Congo : 9.000 milliards de Francs CFA dans des opérations douteuses

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TRIBUNE. La richesse de ce petit pays d’Afrique centrale de 5 millions d’habitants, dirigé depuis trente-six ans par Denis Sassou-Nguesso, 76 ans – s’évapore dans des circuits financiers offshore complexes que seuls maîtrisent certains membres du clan au pouvoir et une poignée de traders qui leur sont proches. Pendant ce temps, les populations martyrisées affrontent le COVID-19, les mains nues.

L’humanité est préoccupée par la pandémie du COVID-19, dont les effets induits directs et indirects tyrannisent les populations congolaises démunies. A ce sujet, SASSOU NGUESSO affirme dans une interview que l’Afrique allait faire face au drame les mains nues. Pourtant, ce même Denis SASSOU NGUESSO vient de s’octroyer le permis Kombi-Likalala-Libondo de manière friponne. Selon une stratégie bien rodée et vieille de plus de 20 ans, il vient d’utiliser des sociétés écrans et des hommes liges pour s’octroyer une manne constituée de plusieurs centaines de millions de barils de pétrole.

En effet, deux projets de loi présentés par Jean-Marc Thystère Tchicaya, Ministre des Hydrocarbures ont été adoptés au cours d’un conseil des ministres tenu le samedi 18 avril 2020 à Brazzaville.

Le premier contrat concerne Emeraude II, signé le 9 avril 2020 entre la République du Congo, la Société Nationale des Pétroles du Congo et les sociétés Congorep S.A. et Perenco S.A.

Le second concerne le partage de production sur Kombi-Likalala-Libondo II, signé le 17 avril 2020 entre la République du Congo, la Société Nationale des Pétroles du Congo et les sociétés Perenco S.A., Petro Congo S.A. et Africa Oil & Gas Corporation (AOGC).

Les huiles du deuxième contrat, pour ne prendre que celui-là, sont évaluées à 530 millions de barils de pétrole. Si on s’en tient au cours actuel du dollar et du baril, cette manne rapporte près de 16 milliards de dollars us, plus de 9.000 milliards de Francs CFA.

Ces contrats léonins ont été signés de gré à gré entre la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC) régentée par Denis Sassou Nguesso, Président de la république, et :

Perenco S.A (compagnie pétrolière franco-britannique),

Petro Congo S.A en sigle PETCO (société privée nationale à capitaux 100% congolais, exerçant dans la recherche et la production des hydrocarbures). En 5 ans d’existence, elle a créé deux filiales exerçant dans l’amont et dans l’aval pétrolier : HORUS SA et CONGO OILFIELD SERVICES.

Africa Oil & Gas Corporation (AOGC) propriété de Denis Auguste Marie GOKANA et sa filiale Petro Congo S.A, actionnaire à 55% de la société Congolaise de Gaz de Pétroles Liquéfiés en sigle GPL.SA GPL SA.

En réalité, Denis Auguste Marie GOKANA, le Conseiller Spécial Chargé des Hydrocarbures, des Mines et de l’économie forestière manœuvre sur ordre de Denis Sassou Nguesso pour faire main basse, une fois de plus, sur les revenus du pétrole. Le simulacre de marché de gré à gré est une entourloupe dont le but est d’enfumer la communauté internationale, le FMI et la Banque mondiale qui s’apprêtent à geler les dettes de nombreux Etats du continent.

Pour habiller le hold-up des habits de la démocratie, pour respecter les formes, le projet sera converti en loi par la Commission économique de l’Assemblée Nationale dont le Président n’est autre que Maurice Mavoungou, Directeur Général Adjoint de GPL.SA, une filiale d’AOGC.

Ces scandales financiers qui sont légion font partie de l’ADN de Sassou Nguesso et de son système, au pouvoir depuis 1997. Ces faits sont constamment rapportés par plusieurs publications des ONG qui font autorité : Global Eye, Global Witness, Transparency International, Panama et Paradise Papers. Les années se suivent et se ressemblent avec les mêmes protagonistes, les mêmes noms, les mêmes holdings et les mêmes drames et misères pour les populations.

