Côte d’Ivoire. Méditation d’exil sur le 19 septembre 2002, 19 ans plus tard…

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TRIBUNE. 19 septembre 2021. En assumant la résistance ou la rébellion il y a 19 ans de jeunes ivoiriens innocents avaient rêvé de la liberté à la Che Guevara. Nous avions soif de voir une Côte d’Ivoire unie où il fait bon vivre. Nous voulions amorcer l’enracinement de la démocratie.

Ne plus voir des hommes et des femmes militaires ou civils en prison pour des raisons politico-politiciennes. Une justice exercée par des magistrats de qualité et au service du peuple était notre ambition. La construction d’une nation dans laquelle seraient bannis le communautarisme, le clanisme, le sectarisme et le népotisme, etc. Tel était notre vœu pieux ! Des hommes et des femmes réconciliés avec eux-mêmes et avec la loi juste dans la prospérité partagée. Aucun fils, aucune fille de notre pays exilés, avions-nous pensé puisque nous en souffrions déjà. La corruption éradiquée sinon combattue par des acteurs probes.

19 ans après, chaque camp peut faire le bilan. Jeter la pierre à l’Autre est un vieux réflexe humain. Et chaque camp peut choisir de nous condamner, c’est leur droit et c’est plus facile ! Et je l’accepte et je l’assume. Certains de mes compagnons peuvent même en avoir opportunément honte aujourd’hui et se défausser sur le baudet. Là aussi je l’accepte et je l’assume. La vie est ainsi faite. La victoire a plusieurs pères et la défaite est orpheline.

Orphelin, je le suis peut-être, mais riche de mon expérience et de mes souffrances je le suis sûrement. Exilé je le suis et je le vis avec la force spirituelle et la résilience de ma conscience.

Si j’ai été un temps soulagé d’avoir fortement et résolument contribué avec le Président Laurent Gbagbo à réunifier la Côte d’Ivoire que menaçait une sécession, une partition; j’ai été particulièrement heureux d’avoir donné les cartes d’identité aux ivoiriens sans distinction, si j’ai été hardi pour organiser des élections en Côte d’Ivoire ( il fallait bien le faire! Et il fallait quelqu’un pour le faire), si j’ai avec conviction souhaité et lancé le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire et demandé pardon au peuple ivoirien pour expier le mal ivoirien, je demeure déterminé à continuer à demander pardon à la Côte d’Ivoire pour tant de souffrances et douleurs causées et vécues. La Côte d’Ivoire ne doit pas oublier ses morts dans tous les camps. Je sais que Seuls la démocratie, la réconciliation, le pardon refermeront les plaies de la Côte d’Ivoire.

En attendant, l’exilé politique que je suis paie sa part de responsabilité à la société même si je sais que d’autres voudraient me voir mourir. J’accomplis avec discipline ma traversée du désert avec mes compagnons épris d’idéal. Je ne me renierai pas ni ne gémirai et comme c’est Dieu qui donne la vie et la retire selon Sa Volonté, que Sa volonté soit faite ! Confions- nous sereinement à son jugement et à sa décision. Ainsi soit-il.

Guillaume Kigbafori Soro.

Ancien Premier Ministre

Ancien Président de l’Assemblée nationale

Président de Générations et Peuples Solidaires de Côte d’Ivoire.

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