30 ans d’action de l’AFD pour les forêts du Bassin du Congo

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BIODIVERSITE. Depuis la fin des années 1980, l’Agence française de développement défend dans la région du bassin du Congo le principe de gestion durable des forêts. Retour sur un engagement aujourd’hui riche en enseignements.

Voilà plus de trente ans que l’Agence française de développement (AFD) agit pour protéger les forêts du globe, avec un effort particulier au niveau du bassin du Congo. Cet engagement trouve son origine au milieu des années 1980, en Afrique centrale, à une époque où les sociétés forestières ne s’embarrassaient pas de gérer durablement leurs exploitations. Une parcelle exploitée, il était d’usage de passer à la suivante sans regarder derrière, ni prendre de dispositions environnementales ou sociales particulières.

Pour y remédier, le ministère français de la Coopération décide à l’époque de soutenir un projet pilote en République centrafricaine visant à adapter les plans de gestion durable des forêts en vigueur en Europe au cadre des forêts tropicales d’Afrique. 

Sommet de la Terre

Le projet séduit un opérateur forestier gabonais qui, quelques années plus tard, mettra en œuvre le premier plan d’aménagement forestier du Gabon, grâce au soutien de l’AFD. L’opération rencontre un intérêt en interne et débouche sur la création d’un outil financier qui va permettre à l’AFD de soutenir davantage de projets de ce type.

« Notre objectif était de stabiliser l’exploitation forestière du bassin du Congo sur une zone donnée. Il fallait que les entreprises rationalisent leurs pratiques. Mais nous n’avions alors en tête que la partie économique », se souvient Christophe du Castel, référent biodiversité à l’AFD.

Entre-temps, le Sommet de la Terre de Rio en 1992 a attiré l’attention du monde entier sur l’importance de protéger les forêts du globe pour les générations présentes et futures. Les ONG introduisent alors l’idée qu’un plan d’aménagement forestier devrait aussi intégrer des contraintes vis-à-vis de l’environnement.

Codes forestiers

Les premières expériences en République centrafricaine et au Gabon poussent les États à se doter de lois, de normes et de codes forestiers intégrant les obligations inscrites dans les premiers plans d’aménagement. « Nous avons ensuite peu à peu intégré la protection de la biodiversité à nos aménagements forestiers », explique Christophe du Castel. Le soutien de l’AFD en faveur d’une exploitation durable de la forêt tropicale du bassin du Congo est lancé.

Mais au cours des premières années, cet engagement lui vaut des critiques. L’Agence française de développement est alors le seul bailleur de fonds à traiter avec des opérateurs forestiers privés, blâmés à l’époque par l’opinion publique internationale.

« L’AFD s’est positionnée en faveur d’appuis financiers sous forme de prêts à taux zéro à l’industrie forestière, ainsi que de subventions à destination des petits concessionnaires, envers ceux qui s’engageaient à adopter des plans d’aménagement forestier dans le cadre d’accords contractuels avec l’État », rappelle Mathieu Auger-Schwartzenberg, responsable d’équipe projet à la division Agriculture, Développement rural et Biodiversité de l’AFD.

Prise de conscience

En prenant en charge une partie du coût de l’inventaire forestier, étape préalable à l’exploitation durable des concessions forestières, l’AFD espérait ainsi pousser les entreprises à se conformer à une gestion durable, alors même que toutes les sociétés concurrentes n’y sont pas contraintes.

« Les projets financés par l’AFD ont fortement contribué à la prise de conscience, par le secteur privé, de l’importance de gérer durablement les forêts. Les sociétés directement soutenues ont été les premières à adopter des plans d’aménagement forestier, les seules à les respecter et à obtenir par la suite le label FSC, l’un des plus exigeants », analyse Mathieu Auger-Schwartzenberg.

En effet, dès les années 2000, l’AFD encourage les exploitants à se lancer dans un processus de certification de bois durable. Ce travail est mené avec plusieurs ONG, dont le Fonds mondial pour la nature (WWF), l’African Wildlife Foundation (AWF) et la Wildlife Conservation Society (WCS). En parallèle, l’Agence française de développement accompagne l’essor du Programme pour l’application des réglementations forestières, la gouvernance et les échanges commerciaux (FLEGT), une initiative de l’Union européenne visant à lutter contre l’exploitation forestière illégale.

