Europe : il faut continuer d’accompagner la reprise et améliorer la résilience future en réformant l’architecture économique, selon l’OCDE

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Après que la pandémie de COVID-19 a provoqué la pire récession de son histoire, l’Europe a renoué avec la croissance économique, grâce aux mesures politiques rapides et énergiques prises par les gouvernements et les institutions européens pour amortir le choc subi.

Cependant, retrouver les niveaux antérieurs à la pandémie ne suffit pas.  En effet, la crise a fait émerger de nouveaux défis et elle est venue aggraver des faiblesses préexistantes, comme les inégalités régionales. Mettre en œuvre des réformes propres à stimuler le potentiel de croissance, poursuivre des politiques macroéconomiques accommodantes tant que la reprise n’est pas fermement établie, tout en continuant de renforcer l’architecture économique de l’Europe : voilà autant de mesures indispensables pour asseoir une reprise plus forte et durable, selon les deux nouveaux rapports publiés par l’OCDE.

Dans les dernières éditions de l’Étude économique de l’Union européenne et de  l’Étude économique de la zone euro, l’OCDE met en garde contre un retrait prématuré du soutien budgétaire et monétaire et plaide en faveur d’un plus grande clarté concernant l’évolution future de ces politiques en fonction de l’avancement de la reprise. Ces études suggèrent que la zone euro pourrait tolérer une inflation légèrement supérieure à son objectif de 2 % pendant une période limitée. Les fonds destinés à financer des mesures de relance débloqués au titre du plan « Next Generation EU » devraient être investis rapidement pour stimuler la croissance et l’emploi, soutenir la transition verte et numérique et, enfin, réduire les inégalités territoriales. Parallèlement, il faut poursuivre les réformes de l’architecture économique européenne pour favoriser la prospérité de l’UE et de la zone euro, notamment en revisitant les règles budgétaires et en parachevant l’union bancaire.

« Les dirigeants européens ont très bien géré le choc économique provoqué par la pandémie de COVID-19, en tirant les enseignements de la crise de 2008 et en prenant des mesures politiques audacieuses, par exemple en lançant pour la première fois des emprunts conjoints. Dans le cadre des plans de relance, le moment est venu de s’attaquer à la fois aux enjeux structurels identifiés depuis longtemps, mais aussi à ceux nouveaux et émergents, de façon à ce que l’UE et la zone euro aient de meilleures fondations pour prospérer » a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE M. Mathias Cormann. « En menant des réformes appropriées, l’Europe pourra sortir plus forte de la pandémie et jouer un rôle de premier plan dans la construction d’un économie mondiale forte et durable. »  

Le rythme de la reprise en Europe devrait se maintenir au deuxième semestre de 2021 et rester vigoureux en 2022, malgré une croissance du PIB plus modérée. Cette reprise reste toutefois inégale et de nouveaux variantes du virus pourraient continuer de constituer une menace, notamment pour les pays accusant un retard dans les vaccinations. Selon les Études, la croissance du PIB devrait être supérieure à 4 % dans l’UE et dans la zone euro en 2021 comme en 2022, après avoir chuté de plus de 6 % en 2020. Dans la zone euro, l’inflation devrait selon les projections rester inférieure à 2 % à moyen terme, en dépit d’une hausse temporaire. Des projections actualisées seront publiées dans les Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE le 21 septembre prochain.

Étant donné les incertitudes ambiantes, les deux Études saluent la décision de maintenir activée la clause dérogatoire du Pacte de stabilité et de croissance jusqu’à la fin de 2022. La définition récente, par la Banque centrale européenne, d’un objectif d’inflation de 2 % plus symétrique constitue également une avancée positive et la politique monétaire devrait rester accommodante jusqu’à ce que l’inflation atteigne cet objectif de manière durable, ce qui n’est pas incompatible avec le fait de laisser l’inflation dépasser temporairement 2 % avant de modifier l’orientation de la politique monétaire.

Les fonds mobilisés au titre du plan « Next Generation EU » joueront un rôle essentiel pour stimuler la reprise et améliorer le potentiel de croissance de l’Europe, favoriser la transition numérique et promouvoir une croissance plus verte dans le contexte de la mise en œuvre du Pacte vert pour l’Europe. Stimuler l’innovation industrielle, les technologies numériques, les énergies renouvelables et les infrastructures transfrontalières, notamment en interconnectant les réseaux électriques et en développant des stations de recharge de véhicules électriques, devrait être une priorité. Pour que les fonds puissent être utilisés avec succès, il faudra mettre rapidement en œuvre les plans nationaux pour la reprise et la résilience, en faisant en sorte que les subventions de l’UE ajoutent de la valeur à l’activité économique et viennent en complément, et non en substitution, des financements nationaux, et en étant vigilant sur la gouvernance. Pour qu’investissement public et investissement privé aillent de pair, il faut réduire les obstacles à l’investissement privé, par exemple en simplifiant les procédures d’autorisation.

La crise ayant frappé certains pays, certaines régions et certains secteurs plus durement que d’autres, il faut absolument éviter que le COVID-19 ne laisse dans son sillage une aggravation des fractures régionales et des inégalités de revenu. Les écarts de revenu étaient déjà importants, les niveaux de vie dans les régions abritant les 20 % les plus riches de la population européenne étant quasiment trois fois plus élevés que dans les régions abritant les 20 % les plus pauvres. Les pays d’Europe centrale et orientale, qui étaient les moins prospères lorsqu’ils ont rejoint l’UE, ont vu leurs niveaux de vie converger vers la moyenne de l’Union, bien qu’ils soient souvent confrontés à un creusement de l’écart entre les grandes villes et les zones rurales.

L’Étude de l’Union européenne recommande de faire davantage pour tirer parti de la coopération entre pays et entre régions en matière d’innovation, de transformation numérique et de transport, de façon à aider les régions les plus pauvres à améliorer leur spécialisation productive. Les politiques de cohésion et de développement rural doivent être plus efficaces et mieux ciblées. Les outils budgétaires de l’UE, y compris la Politique agricole commune, devraient être utilisés de façon à ne pas encourager des entreprises ou activités inefficientes, par exemple en accordant des subventions ou des marchés publics dans des conditions non concurrentielles, et à davantage aider les régions à monter en gamme au profit d’activités à plus forte valeur ajoutée.

Tout aussi important, pour pouvoir prospérer, l’Europe doit apporter à son architecture économique des améliorations qui n’ont que trop tardé. Les règles budgétaires actuelles sont trop complexes, trop difficiles à suivre et trop compliquées à faire appliquer. Leur révision devrait aller dans le sens d’une plus grande appropriation de ces règles par les pays, d’une réduction de leur complexité, et de la prise en compte des enjeux pressants comme le changement climatique.

La zone euro bénéficierait également d’une intégration budgétaire plus poussée, et des efforts devraient être faits pour mettre en place une capacité de stabilisation budgétaire commune en prévision de chocs trop importants pour pouvoir être gérés au niveau national. L’Étude de la zone euro insiste également sur le développement de la mobilité transfrontalière de la main-d’œuvre, sur l’approfondissement de l’Union des marchés des capitaux et sur l’achèvement de l’Union bancaire, notamment avec la mise en place d’un système commun d’assurance des dépôts.

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