Congo/Littérature et Musique. La Rumba Origine et évolution (1) de Don Fadel

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La Rumba Origine et évolution Don Fadel

Voici une réflexion sur la rumba qui sort de l’ordinaire car se fondant sur l’histoire des Kongos qui ont eu à transporter  la danse nkumba à Cuba. Et sur cette nouvelle terre, la nkumba s’est transformée en rumba pour des raisons phonétiques. Cette réflexion a le mérite d’être scientifique car  étant le résultat des recherches d’un artiste musicien, auteur compositeur, interprète, chanteur, ethnomusicologue et écrivain. Et son séjour, de dix ans à la Havane de 1960 à 1970, lui avait permis de redécouvrir la musique kongo à travers l’histoire de la Traite négrière.

La rumba, cette réalité congolo-cubaine se révèle comme une puissance sociale et sociétale qui s’est forgée, depuis des siècles en prenant sa source dans le Royaume kongo, est devenue une richesse culturelle universelle. Aussi, va-t-elle intéresser le patrimoine culturel au niveau de l’UNESCO. Dans cette étude combien riche et révélatrice de la société kongo, Don Fadel nous fait entrer dans l’univers de la danse nkumba qui sera la source de la rumba comme rythme musical. Et l’auteur de tracer le cheminement de ses recherches sur la rumba, du Royaume du Kongo à Cuba, pays l’ayant reçu pour ses études supérieures. Dans cette réflexion, il analyse aussi la nkumba devenu la rumba moderne qui a marqué et qui marque encore la musique des deux rives du fleuve Congo.

Du Kongo à Cuba : la nkumba à la conquête d’un autre monde

La Traite négrière devient, à un certain moment, et pour une raison commerciale, une grande activité pour la découverte et la conquête du Nouveau Monde entre 1492 et 1532. Beaucoup de Noirs vont être emmenés manu militari dans les Amériques et les îles. Des fils et filles du Royaume du Kongo vont se retrouver, malgré eux, à Cuba. L’auteur le remarque dans une étude de l’historien Yves Verbeek : « Une partie des esclaves déportés à Cuba, venant massivement du Royaume de Kongo depuis le port de Luanda (Angola) en transitant par l’île de Sao Tome,  étaient réexpédiés vers les Etats-Unis où ils travaillaient dans les champs de colons, mais la plupart d’entre eux restaient à Cuba » (p.42). Mais il faut noter qu’avant l’arrivée des Blancs, le Royaume du Kongo était bien organisé dans le domaine culturel, particulièrement en ce qui concerne la musique et les danses. Les Kongos fabriquaient moult instruments de musique comme le tam-tam, le saxophone, la trompette et bien d’autres instruments qui accompagnaient des chansons qu’ils composaient pour la création des danses. De la Nkumba kongo à la Rumba cubaine, naît une variété de rumbas à Cuba telles la rumba guaguano, la Rumba Colombia, la Rumba Yambu. À propos de celle-ci, Don Fadel spécifie qu’ « elle se jouait aussi avec le ngoma et la chanson antiphonale kongo, une rumba de tempo très lent que l’on dansait exclusivement en couple » (p.94).

La rumba de Cuba aux rives des deux Congo : retour à la source

Quand on parle de la rumba en ce qui concerne la musique et la danse sur le continent africain, ce sont les deux Congo, « enfants » du Kongo  qui viennent à l’esprit. Mais on remarque qu’au niveau de ce retour à la source, cette rumba a subi une évolution dans le rythme et la danse, particulièrement sur la rive gauche du fleuve Congo. Dans ce pays dit Congo Belge, la rumba se voit influencée par l’apport du rythme cubain ; elle accompagne l’ambiance festive de la société avec l’émergence des bar-dancings. Déjà dans les années 40-50, Wendo Kolosoy chante la belle métisse Marie-Louise à travers une rumba fantastique ; Marie-Louise, une fille née  d’un Belge et d’un Congolaise Tétéla. Voici comment Don Fadel nous révèle la rencontre entre Wendo et celle va chanter : « En 1948, Wendo Kolosoy rencontre Marie-Louise par hasard lors d’une pause, pendant les répétions avec ses camarades musiciens (…) « Je m’appelle Marie- Louise » (…). Cette rencontre inattendue provoque un coup de foudre qui poussa le musicien Wendo à composer une chanson dont le titre était le prénom de cette fille nommée Marie-Louise » (p.138).  Des années 50 jusqu’aux années 60, la rumba s’installe et s’impose sur la rive gauche du fleuve Congo. Elle attire, au niveau de la création musicale, leurs frères Congolais  de l’autre rive avant que ceux-ci regagnent le bercail à l’indépendance de leur pays pour y créer des ensembles musicaux sur fond du rythme de la rumba. Au Congo Belge devenu la République démocratique du Congo puis république du Zaïre, la rumba est omniprésente dans tous les orchestres. Et ce phénomène va aussi gagner l’autre rive du fleuve.  Du chapitre 17 au chapitre 21, l’auteur nous révèle la véritable histoire de la rumba dans son évolution à travers les nombreux orchestres qui vont naître sur les rives du fleuve Congo. Aussi, nous découvrons à travers cette réflexion de Don Fadel, pour la première fois, certains noms et musiciens et orchestres des deux Congo.