Améliorer la gouvernance

Mais un immense chantier attend encore l’AFD car, dans les années 2000, les acteurs évoluent encore dans un cadre institutionnel faible. Certains États rencontrent en effet des difficultés pour sanctionner les sociétés forestières qui ne respectent pas leurs engagements. Il faut dire que les concessions dépassent parfois un million d’hectares… L’un des principaux objectifs de l’AFD dans le bassin du Congo devient alors d’aider ses partenaires à y faire davantage respecter les règles en vigueur.

« À partir des années 2000, le mécanisme d’annulation de dettes nous a permis de soutenir les États pour renforcer leur appareil législatif et leurs contrôles sur le terrain », explique Christophe du Castel.

Trente ans plus tard, 33 projets et plus de 130 millions d’euros consacrés à la protection des forêts de la région, les résultats paraissent à la hauteur des efforts. « Le taux de déforestation est aujourd’hui dix fois moins élevé dans le bassin du Congo qu’en Amazonie. Et la région abrite la majorité des concessions de forêts tropicales certifiées FSC », souligne Christophe du Castel.

Les choix de l’AFD ont contribué à rendre les aménagements forestiers incontournables dans les pays du bassin du Congo et à rompre avec les exploitations de types minières. Les opérations réussies avec les entreprises pilotes ont eu un effet d’entraînement sur une partie des autres entreprises, dont certaines ont pu obtenir les écolabels exigés sur les marchés les plus rémunérateurs.

Convaincre le reste de la filière

Il reste pourtant beaucoup à faire pour protéger la forêt tropicale du bassin du Congo. Car les pratiques responsables sont encore loin d’y être la norme. « Nous n’avons pas encore réussi à entraîner les petits concessionnaires et les sociétés à capitaux asiatiques, qui représentent pourtant l’essentiel de la filière forêt-bois, regrette Mathieu Auger-Schwartzenberg. La gouvernance forestière reste quant à elle assez faible dans la région. Les administrations ne disposent pas d’assez de moyens pour assurer les tâches qui leur sont dévolues : l’approbation, le suivi et le contrôle des plans d’aménagement. »

Avec son expérience, la confiance que lui témoignent les différents groupes d’acteurs et la diversité de ses outils financiers à même d’accompagner le changement, l’AFD a encore un rôle moteur à jouer dans la région. 

Soutien à la lutte contre le braconnage

Une nouvelle politique d’action se dessine, qui prendra mieux en compte la protection de la biodiversité. Jusqu’en 2024, l’AFD poursuivra notamment son soutien à l’administration forestière congolaise dans la mise en œuvre des plans d’aménagement et la lutte contre le braconnage. 

En République démocratique du Congo, de l’autre côté du fleuve Congo, l’AFD appuiera le gouvernement dans l’élaboration d’une politique forestière alignée avec les défis auxquels le pays doit faire face. Les financements permettront notamment au Conseil consultatif national des forêts de valider la politique forestière du pays, de superviser sa mise en œuvre et de mieux y associer la société civile congolaise, les organisations internationales et le secteur privé.

« Nous pouvons aider les États à définir les zones dédiées à l’exploitation durable et celles dédiées à l’agriculture à l’aide de dispositifs réglementaires robustes. Nous pouvons aussi les accompagner dans la détermination d’une valeur pour les forêts. Enfin, nous pouvons les appuyer en direction d’un meilleur respect des lois et des règlements en vigueur », poursuit Christophe du Castel.

L’objectif est aussi d’agir dans d’autres régions du globe menacées par la déforestation, comme en Amazonie, où l’AFD a récemment apporté son soutien à l’initiative TerrAmaz à travers une subvention de 9,5 millions d’euros. D’une durée de quatre ans, ce programme permettra de financer le suivi de la déforestation au niveau local, d’élaborer des chartes de territoires, de diffuser des pratiques agricoles durables pour parvenir à des produits certifiés zéro déforestation et de soutenir la réalisation d’études qui bénéficieront aux acteurs de ces régions.

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