Non content d’avoir confinés des populations sans ressources, malgré les dangers représentés par les effets du Covid 19, non content d’avoir conduit le Congo au chaos économique et social, les régents se lancent dans un recensement saugrenu des populations dans le seul but, le même : préparer le passage en force lors des élections présidentielles de2021, se maintenir au pouvoir envers et contre tous.

Les années passent et la dramaturgie congolaise résiste. Tel des os à ronger jetés aux dogues pour ne pas être dérangé pendant le festin, des rumeurs sur des conflits entre bandes et clans au pouvoir polluent la vie des damnés de la politique congolaise pourtant habitués aux ragots. Des propos d’une irresponsabilité inimaginable, qui sous d’autres cieux auraient valus l’ouverture immédiate d’une enquête criminelle, sont prononcés publiquement devant un parterre d’hurluberlus, par un autre hurluberlu qui se prend pour omnipotent et omniscient.

Confinés, sans ressources et sans protection médicale et sociale minimale, les congolais observent avec étonnement et mépris le jeu de cache-cache auquel se livrent les membres du clan au pouvoir. Ils multiplient les fausses alertes, remettent en selle les Combattants de Brazzaville, en sigle CoBra, créés en mars 1977, pour exécuter des plans cachés.

On assiste à un film digne d’un polar : le GANGSTER, l’ASSASSIN et les TRUANDS, chacun jouant sa partition, dans une dramaturgie qui continue à remplir de cadavres, les placards de la “Républiquette”. Malgré le Covid 19 et les prières qui flétrissent nos âmes confinées, malgré la suspension de fait des accords avec le FMI, malgré la mise au banc diplomatique d’un Etat en banqueroute, malgré les dénonciations diverses relayées par des ONG crédibles, malgré l’opiniâtreté salutaire des Hommes embastillés pour leurs convictions politiques, malgré le déferlement des activistes sur les réseaux sociaux, le dictateur, son système et son gouvernement d’incapables ne lâcheront pas prise si les citoyennes et les citoyens, les patriotes, dans les 12 départements du Congo et ses diasporas, ne sortent pas de la résistance de théâtre et du verbe.

Nos aïeux, emportés par un mal plus déshumanisant et cruel, l’esclavage, avaient plus de dignité et de force mentale que nous ;

Nos pères qui ont conduits nos Etats aux indépendances, quoiqu’on en dise, ont été plus courageux et subtils face à la colonisation que nous.

Disons les choses avec des mots usuels : le Congo Brazzaville est un poids mouche au milieu des poids welter. Attendre la délivrance de ” Mère France et sa Communauté internationale”, d’un messie ou d’une force divine, d’un coup d’Etat orchestré par des étoilés moulés selon les objectifs du tyran, de la mort du tyran annoncée depuis la nuit des temps, est plus que blâmable. Nos petits-enfants se foutrons de nos gueules, ils pisseront sur nos tombes, parce qu’on n’aura pas su perpétuer cette flamme, ces hymnes à la gloire et à la liberté qui ont bercé nos enfances, si nous ne détrônons pas cette barbarie politique, ce système dictatorial et inique qui, rapporté au monde du 15-19ème siècle, font autant de mal que l’esclavage et le colonialisme…

L’histoire politique de notre pays ne doit pas donner raison au plus fourbe, au plus rusé, au plus violent, à celui qui ment, qui trompe, qui menace, qui tue et qui se fait respecter par la peur et la famine. La vraie question qui vaille est la suivante : pourquoi nous ne nous révoltons pas, pourquoi nous continuons à obéir ? Pourquoi n’osons-nous pas passer du verbe acide à l’action, à la reconquête du souffle de vie ?

22 Avril 2020

La Coordination du CRC, Congrès pour la Renaissance du Congo.

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