Congo. La République des délestages, célébrons !

On fête dans l’obscurité, sans électricité !

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TRIBUNE. Notre vocabulaire local s’est gravement et malheureusement enrichi. Chacun peut célébrer cet indice du sous-développement en sa langue maternelle, son patois :

Courant me kuenada (Kituba/ Kikongo)

Courant ekeyi (Lingala)

Courant imi yende (Tsangui)

Courant a mi dzoua (Mbochi)

Courant yèsi (Kamba)

Courant yeele (Lari)

Courant oyè (Ngangoulou)

Courant di ma wenda (Punu)

Courant di mua kwè (Bembe)

Courant iyini (Teke)

Courant ya kwende (Vili)

Courant idze (Mbeti)

Courant yenzi (Sundi) !

Une célébration populaire et synchronisée au même moment que la coupure intervient dans les quartiers ou même dans les bâtiments officiels. Les fonctionnaires comme par instinct, crient tous, chacun dans sa langue !

Aujourd’hui, 28 novembre, cela été le cas. Heureusement, en milieu officiel, on se fait toujours accompagné de groupes électrogènes de grandes puissances pour éviter les délestages.

Le Premier ministre Anatole Collinet Makosso qui a publié une superbe déclaration en cette circonstance, sait par ailleurs qu’il n’a pas été suivi par tous les habitants de Brazzaville et de Pointe-Noire, qui concentrent les 2/3 de la population du Congo. Pas de courant. Ata, courant ya kwend’ !

Cela renforce très souvent la rumeur et les fake news. Les gens ne suivent jamais rien chez eux, pas de courant. Courant di ma wend’.

Lorsqu’on lance la République du Congo, le 28 novembre 1958, le pays ne dispose que d’une petite centrale hydroélectrique, le Djoué, 16 Mw, mis en service en 1954 par le colon français. Et il y avait de l’électricité sur toute la petite cité de Brazzaville.

Le 15 août 1960, on a célébré l’indépendance dans la luminosité, la clarté du courant électrique. Grâce au même barrage ! il n’y avait pas à l’époque de Courant a mi dzoua !

Dix-neuf ans après, une autre centrale hydroélectrique, Moukoukoulou, 74 Mw, dont la construction est négociée auprès de la Chine par le président Alphonse Massamba Débat, est mise en service par le président Denis Sassou Nguesso.

Le Congo populaire brille de mille et une lumières. A Louboto, village près de Moukoukoulou l’électricité fournie sans interrupteur, est non-stop même dans les bananeraies de l’arrière-cours.

Après, vint Imboulou, 120 Mw, le courant de l’ensablement et de l’inondation. Et depuis là, Courant yènsi ! Courant oyè ! Et on chante ainsi tous jours, selon les quartiers, soit selon les villes, voire sur tout le Congo. Courant ekeyi…

Par Arsène Séverin

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