Afrique/France. Des sommets pour quoi faire?

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Hervé Mahicka

TRIBUNE. Le sommet Afrique France, qu’il réunisse des chefs d’Etat ou des étudiants attardés, est un non sens. D’abord parce que les deux valeurs ne sont pas à la même échelle. La France est un pays, l’Afrique, 54 Etats. Toute la richesse ou les compétences de la France ne peuvent suffirent à relever significativement les besoins du continent africain, peu importe le domaine.

Finalement ce sont des rencontres entre des africains qui ont des espoirs qu’on peut chiffrer par exemple à valeur 100, qui vont en débattre avec un prétentieux qui lui même ne pèse de 5 ou 2 et donc ne peut pas aider au-delà de 0,02 ou 0,05 des besoins attendus.

Quel intérêt? Leur force ne représente rien par rapport seulement à ce que les immigrés renvoient dans leur pays. Certes, les appuis ou promesses françaises peuvent compter dans le panier ici et là. Mais pas de manière aussi significative pour qu’on donne autant de fast, d’attention et d’intérêt à ces rencontres comme si quelque chose peut vraiment décoller.

L’intérêt de la France dans ces sommets est sûrement d’entretenir une illusion de grande puissance. Ca aide dans le soft power. Mais quel est le nôtre? Je me suis parfois dit que ça peut aider lorsqu’on a des échanges avec la Mongolie, ou le Costa Rica de leur dire “attention, on n’a la France derrière nous”. Mais ça n’arrive jamais qu’on ait à faire à ces pays. Alors quel intérêt pour les africains de courir après cela? Je n’en vois pas.

Pourtant il y a eu des sommets qui ont porté. Je citerai celui de La Baule par exemple, où l’exigence de démocratie de Mitterrand a porté. Mais là aussi ce ne fut que par le bluff parce que ces chefs d’Etats avaient crus à des investissements massifs en prévision. Ils ne savaient donc pas calculer, puisque le budget de la France ne le permet pas et elle ne peut imposer des investissements de ces sociétés nationales à l’échelle sensible du continent ou rien que des pays francophone. Impossible. Oui, c’est bien de soutenir la société civile. Mais la France seule ne peut pas soutenir toute la société civile africaine non plus. Et bien sûr, rappelons le, elle n’a pas non plus le bouton ou la magie qui bloque ou qui va donner le top du développement en Afrique. Ca parait idiot de le dire, mais tant de gens y croient que cela mérite d’être souligné.

Que faire, me dira t-on? Ben rien ! On n’est pas obligé de créer des choses avec la France. Ou qu’avec elle seulement. Ouvrons nous. Il y a des dizaines d’autres pays desquels nous pouvons nous apporter des services et du commerce. Pourquoi le faire forcément avec des Etats par ailleurs? Les banquiers anglais par exemple sont tout à fait libres de venir à une rencontre avec une plateforme panafricaine (histoire d’atteindre une masse intéressante pour un business, les africains doivent souvent être unis) de startupers par exemple, pour trouver ensemble des moyens de les financer et d’exporter leurs savoir-faire. Secteur par secteur, ou région par région, cela peut se faire et porter ses fruits à l’échelle des partenariats sollicités.

Les agriculteurs du Congo, de la RDC ou de l’Angola ont d’énormes difficultés d’exportation, contrairement à ceux du Cameroun, du Maroc, de la Côte d’Ivoire ou du Brésil. Il faut inviter les grands magna de ces secteurs issus de ces différents pays, les pros de l’export, les spécialistes des cahiers des charges, les transporteurs, les distributeurs… et discuter partenariats, coachings, financement, formation, équipement, recherche.

Les ministres et chefs de gouvernement vous écriront pour solliciter des invitations. Ils viendront d’eux-mêmes avec des propositions d’allégement fiscal par ci, de facilitations par là. S’ils ne viennent pas, faites sans. L’essentiel est que chacun progresse dans son secteur.

Si dans votre pays c’est complètement verrouillé, changez de secteur. Ce sont des dynamiques qu’il faut créer. C’est un métier que de savoir rassembler ce genre de synergie. Ca s’apprend. Il ne suffit pas de se dire “génération consciente” comme par onction du Saint Esprit et du coup on voit clair dans la finance, les industries extractives ou la gouvernance électorales, et on a compris que c’est la France qui est derrière, et on va manifester. Ca ne fonctionne pas comme ça.

L’Afrique a besoin de partenariats, de transferts, de soutien, d’aide et de solidarités. C’est sûr. Mais pas de la part des Etats, et moins encore d’un seul Etat que nous érigeons en portail unique vers le monde. C’est une grosse erreur qui ne vient pas que de nos chefs d’Etat mais notre attitude à tous. Changeons de logiciel.

Par Hervé Mahicka

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