Youlou Mabiala, nous avons toujours une pensée pour toi, 15 ans après ta tragédie

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L'artiste Youlou Mabiala

Un malheureux accident est intervenu le 15 Août 2004 à Pointe-Noire (Congo), au cours des festivités marquant le 44ème anniversaire de l’indépendance du Congo. Notre héraut national, le virtuose du chant, Gilbert Youlou Mabiala est terrassé par une crise d’hypertension.

La suite, on la connaît. Hospitalisé d’abord au Centre hospitalier de Loandjili, à Pointe Noire, quelques semaines après au Centre hospitalier universitaire de Brazzaville, Youlou Mabiala a été évacué ensuite à Paris où il y réside jusqu’à maintenant.

Si ses jours ne sont certes plus en danger, sa carrière par contre a pris un coup. Aussi, la possibilité pour lui de reprendre la scène reste encore un point d’interrogation. Car, il s’en est sorti avec des séquelles qui nécessitent une longue rééducation.

Youlou Mabiala est l’une des plus marquantes personnalités de la « Rumba odemba » dans son ensemble. Le destin devait sourire à cet enfant de Brazzaville, où il était né le 06 mars 1947.

Intégration dans l’OK Jazz

En effet, membre du groupe vocal « Les Mains Blanches » de Brazzaville, Youlou Mabiala est découvert par le grand maître Luambo Makiadi « Franco », au cours d’un séjour à Brazzaville, suivi immédiatement par un engagement historique dans l’OK Jazz, le 13 Août 1966, date de son premier concert à Kinshasa, au «Cosbaki » (complexe sportif Bandal-Kintambo).

Youlou Mabiala devient dans les années qui suivent une grande vedette populaire de la chanson congolaise. Il saura toucher toutes les sensibilités par des compositions qui puisaient au plus profond de la tradition de la Rumba. Quelques facilités dans le répertoire et une incroyable fécondité créatrice.

Sa première composition dans l’OK Jazz « Obimi mbwe », suivie de « Likweyi », « Marie Hélène », «Suzy », « Mpoungu ya bolingo »…lui fait acquérir une maîtrise impressionnante dans le domaine de l’écriture. Son art n’a cessé depuis de s’affirmer en ce qui concerne le voicing, d’une meilleure transparence.

A l’aise aussi bien aux côtés des chanteurs plus « classiques », comme Josky, Kiambukuta, Michel Boyibanda ou Uta Mayi et Ndombe Opetum , que dans les musiques de la « rumba odemba », Youlou Mabiala est doué d’une personnalité sonore très particulière : un timbre fin et une vigueur qui l’apparente à l’ancien chanteur de l’OK Jazz et du Rock-A-Mambo dans les années 50 : José Philippe Lando « Rossignol »

L’avènement de l’Orchestre Rumbaya des “Trois Frères”

Hélas ! 1978, Youlou Mabiala, en harmonie avec son tuteur Luambo Makiadi quitte l’OK Jazz, avec lui Michel Boyibanda pour créer à Brazzaville, l’orchestre Rumbaya des « Trois Frères » : Youlou Mabiala – Michel Boyibanda – Loko Massengo « Djeskain ». La sortie solennelle du groupe a lieu le 18 Juillet 1978 au cinéma Vog de Brazzaville, en présence des invités de marques kinois : Tabu Ley, Ndombe Opetum, Mavatiku Visi, Matete Kanda, Lukezo Luansi.

Enracinés dans les sources de la véritable Rumba, « Les Trois Frères» déploient de lumineuses variations sur des thèmes délicieusement nostalgiques, « Saley », « Midi », « Kumbe Kumbe », « Diallo », «Nenette », « Petit chérie », « Bolingo eloko » etc. Le succès est grandiose, mais c’est un groupe éphémère qui restera tout de même dans l’histoire de la musique congolaise.