À la connaissance de quelques grandes figures Congo-cubaines

La déportation des Kongos vers les Amériques et plus précisément  vers Cuba,  va provoquer un tournant remarquable et remarqué  dans la musique du pays d’adoption. Aussi, va-t-on passer de la Nkumba  kongolaise à la Rumba cubaine, le mot rumba étant une déformation phonétique de nkumba, la langue des Blancs n’ayant pas de consones nasalisés, comme on le remarque dans certaines langues africaines.  Pour rappel, certains noms kongos, comme Nkouka, Nkodia, Mbemba, Nganga…vont être transformés en Kouka, Kodia, Bemba, Ganga par le Blanc. La danse de la nkumba (le mot « nkumba » signifiant  « nombril » en kongo) est une danse des deux Congo qui demande aux exécutants (hommes et femmes) de se frotter mutuellement leur nombril dans un élan érotico-sexuel. Les instruments kongos seront utilisés dans la musique cubaine, et comme le signifie Don Fadel, « Beny More fut élevé dans la pure tradition kongo (…). Il jouait de plusieurs instruments kongos : le ngoma, le likembe (sanza) et la guitare » (p.97). Des grandes figures Congo-cubaines, nous avons Carlos Patato Valdès qui, pour l’auteur, est l’inventeur du nouveau système pour accorder le ngoma qu’il nomma Conga qui fait penser au Congo. Don Fadel nous fait découvrir un autre Congo-cubain au nom typique de Loyolo Skull alias Arsenio Rogrigues né en 1911 de parents kongos ; ce dernier va créer le premier orchestre de Salsa à Cuba en 1940 ; et comme le spécifie l’auteur, « plusieurs de ses chansons étaient écrites en kongo, la langue de ses ancêtres kongo, qu’il parlait également » (p.101, note n°1). Au niveau des artistes femmes, on ne peut pas oublier la célèbres Celia Cruz qui porte en elle des gènes de ses ancêtres kongos. Et c’est par le biais d’un grand évènement congolo-américaine que Don Fadel nous révèle l’origine kongo de cette grande vedette : « Et lorsqu’elle Célia Cruz entonna sa chanson fétiche Kymbolo (…) tout le public se leva pour saluer et applaudir la « Reine de la Salsa ». À travers cette chanson, elle entra en communion avec ses ancêtres du Royaume de Kongo » (p.103).

La rumba origine et évolution : une étude indéniable sur le Royaume du Kongo

À partir de l’étude manifeste de la rumba, une spécificité de la culture congolaise des deux rives du fleuve Congo, l’auteur nous révèle l’histoire du Royaume du Kongo à travers celle de la Traite négrière avec ses tenants et ses aboutissants. Cet ouvrage apparait comme un travail de bénédictin sur le destin des Kongos, de leur origine à leur déportation aux Amériques en général et à Cuba en particulier.

Ecrit par un fils kongo qui a découvert l’origine de la rumba pendant son séjour à Cuba, ce livre de référence fait partie des documents précieux sur la Rumba congolaise à cause de son originalité. On est marqué par la précision des dates et les noms des orchestres cités dans ce travail ainsi que ceux des grandes figures de la musique congolais du XXè siècle à nos jours. Et les illustrations photographiques des grandes figures du Royaume kongo et de la musique des deux Congo ainsi que celles de Cuba donnent une autre dimension à ce précieux document.

Il est sied de dire, sans ambages, que les chercheurs en musicologie, les artistes, les musiciens ainsi que les mélomanes devraient en principe se procurer cet ouvrage pour s’approprier des connaissances qui leur font défaut sur ce sujet d’une importance sociale et sociétale traité par Don Fadel. 

Noël Kodia-Ramata

  • (1) Don Fedel, La Rumba Origine et évolution, éd. L’Harmattan, Paris, 2021

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