La Tunisie, Terre promise du saxophoniste congolais Demayé Anguila ?

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De tous les musiciens congolais le saxophoniste Demayé Anguila est celui qui exerce l’influence la plus importante et la plus soutenue sur l’évolution de la musique congolaise et de la World music en Tunisie.

Actif dans les domaines de la production musicale  et de l’animation dans les cabarets et music-halls depuis près de quatre décennies, Demayé Anguila a réalisé et scénarisé avec son orchestre plusieurs Méga concerts à succès. Après avoir travaillé sur plusieurs rythmes congolais, africains et outre-Atlantique, le son puissant et l’inventivité mélodique du  saxophoniste Demayé ont fait de lui l’un des musiciens majeurs de la World music.

Historiquement, le congolais de Brazzaville Demayé, saxophoniste, flûtiste, compositeur et arrangeur de musique, est jusqu’ici le premier musicien à initier la musique congolaise dans un pays qui ne produisait que la musique arabo-andalou. Il a apporté des chansons et des rythmes, dont un grand nombre sont aujourd’hui connus, chantées et exécutés par les musiciens tunisiens.

Né au Gabon en 1945, des parents congolais, Demayé est influencé dès son jeune âge par les légendes congolaises de la musique des années 50. Il en fait ses idoles et fini par suivre leur chemin.

L’essentiel de la carrière musicale de Demayé Anguila se déroule en trois grandes étapes :

1-  Au Congo entre 1954 – 1965C’est la période au cours de laquelle il a commencé à s’initier à la musique avant de tomber sous le charme des grands noms de cette époque et de faire partie des leurs. Ce sont des musiciens de renom qui ont contribué au développement de la musique congolaise moderne, comme Joseph Kaba, Jean Serge Essous, Nino Malapet, Edo Ganga, Célestin Kouka et bien d’autres. Il les fréquentait, Il assistait à leurs répétitions et les regardait travailler avec beaucoup d’assiduité. Mais, il n’a pu faire le voyage de Léopoldville en 1955, lorsque le Negro jazz de Brazzaville, s’y est installé avant de s’éclater en 1956 pour créer l’OK jazz et plus tard le Rock-A-Mambo en 1957.

Mais à partir de seize ans, Demayé commence peu à peu à prendre  conscience qu’il ne pouvait pas vivre de la musique, qu’il se devait d’opter pour un métier beaucoup plus professionnel, ce qui va le pousser à trouver un emploi à la brasserie “Bralima” cumulativement avec son rôle de bassiste dans l’orchestre OK Band.

Cinq ans de pérégrinations à travers l’Afrique

1965, à l’âge de vingt ans Demayé et son collègue Olingo Merkys  font la connaissance à Brazzaville, d’un  grand  guitariste Django Sylvestre avec qui ils se rendent à Bangui pour monter un orchestre. Le projet va tourner court, faute de matériel. Ici commence la véritable aventure qui amène Demayé au Tchad, Cameroun, Niger, Nigéria, Burkina, Côte d’Ivoire, Mali et Sénégal tout en évoluant dans différents groupes composés souvent des congolais des deux rives. Particulièrement avec l’orchestre Los Cangaceiros du petit frère de Jean Serge Essous, et avec des musiciens comme Wantino, Basile, Manguero, Ciseau, etc. Un périple africain  qui a duré cinq ans (1965-1969).

2 – En France entre 1969 – 1970 (auparavant une escapade aux Canaries et en Espagne) Demayé a été repéré à Sarcelles dans les lieux où il a pu s’éclater musicalement et construire sa carrière de saxophoniste passionné. Il prend des cours à l’école de musique UAICEF – Ecole de musique de la SNCF 85, 86, 87…   Ensuite, il entre au conservatoire de jazz de Sarcelles et incorpore l’harmonie qui fait également office de fanfare pour les cérémonies officielles. Il intègre alors, la grande famille qui régnait à cette époque, avec les acteurs comme Fredy Mars et Malekani (Ryco-Jazz), Manu Dibango, Franklin Bouka et tant d’autres.

3 – Tunisie, depuis 1970 à ce jourSon influence croît, et il fait partie de grandes formations qui vont faire connaître de jeunes musiciens qui feront leur chemin. Tout comme l’évolution de son temple de production où Demayé et son groupe font le show sur les thèmes du jazz, de la world music, de la musique africaine et caribéenne. Ce centre d’attraction devient un des  hauts lieux de la musique d’avant-garde.

En effet, la Tunisie est en train d’émerger depuis quelques années comme le foyer de musiciens parmi les plus remarquables du monde arabo-musulman, à cause de son identité historiquement, profondément multi-culturelle qui favorise l’effervescence musicale et dont les musiciens brillent aujourd’hui par leurs talents exceptionnels.

Au sommet de sa carrière, l”incontournable saxophoniste, flûtiste compositeur et arrangeur de musique Demayé Anguila joue de plus en plus des belles mélodies internationales en live, sous les étoiles au bord de la piscine de La Terrasse au Tunis Grand Hôtel, au restaurant Les Ombrelles  et partout en Tunisie  au sein du groupe mythique Khnéfes Influencé par des artistes comme Joe Cooker, BB King ou Luis Armstrong, on voit très bien le style musical du groupe axé sur le Rock&Roll et le Blues. Fondé en 2012, le groupe Khnéfes est composé de 7 membres, dont Omar Trabelsi pour le chant, Demayé Anguila côté sax, Moncef ben Massoud à la trompette.

A son palmarès :

– deux 45 tours en 1975 et 1976 chez Pathé Marconi : “Soul Soukous” et “Tata wa ngai”. Un 33 tours produit en 1982 par Gilles Sala.

Notons enfin que Demayé Anguila qui est franco-congolais est marié à une tunisienne et père de trois enfants. Il a terminé  il y  a quelques années avec mention bien son diplôme de fin d’études au Conservatoire de musique Riadh Fehr en Tunisie.

Clément Ossinondé

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