Congo. La tension baisse à Nkayi après la mort d’un jeune à la police

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SOCIETE. La nuit a été tendue à Nkayi, la quatrième ville du Congo, située dans le sud ouest et connue pour son industrie sucrière. La circulation a timidement repris dans le coup de 9h, selon les autorités municipales que nous avons pu joindre ce matin.

Mais, à l’heure actuelle, elles disent ne pas être capables de construire une vraie version de fait. Elles hésitent cependant d’appuyer la version avancée, dès le début par le commissaire central de Nkayi, parlant d’une tentative de pendaison dans la cellule.

Comment la victime a pu se procurer la corde pour se pendre, quand on sait que c’est quasiment en caleçon que ce genre de suspects sont détenus dans nos commissariats.

Lovi, un jeune désœuvré de Nkayi, fils d’un chauffeur de taxi, a été accusé par une dame de recevoir l’argent de la recette volée dans sa boutique. En effet, la vendeuse de la boutique, fille de la commerçante, serait la petite amie de la victime, et sa patronne l’accusait de vol. Elle a ensuite établi que le petit butin était rapporté au jeune Lovi.

Saisie par la propriétaire de la boutique, qui a conduit avec son mari, le jeune suspect au commissariat, la police a résolu de garder le jeune Lovi afin d’extraire quelques aveux.

Au soir de son arrestation, Lovi trouve la mort dans le commissariat, semble-t-il par pondaison.

La version de la police a aussitôt été battue en brèche et rejetée par certains jeunes du quartier J-3, proches de la victime. Dans une première intention, ils ont résolu de se faire justice en tentant de piller la boutique qui se trouve au quartier le Village, en plein cœur de Nkayi.

Mais l’intervention des policiers n’a pas permis le forfait. Et plus tard dans la nuit, le groupe de jeunes, plus nombreux est revenu avec des pierres et gourdins pour faire partir les policiers.

Jets de pierres, coups de feu en l’air…Nkayi a vécu une nuit électrique.

La tension n’était pas totalement baissée au réveil des habitants de Nkayi qui ont découvert des barrages sur la voix publique et une circulation interrompue.

Des groupes de personnes sont descendues dans les rues pour savoir davantage, et chacun y va de sa version, selon sa compréhension et ses émotions. Des témoignages que nous avons reçus et recoupés.

En fait, la mort de Lovi dans le commissariat de police, n’est qu’une goûte d’eau qui fait déborder le vase. Il y a quelques jours, un élève, écouteurs dans les oreilles, poursuivi par les travailleurs de la société sucrière SARIS, est tombé dans un trou, plein d’eau et de boue, creusé par les fabricants de briques. Les travailleurs lui reprochaient de n’avoir pas quitté la route, alors que le véhicule klaxonnait avec insistance.

Sauvé par la population riveraine de l’avenue de la Bouenza, le garçon est conduit à l’hôpital où il trouve la mort. Les habitants de Nkayi estiment que SARIS devrait être poursuivie, ce qui n’a pas été fait.

A cela, il faut ajouter le décès, l’année dernière de Merveille Bazonzela, une jeune dame épileptique qui a été arrêtée et tabassée par des gendarmes pour non port de masque.

Mère d’un enfant, et vendeuse ambulante, Merveille a succombé d’un traumatisme crânien, d’après une analyse du centre d’hygiène de Nkayi, commandée par les autorités.

Pour éviter la riposte annoncée des jeunes, Merveille Bazonzela a été précipitamment enterrée à Boko Songho, et non à Nkayi où elle a vécu.

Depuis cet incident, Nkayi est devenue la seule ville congolaise où la population ne porte pas de masque contre le coronavirus. Craignant de vivre une ébullition, les autorités locales n’ont pas souhaité forcer la main.

Elle procède à une sensibilisation sur l’intérêt de porter le masque, mais les résultats sont au point zéro.

Interpelé par le Sénat sur les bavures policières récurrentes, le ministre de l’Intérieur Raymond Mboulou avait indiqué que « quelques fois, c’est la population qui provoque la police ».

Arsène SEVERIN-Journaliste (Fb)

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