Congo. De l’appartenance historique des [ba]-Teke à la nation ou fédération de Koongo dia ntootela

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Les Teke – ou Téké- sont des Bantous  d’Afrique centrale répartis, pour l’essentiel de leur population, au sud, au nord et centre de la République du Congo, mais aussi à l’ouest de la République démocratique du Congo, et, minoritairement, au sud-est du Gabon.

         Certaines études anthropologiques d’obédience notamment européenne définissent les Teke, comme étant les sujets du roi Makoko qui en date du 3 octobre 1880 à Mbé conclut avec Pierre De Savorgnan De Brazza, agissant pour le compte de la France, le traité dit « Traité Makoko », aux termes duquel il place le soi-disant royaume sous la protection de la France.

         Cependant, à la lumière de certains travaux, l’existence d’un royaume dit Bateke ayant, à sa tête, le roi Makoko semble de plus en plus contestable.

         A titre d’exemple dans “Afrique équatoriale française” publié en 1952 aux éditions Berger-Levrault, Henri ZIEGLE, rapporte le sentiment d’une appartenance commune desTeke eux-mêmes avec les Koongo.

         C’est ainsi qu’aux termes des écrits de Henri ZIEGLE, “ …le sentiment d’une origine commune subsiste dans certaines traditions des quatre peuples de l’extrême Sud (Bavili, Basoundi, Bakongo, Batéké, qui vivent dans le massif du Chaillu et le long de la Ngounié et de la Nyanga, et que les ethnologues rattachent à des groupes différents, disent descendre d’un ancêtre commun, et considèrent que telle ou telle famille de l’une des deux communautés correspond à telle ou telle famille de l’autre. [P.57]

         Dans le même ordre d’idées, Henri ZIEGLE mentionne que : “ La coïncidence de certaines données anthropologiques avec les traditions indigènes permet seule une ébauche de classement desv peuples négro-africains. Les occupants anciens de l’extrême sud sont, de leur propre aveu, les peuples que l’on groupait parfois sous le nom de Mba : Bavili sur la côte, Bassoundi ( avec les Balali et Bakongo) au delà du Mayombe, Batéké sur les plateaux et alentour. Les Bavili sont assurément un groupe assez pur, qui a subi peu ou point d’altération physique depuis son installation dans le pays Ils présentent des caractères originaux : un fort prognathisme maxillaire, des lèvres épaisses, la lèvre inférieure souvent pendante, la tendance à la brachycéphalie; leur expansion s’était faite d’abord en direction du nord, et leurs traditions les donnent pour venus du sud. Les traditions leur donnent aussi pour compagnons de migrations et proches parents une série de peuples voisins, chez qui on retrouve en effet, mais moins purement, des caractères somatiques analogues : Baloumbou de Mayoumba, Bapounou de Tchibanga et Mouila, Babindji ( en voie d’extinction), Bavoungou, Varama, Eschira de la Ngounié-Nyanga. Nous avons noté le mystérieux apparentement des Bapounou et des Bakélé. Les Bayombé, peuple principal du Mayombe, occupent aussi une situation ambiguë, proches des Bavili, mais proches aussi des Basoundi. Tous ces peuples forment le groupe des Fiottes. Ce nom qu’ils se sont eux-mêmes donné signifie tout simplement les Noirs.” [61]

         Par ailleurs, le même auteur ajoute que : “ Lorigine des peuples de la zone de contact Niari-Congo est plus obscure; il y a quelques siècles, ils considéraient cette région comme le berceau de la race. Leur expansion se fit principalement vers le sud ouest…leur régime de filiation est le matriarcat…Ce sont des peuples assez mystiques, chez qui le “féticheur” joue un grand rôle, sur qui les religions européennes ont une moindre prise que les hérésies locales auxquelles ces religions donnent lieu. L’esprit de solidarité est très poussé chez eux, et donne naissance à des associations restreintes de secours mutuel (le “ Kitemo”). Les sociétés secrètes sont nombreuses.

Les Basoundi habitent la savane au nord du bas Congo. Les Bakongo, du sud-ouest de Brazzaville, leur sont apparentés. Les uns et les autres sont beaucoup plus nombreux en territoire belge qu’en territoire français. En revanche, les Bakouo, connus sous le nom de Balali ( hommes de la Lali, du nom d’une rivière – ou hommes de la savane), sont contenus intégralement en territoire français, au nombre d’environ 60.000. Actifs, industrieux, avides de connaissances et de progrès, les Balali ont été les meilleurs auxilliaires de la pénétration française, et, dans une période pénible (1896-1898), des alliés sûrs; en revanche leur mysticisme, leurs exigences mêmes, certaines erreurs de l’administration, leur conviction que des promesses faites par “Monsieur de Brazza” n’étaient pas tenues, ont fait de cette région une zone de turbulence et de désobéissance passive; l’ “ affaire Balali” aurait sans doute été tenue à sa juste place d’agitation sans gravité, si le voisinage immédiat du chef-lieu n’avait faussé les perspectives. Après avoir participé à une série de mouvements mi-politiques, mi-religieux, les Balali suivirent en masse, de 1935 à ces dernières années, une sorte de prophète, André Matsoa ( mort en 1943), qui revendiquait pour eux une place privilégiée analogue à celle des citoyens des Quatre Communes en AOF. Depuis quinze ans environ, on assiste donc à ce phénomène extrêmement rare en Afrique noire : un mouvement à peu près strictement nationaliste. Ni la répression organisée par le Gouverneur général Eboué, après une longue période de tolérance, ni la mort du leader n’ont totalement éteint ce mouvement.