Création de l’Orchestre Kamikaze-Loningisa

En effet, Youlou Mabiala quitte l’orchestre Rumbaya des « Trois Frères » pour former le 28 Août 1981 au cinéma Vog à Brazzaville son orchestre Kamikaze-Loningisa. Il est composé des musiciens :

Youlou Mabiala, Serge Lemo Kiambukuta, Sele, Bola Bolith, Pindu et Miguel (chant), Souza Vangu, Dercy Mandiangu (guitare solo), Kiala Don Joli (guitare rythmique), Djaffar Loumbamba (guitare basse), Lilas Simon Nona (batterie-tumbas), Iblo, Jeff, Zinga et Augustin (cuivres)

C’est le début pour Youlou Mabiala de donner un nouvel élan a une véritable musique de danse, à partir des influences conjuguées de son maître de rythme Luambo Makiadi « Franco ».

Emouvant, le nombre impressionnant de disques sortis entre 1981 – 1995. Ses divers aspects sont ici mis en lumière dans un survol de 14 ans de «Kamikaze-Loningisa », successivement des titres à succès, comme : « Point final » « Bakita », « Hélène », « Maka », « Carte postale », « Jean Jacques », « Mbou André », Mamou », « Loufoulakari », « Mon avocat a voyagé » « Dona Beija » et tant d’autres.

Notons, que tout au long de son parcours avec son groupe Kamikaze-Loningisa, Youlou Mabiala est demeuré en bon terme avec Luambo Makiadi. Il y même reparti plus d’une fois participé aux enregistrements de l’OK Jazz ; comme en 1987 avec la reprise des ancien succès de l’OK Jazz, dont « Vikina » une composition de Youlou Mabiala.

La mort de Franco le 12 Octobre 1989 suivi de la dissolution de l’OK Jazz en 1993 et de la création de Bana OK en 1994, par Lutumba « Simaro » qui emporte avec lui tous les anciens de l’OK Jazz, (sauf Madilu) sème une certaine panique au sein de la famille biologique de Luambo.

Soucieux, de pérenniser sa mémoire, elle confie à Youlou Mabiala la responsabilité d’exhumer l’OK Jazz , au cours d’une sortie officielle qui a lieu le 24 Décembre 1966.

Youlou Mabiala en devient le chef d’orchestre. C’est assez modestement, qu’il va s’affirmer comme le musicien le plus fidèle à la mémoire de Luambo Makiadi, son « héritier ». Il sort la chanson «Mwana Luambo », dont le texte lui attire le courroux de Lutumba Simaro qui s’est senti humilié.

Le tournant malheureux pour Youlou Mabiala

Mais, les chiens aboient, la caravane passe. Au beau milieu de son explosion, l’OK Jazz de Youlou Mabiala, qui est à cheval entre Kinshasa et Brazza, se distingue par l’imagination mélodique et l’audace harmonique de ses chansons, telles que : « Qui cherche qui ? », « Pourquoi moi », « Coup fort » « Métamorphose », « Bina Luambo », « Dilay », « Petit frère », « Okassone » et « Michina ».

Il est à l’honneur, aux festivités commémoratives du 44ème anniversaire de l’indépendance du Congo, le 15 Août 2004 à Pointe noire, Le monumental Youlou Mabiala est terrassé par une crise d’hypertension.

Un tournant malheureux pour Youlou Mabiala et son groupe OK Jazz. Avec ce concert solennel de Pointe Noire, auquel participaient des musiciens de différents groupes devant les plus hautes autorités du Congo et du Gabon, notamment les deux présidents de la république, se termine la carrière musicale d’un grand compositeur et un génial spécialiste de la chanson.

Hélas !, la malchance continue. Youlou Mabiala a presque disparu des bacs internationaux. Peut-être le plus grand service que l’on pouvait lui rendre, c’est l’obtention d’un grand producteur pour reconstituer toute son œuvre, pour la réédition des principaux albums qui ont jalonnés sa carrière.

Si la charité bien ordonné, commence par soit même, les éditeurs congolais comme Anytha Ngapy, Cyriaque Bassoka et autres sont ici interpelés.

Youlou Mabiala nous avions toujours une pensée pour toi et ton œuvre. Tu n’es pas encore mort comme d’aucun ont voulu t’enterrer précipitamment.

Clément Ossinondé

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