Congo Brazzaville. Pourquoi l’avons-nous abandonné?

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TRIBUNE. Dans certains secteurs du riche, vaste et verdoyant bassin de la rivière Alima, au Congo Brazzaville, d’avant l’indépendance, il était pratiqué un sport traditionnel très populaire. La lutte. Sorte de pugilat, à l’amiable, qui mettait à l’épreuve deux hommes, dans un dur combat, corps à corps.

La lutte se déroulait sur un terrain vague, rectangulaire, formé par un attroupement de spectateurs très bruyants, de tous âges et tous sexes.

Au poste-district de Mabirou, débarcadère sur l’Alima de la Compagnie Française du Haut et du Bas Congo, CFHBC, l’enfant de la localité que j’étais, ne manquais jamais à ces luttes qui se tenaient, les dimanches et les jours de fêtes, surtout les 14 juillet, sur une arène sablonneuse, de fortune, proche des rives de l’Alima.

La compétition se terminant par une baignade générale du public, dans les eaux poissonneuses de l’Alima.

L’administration coloniale, de l’époque, la voulant non violente, la Lutte deviendra la Lutte traditionnelle, sans frappe.

En plus de sa dimension sportive, la Lutte incluait un volet culturel qui valorisait, au travers de l’animation populaire accompagnant la Lutte, le patrimoine des zones où les populations s’y adonnaient.

Très rigoureux était le règlement de la Lutte, appliqué par deux arbitres, très mobiles, pour scruter toutes les faces de combat des deux lutteurs.

Ceux ci, torses nus, vêtus d’un simple pagne à la taille, sans aucune protection, s’empoignaient pour tenter de faire tomber l’adversaire, les mains crispées dans l’étreinte du combat.

Dans ce corps à corps, sous climat chaud et humide, la sueur ruisselait, le long des muscles saillants, couverts de sable.

Le combat s’achevait par la chute d’un des lutteurs. Egalement, lorsque la tête, les fesses ou le dos du lutteur touchaient le sol. Quatre appuis, par deux mains et deux genoux, sur le sol, constituaient, aussi, une tombée.

N’empêche que le battu, applaudi par les siens, affirmait avoir lutté jusqu’au bout et achevé sa course en gardant la foi pour la prochaine victoire.

Comme dans toutes les sociétés traditionnelles, la Lutte, sur les terres de l’Alima, passait pour une affaire mystique dont n’en avait la signification qu’une certaine élite de connaisseurs. D’autant que la Lutte stimulait la créativité, l’intelligence et la ruse matérialisées par la stratégie de faire mordre la poussière à son adversaire.

Aussi, lors des combats, les cris et les chansons des spectateurs stimulaient la force et l’énergie des deux lutteurs.

Si j’imagine qu’en dehors du bassin de l’Alima, d’autres régions du Congo Brazzaville, tels les Plateaux, la Lékoumou, la Likouala, la Sanga, le Kouilou, le Niari et la Bouenza, ont certainement pratiqué la Lutte traditionnelle, d’où vient-il alors que le Congo Brazzaville ait abandonné ce sport?

Une culture physique, en pleine évolution, largement pratiquée dans des pays comme le Sénégal et la Gambie, au point de devenir un sport de compétitions nationale et internationale qui nécessite des connaissances théoriques et physiques commandant les formes du corps.

Dans le cas du Sénégal, la Lutte traditionnelle, avec ou sans frappe, est une discipline fort populaire. C’est un véritable enjeu économique. Chaque génération de Sénégalais a eu ses champions.

Hyacinthe Ndiaye “Manga 2 “, une des étoiles de la Lutte traditionnelle, au Sénégal, a déclaré sur RFI, que la “Lutte est un facteur de développement.”

J’y crois. Au sens du développement de l’homme, dans son corps et son esprit, ainsi que sur les aspects liés à l’économie nationale avec les effets induits que comporte une telle activité.

Puisse les Collectivités locales, au Congo Brazzaville, réactiver ce sport dans les Départements où, pour diverses raisons, il s’est éteint, ou susciter les conditions objectives de le récréer là où il pourrait l’être.

Peut être existant à l’état d’un exercice amateur, la Lutte traditionnelle pourrait, au Congo Brazzaville, se muer en sport professionnel qui attirerait des jeunes sportifs.

Au delà de l’enjeu sportif, la Lutte agrandirait l’importance des jeux traditionnels et le rôle structurant qu’elle jouerait dans la conservation du patrimoine culturel du Congo Brazzaville.

Football, football. D’accord.

A tout prendre, donnons nous, par ailleurs, les moyens humains, financiers et culturels de réhabiliter la Lutte traditionnelle.

Ouabari Mariotti

Paris 5 avril 2021.

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