Les Batéké peuplent une très vaste surface au Moyen-Congo et au Gabon. Ils n’avaient guère d’unité lors de la pénétration européenne. Selon leurs traditions, bon nombre d’entre eux avaient émigré vers la rive gauche du Congo. Les Batéké chefs (Bafoumou – ceux qui comptent le macoco, chef de la rivière) occupent le voisinage du Stanley Pool; les principaux autres rameaux sont les Bansénségué (“ hommes de la savane”), les Bangwongwoni ( “ mangeurs de chenilles”), les Bakoukouya ( du plateau proche de Djambala), les Bangoungoulou ( de la basse Alima), les Batsayi et Batéké-Balali (du haut Ogoué)….Dans l’ensemble, ils sont méfiants, hostiles aux innovations, exceptionnellement attachés à leurs traditions; ils échappent à cette tendance à imiter l’Européen, assez générale chez les Africains, ce qui leur vaut auprès de leurs voisins une réput      ation de stupidité parfaitemment imméritée. Les Batéké tissent le raphia, qui leur fournit leur vêtement.

Tous ces peuples : Fiottes, Basoundi et apparentés, Batéké, ont, malgré leur opposition historique, des traits communs : ce sont des sédentaires (leurs établissements tournent dans un pays, et ne suivent pas des itinéraires de migration) ; leur régime n’est pas marqué par l’habitude des guerres; leur adaptation à la forêt est à peu près nulle; leur organisation politique se caractérise par une hiérarchie de chefs, aux liens de vasselage très lâches, la cellule de base étant la famille au sens large, la qualité de chef de la branche aînée donnant vocation de commander, sans y prédestiner absolument; ils connaissent la propriété collective des produits, et une certaine propriété de la terre…..[61.]

Le nord-est du Moyen-Congo est occupé par un résidu de population ancienne réfugiée dans les lagunes, les Likouba, et par leurs vainqueurs, venus du nord à date historique, et dont les Batéké arrêtèrent l’essor, comme on le verra : Boubangui, Baloï, Bafourou (Apfourou), Mbochi. Ce sont des peuples rudes, beliqueux, très turbulents,….dont l’organisation militaire a laissé des traces…”[64.]

         Par ailleurs, Henri ZIEGLE souligne d’une part dans son remarquable ouvrage que “ La région actuelle du Pool était, d’après les traditions d’alors, le berceau du Royaume de Congo. Elle appartenait à une province privilégiée, gouvernée par un Manisundi ( chef des Basundi) dont l’avancement normal était de devenir Roi Congo” [P.90] et d’autre part que : …des traditions vivaces représentent les Batéké, Bavili (Loango), Balali (proches parents des Basundi) et Bakongo, comme les anciens du pays, unis depuis longtemps par des alliances. [P.92.]

         Ainsi, dans cet univers Koongo que constituent les pays Sud du Congo-Brazzaville (Bavili, Basoundi, Bakongo, Batéké, Balali, Bakamba, Babembe, Badoondo, Bakuni, Balumbu, Bayombe, Bahaangala, Mikenge etc) Makoko que les européens, en l’occurrence les Français vont traiter comme un  roi est, en réalité, un illustre personnage, en l’occurrence, un grand prêtre notamment au sein de l’ordre de Leemba qui est une des grandes écoles initiatiques dans l’ancien Congo ou le Koongo dia Ntootela.

         C’est ainsi que, pour Léon Guiral, un des proches collaborateurs de Pierre Savorgnan dit Comte De Brazza “ l’autorité de ce Mukoko de Mbê, outre qu’elle ne s’étendait guère au-delà de son viollage, était plutôt de caractère religieux…il existait d’ailleurs plusieurs Makoko de Stanley Pool à Alima.” Batsikama (Raphaël) in “ L’Ancien Royaume du Congo et les BaKongo (Ndona Béatrice et voici les Jagas)” L’Harmattan, 1999, P.127.

         A cela, l’éminent kongologue Raphaël Batsikama rapporte, à juste titre que :

La société secrète de Lêmba qui parodie en tout et pour tout, les cérémonies du sacre du Roi congolais depuis son élection, se servait du terme KÔKO pour désigner et le gong en bois ou cloche de rassemblement et le supérieur.” Batsikama [P.127.]

         Dans le même ordre d’idées, Henry Morton Stanley rapporté par le dernier auteur mentionne que : “ le chef de Lêmba qui était de loin le plus considéré de la région de Kinshâsa portait le titre de Ma KoKo.” Batsikama [P.125.]

RUDY MBEMBA-DYA-BÔ-BENAZO-MBANZULU ( TAATA NDUENGA)

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