation de la femme en Afrique. La première concerne les préjugés, les considérations traditionnelles et religieuses. Ensuite, la difficulté d’accès au crédit par les femmes. Les conditions d’octroi de crédit éliminent la majorité des femmes en Afrique n’ayant pas une activité formelle. Enfin, les Etats ne mettent toujours pas en place des politiques adaptées pour faciliter l’autonomisation de la femme. C’est l’ensemble de ces freins que nos Etats doivent lever si l’on veut que la femme africaine participe réellement au développement économique du continent. C’est une question de volonté politique et de bon sens.

Biographie express

Opérateur économique des plus connus à San Pedro, ville balnéaire du sud-ouest de la Côte d’Ivoire, à quelque 300 km d’Abidjan, Mme Fatiha Bourdier est native de la ville de Rabat. Après avoir décroché, avec brio, son baccalauréat dans sa ville natale en 1981, et un Diplôme d’Etudes Universitaires Générales (DEUG) en littérature anglaise, elle a suivi une formation professionnelle en hôtellerie et tourisme. Après un passage à la Compagnie nationale « Royal Air Maroc » (RAM), en tant qu’hôtesse de l’air, Mme Fatiha a décroché d’autres postes de responsabilité, dont le dernier est celui de Directrice générale de Sophia Palace à San-Pedro qu’elle occupe depuis 1998. Au sein de la famille des hôteliers de la région Sud-ouest de la Côte d’Ivoire, Mme Fatiha jouit de beaucoup de respect et d’une grande estime de la part de ses confrères. Un mérite traduit par sa sélection en tant que « meilleur opérateur hôtelier de Côte d’Ivoire en 2016 ». Le succès se veut donc l’allié naturel de Mme Fatiha, qui s’est vu attribuer également le poste de vice-présidente de la Fédération Nationale de l’Industrie Hôtelière, section du Sud-ouest (FNIH/SO).

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