Congo Brazzaville. Terre des Légendes : Michel Boyibanda

Légende vivante de la musique congolaise.

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Michel Boyibanda

Ci-dessous, en profil, à la santé de son âge, vieillissant, les cheveux ras, les traits tirés, le visage émacié, le teint pâle, deux poches noires sous les yeux.

Cependant, un Michel Boyibanda, au regard où semble naître encore des désirs de s’exprimer. Dans son jardin secret, un répertoire de chansons non connues, qu’il ne livrera, peut-être, jamais, au public, n’en ayant plus les moyens nécessaires et les aptitudes.

Figure majeure, parmi d’autres artistes musiciens des deux Congo, Michel Boyibanda a fait les beaux jours des orchestres Negro Band, Bantou de la Capitale, OK Jazz et Les Trois Frères.

Une migration, sur plusieurs formations de la rumba. Phénomène courant, dans les milieux artistiques congolais. Dans le cas de Michel Boyibanda, voulu par lui même, pour deux motifs. S’imprégner, sans complexe, des styles musicaux, en vogue, sur les rives du fleuve Congo. Donner la preuve de sa facilité d’adaptation dans les orchestres, même étrangers, qu’il voulait bien intégrer.

Michel Boyibanda aura, ainsi, de sa longue et brillante carrière d’artiste, partagé la scène musicale, selon les périodes qui se sont succédé, avec Franklin Boukaka, Célestin Nkouka, Nganga Edo, De Lalune, Kwami Munsi, Vicky Longomba, Jean Serge Essou, Papa Noël, Moulamba Moujos, Nino Malapet, Luambo Makiadi Franco, Loko Massengo, Josky Kiamboukouta, Sam Mangwana, Youlou Mabiala, Ndombe Opetum, Lutumba Simaro, Ntessa Dalient.

Les Présidents Marien Ngouabi, Jacques Joachim Yhombi Opango, Denis Sassou Nguesso, Omar Bongo Ondimba et Mobutu qui l’aimaient bien, ont dansé à sa chaude musique.

Par le biais de mes relations avec l’ancien Ministre congolais, Mr Pierre Nze, dont j’étais le Secrétaire Général des Affaires étrangères, par intérim, au sein de son Département, dans les années 83, je fréquente Michel Boyibanda, tout comme le Ministre, fils de la région de la Sangha, dans le Nord du Congo.

Un rapprochement avec l’artiste dont, déjà, de loin, j’appréciais la stature internationale et le talent, pour sa notoriété et ses chansons que je fredonnais et qui résonnaient dans les bars dancing de Brazzaville, Pointe Noire, Kinshasa, Yaoundé, Douala et autres Libreville.

Du peu que je n’ai pas oublié de mon lointain lien culturel avec Michel Boyibanda, faire de la musique était une passion pour lui. Il s’était délesté des professions qu’il avait tenté d’exercer, au profit de la chanson.

Chanteur, auteur compositeur, il était, par ailleurs, mu, dans son cœur, par la compétitivité du monde musical. Il ne rêvait que de produire des disques en vinyle qui faisaient fureur, avant l’arrivée du CD et du numérique.

Aussi, signe-t-il des tubes qui ne s’altèrent pas. Tels Maswa Enani, Kumbé Kumbé, Saley, Obimi Mbwé, Ata Nayebi, Ameublement, Samba Tokosamba, Zando Ya Tipo Tipo, Anto na bwaki bipalé, Malamu na solola na nzété.

Avec son oreille sensible au rythme, Michel Boyibanda savait se renouveler et chercher de l’inspiration pour créer de nouveaux morceaux.

Contrairement à d’autres musiciens, Michel Boyibanda cultivait le bon sens relationnel. A la fois, pour travailler avec d’autres confrères de l’orchestre, mais aussi, pour être en contact avec le public, surtout celui qui se régalait de son élégante et remuante gestuelle, devant le micro.

Musicien courageux, Michel Boyibanda s’imaginait bien que sur le chemin difficile du métier qu’il avait choisi, n’étaient pas toujours attendus des revenus stables. Ce qui n’était pas une source d’anxiété pour lui. Aimant à se dire que la célébrité d’artiste n’apparaissait pas du jour au lendemain.

Même les grands noms de la musique, si auréolés qu’ils étaient, avaient préparé leur succès, durant des années, affirmait Michel Boyibanda.

Ces temps ci, affaibli par l’âge, la maladie et le manque de ressources suffisantes pour une vie meilleure, les droits d’auteurs n’étant pas bien reversés aux artistes, Michel Boyibanda ne mâche qu’un souhait. Celui d’être pris en charge, au plan médical, par les pouvoirs publics congolais, en reconnaissance des loyaux et nobles services rendus à son pays, par sa musique et l’artiste qu’il est.

Puisse le Ministre congolais de la Culture et des Arts s’y pencher, de près, avant qu’il ne soit trop tard, pour cette légende vivante de la musique congolaise qu’est Michel Boyibanda.

Un cri de cœur qui vaut pour les musiciens Celi Bitshou, Auguste Fall et Michel Ngoualali, également en mauvais état de santé. N’étant plus à même de mener une vie pleine d’adulte, en communion avec leur environnement social.

A l’endroit de tous ces artistes, au cas par cas, abandonnés à eux mêmes, il pourrait, à juste titre, être fait mention de la raison sociale que partage l’Association congolaise “Kunda Nga Mongoo”.

En français, “Enterre moi vivant”.

Ouabari Mariotti

Paris 25 juillet 2021

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