Une Vedette et une chanson – Tabu Ley chante “Ponce Pilate”

"Ponce Pilate, quand Rochereau Tabu Ley réagit à la désertion de ses musiciens

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Notre ami Ngimbi Kalumvueziko qui vit aux Etats-Unis, se joint à nous pour son analyse du fond de la chanson “Ponce Pilate” de Tabu Ley parue en 1978.

Pilate, c’est le puissant Préfet, (Ponce) romain de la province de Judée rendu célèbre par sa manière de statuer sur le sort de Jésus. Son histoire compte parmi de nombreuses autres histoires de la Bible qui suscitent toujours l’imagination et alimentent des controverses. Si pour certains le Ponce Pilate passe pour un homme sage, pour d’autres ce fut un être arrogant, fort imbu de son autorité, qui avait voulu ridiculiser les accusateurs de Jésus, des Juifs.

À l’évidence cette histoire est bien loin du domaine de la musique congolaise moderne non pas seulement parce qu’elle s’est passée il y a plus de deux mille ans mais aussi parce qu’il s’agit du sort de l’un de plus grands messies de l’humanité. Comment donc et pourquoi Rochereau s’en est-il inspiré pour composer l’une de meilleures œuvres de sa très riche et très longue carrière?


En escale à Abidjan en route pour Bamako où l’orchestre Afrisa devait se produire, Rochereau avait rencontré le fils d’un ancien dirigeant de la rébellion de 1964 à Stanley ville qui allait se marier avec une fille de la famille de Houphouët Boigny, le président de Côte d’Ivoire. Celui-ci lui proposa un cachet important s’il postposait sa production à Bamako pour agrémenter les festivités de son mariage. Pour Rochereau ce fut une aubaine qu’il ne pouvait rater; il allait faire d’une pierre deux coups.  

Sa joie fut de très courte durée car juste la veille du jour du mariage, il eut la désagréable surprise de constater que quatre membres du groupe et non des moindres avaient déserté. Il dut recruter à la hâte des éléments locaux pour combler les vides.

C’est à ce moment qu’il composa “PONCE PILATE” avec l’assistance du guitariste Dino Vangu, encore à ses débuts dans l’orchestre, et dont les sons déchirants et d’une parfaite harmonie ont grandement rehaussé la qualité artistique de l’oeuvre.

Dans cette chanson Tabú Ley se “lave” les mains comme Pilate quand il s’adresse au producteur ivoirien qui lui a “volé” les musiciens comme pour lui dire qu’il n’y sera pour rien quand celui-ci connaîtra aussi la même situation. Il s’adresse aussi à l’un des partants qu’il affectionnait beaucoup pour exprimer des regrets,”nalingaki yo kati ya motema…”

Clément Ossinondé

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