Appel aux femmes marocaines avant les élections

0
183
Docteur Jaouad MABROUKI.

TRIBUNE. Tout d’abord, je présente toutes mes excuses en tant qu’homme à toutes les femmes du monde et particulièrement aux femmes marocaines et arabes.

 Je reconnais que nous les hommes, nous vous avons toujours méprisé, torturé et nous continuons à le faire en dépit de notre discours moderne qui suit la vague des droits de la femme. Que nous soyons, nous les hommes, instruits ou non, cultivés ou non, cadres ou ouvriers, musulmans, baha’is, chrétiens, juifs, athées ou agnostiques, nous vous considérons au fond de nos êtres comme inférieures à nous malgré l’égalité des droits des sexes que nous aimons clamer haut et fort.

Je reconnais également que nous vous faisons beaucoup de tort  et d’injustices. Il est ancré en nous depuis notre enfance que, nous les hommes, sommes supérieurs à vous. Nous avons de plus utilisé la religion pour nous faire et vous faire croire aussi que vous êtes à notre service.

Je reconnais que nous avons tort et je vous demande, à vous mesdames, de nous pardonner.

Je vous prie maintenant de prendre conscience de cela, de sortir de ce fonctionnement et de cette relation menée jusqu’ici avec les hommes et de vous lever contre nous. Révolutionnez-vous contre les mâles, qu’ils soient des frères, des maris ou des collègues de travail !

Il est de votre responsabilité de nous éduquer dès notre enfance, de nous faire respecter nos sœurs et accomplir les mêmes tâches qu’elles, car le ménage domestique n’est pas une affaire sacrée des filles uniquement.

En tant qu’épouses, vous devez refaire notre éducation, ne pas avoir peur de nous et nous obliger à vous respecter et à jouer notre rôle à la maison. Vous devez nous apprendre que le travail de la maison nous concerne tout autant et qu’il est notre devoir et responsabilité. Que nos tâches quotidiennes à exécuter (serpillère, vaisselle, repassage, donner le biberon, changer les couches, faire la cuisine…) nous soient imposer jusqu’à ce qu’on les retienne afin de vous éviter une charge mentale supplémentaire.

Mesdames, cessez de nous servir, nous les hommes, et exigez que nous vous servions aussi à la maison car ceci est de notre devoir et responsabilité.

Toutefois mes chères dames, ne vous leurrez pas.  Ne croyez jamais que nous les hommes, indépendamment de  notre niveau intellectuel et notre rang social, allons vous donner un jour tous vos droits.

Ne croyez pas à nos beaux discours et à nos éloges, nous n’avons aucune intention de faire évoluer votre situation. Nous avons bu le lait de la supériorité et vous avez pris le sein de l’infériorité. Nous sommes conscients de ceci, nous les hommes, mais nous préférons obéir à des lois que nous avons fabriquées avec le bouclier de la religion. Nous vous avons fait croire que vous devez obéir et servir les hommes pour accéder au paradis et que dans le cas contraire vous serez maudites à tout jamais.

Nous vous avons aussi fait croire que vous devez porter le voile partiel ou intégral, que vous ne devez pas sortir de la maison sans notre autorisation, que vous ne devez pas vous maquiller ni porter de parfum et que vous devez nous obéir en toutes circonstances. Nous vous avons fait croire qu’une femme pieuse est celle qui fait plaisir à son mari, lui obéit aveuglément et lui permet d’avoir autant de femmes qu’il le souhaite.

Pardon mesdames, pardon !

Nous vous avons fait croire que le seul but de la femme est de se marier le plus tôt possible et de procréer au maximum, de préférence des garçons.

Nous vous avons empêché de jouer, de vivre pleinement votre âge et de vous épanouir. Nous vous avons fait croire qu’il n’est pas important pour vous de continuer les études ou de travailler. Nous vous avons empêché d’accéder à l’école ou nous vous obligeons  à la quitter prématurément pour vous marier alors que vous êtes adolescentes et pour vous violer légalement.

Nous les hommes, nous avons fait une loi qui nous permet de vous marier mineures et de vous violer avec le consentement de la médecine, de vos parents et de la justice !

Pardonnez-nous mesdames, pardonnez-nous.

Je vous en conjure mesdames, levez-vous contre nous les hommes, élevez votre voix et hurlez fort : ‘STOP’.

Sachez mesdames que nous les hommes, même adultes et instruits, sommes encore des gamins de 5 ans. Nous avons besoin de votre éducation et de votre guidance.

 Certes nous usons de notre voix grave, de nos hurlements et de nos muscles, mais nous sommes des êtres fragiles, très faibles et sans vous nous serions perdus. Notre hantise, à nous les hommes, est que vous nous abandonniez mesdames, raison pour laquelle nous essayons de vous intimider et de vous terroriser afin de mieux renforcer l’emprise qui vous empêche de nous laisser seuls livrés à notre ruine.

Mesdames, vous êtes la force, l’intelligence, la sagesse, la maturité et les protectrices de l’humanité. Vous êtes nos boucliers. Ressaisissez-vous, prenez rapidement la place qui est fondamentalement la vôtre et prenez de force vos droits. Sans votre soulèvement, notre société n’évoluera jamais, elle restera ainsi handicapée !

Ce ne sont pas nos beaux discours, à nous les hommes, qui vont changer votre situation mesdames. Il est de votre devoir de vous lever, d’arrêter de suivre les hommes, mais faites de sorte que nous vous respections et que nous vous suivions. Sans ceci, rien ne changera et sans votre direction et guidance, mesdames, notre société continuera à boiter.

Notre société est un oiseau. Vous êtes mesdames l’aile droite et les hommes représentent l’aile gauche. Hélas votre aile droite, mesdames, est cassée et brisée par la malice de l’homme, empêchant notre société de voler et de quitter la boue !

Je vous présente encore une fois mesdames toutes mes excuses et je vous demande pardon.

Docteur J. Mabrouki

Psychiatre, psychanalyste de la société marocaine

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here