Tendance à la hausse des produits alimentaires à l’échelle mondiale: Quel impact sur la caisse de compensation ? (Maroc)

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Ph (source): Aquaportail.com

Alors qu’elle n’est déjà plus en odeur de sainteté parmi les donneurs d’ordre publics, la Caisse de compensation pourrait bientôt subir leur ire vengeresse du fait que sa charge risque d’être entraînée vers le haut par l’augmentation des cours mondiaux de certains des produits qu’elle soutient.

Selon l’Organisation mondiale des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ces cours ont, en effet, poursuivi leur tendance haussière au cours du mois de janvier dernier.

« L’indice FAO des prix des produits alimentaires a affiché une moyenne de 182,7 points au cours de ce mois, soit 0,7% de plus qu’en décembre et 11,3% de plus que l’année dernière  à la même période», a relevé l’agence onusienne notant que les huiles végétales et le blé ont pesé le plus dans cet indice synthétisant l’évolution des cotations des denrées alimentaires.

A l’exception de la viande dont la courbe des prix ressort en baisse de 4,0%, après onze mois de hausse, toutes les autres denrées ont connu une augmentation à l’échelle mondiale.

C’est le cas notamment du sucre et des céréales, deux produits subventionnés au Maroc par la Caisse de compensation.

Selon l’agence, l’indice FAO des prix du sucre a enregistré une hausse de 5,5%, en raison des prévisions d’une baisse de la quantité de sucre produite dans plusieurs des principaux pays producteurs.

A en croire la FAO, cette hausse « a été atténuée par la faiblesse persistante de la monnaie brésilienne et par la baisse récente des cours du pétrole brut, qui a eu un impact sur la demande en canne à sucre utilisée dans la production d’éthanol ».

Au niveau du Maroc, rappelons que la loi de Finances 2020 a prévu une enveloppe de 13,640 milliards de dirhams au titre de la compensation, destinée à soutenir les prix du gaz butane, du sucre et de la farine nationale de blé tendre.

Soulignons également que l’année 2019 a été marquée par une fluctuation du prix du sucre. En effet, selon la Caisse de compensation « le prix du sucre brut s’est affiché à son plus haut niveau le mois de décembre 2019 soit 318 dollars la tonne, enregistrant ainsi une augmentation de 5% par rapport au mois de novembre de cette année, et une hausse de 6% comparé au même mois de l’année 2018 ».

Dans son bulletin d’information de décembre 2019 (N°10), l’institution publique, créée en 1941 et relevant du ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration, avait, à cet égard, noté que « la moyenne annuelle des cours du sucre sur les marchés internationaux a enregistré une hausse de 1% comparativement à l’année 2018».

Poursuivant son analyse, la Caisse de compensation ajoutait : l’évolution de la charge du sucre aussi bien en volume qu’en valeur, relative aux onze mois de l’année 2019 comparée à la même période de l’année 2018, n’a pas connu de changement.

Au final, « la charge de compensation du sucre relative à cette période s’est élevée à 3.159 millions de dirhams, contre 3.171 millions de dirhams pour la même période en 2018 », avait souligné l’institution précisant que la subvention forfaitaire du sucre par kilogramme est figée au niveau de 2,8 DH/kg.

Dans une synthèse de son rapport sur la compensation au titre de l’année 2020, la Direction du budget relevant du ministère de l’Economie a relevé qu’hormis une légère reprise en 2016, « le cours moyen du sucre brut s’est inscrit dans une baisse prolongée au titre de ces dernières années en passant d’un pic de 661 $/T en 2011 à 379 $/T en 2017, 293 $/T en 2018, et 291 $/T au titre de la période janvier-septembre 2019 ».

Il ressort dudit document qu’au cours de cette même période, « le cours du sucre brut a fluctué entre 261 $/T et 321 $/T, enregistrant une moyenne de 291 $/T, contre 298 $/T au titre de la même période de l’année précédente ».

Et le ministère de l’Economie  de déduire que « le taux de couverture de la consommation par la production nationale est passé de 20% en 2012 à 49% en 2016, puis est prévu de s’établir à 49% en 2019 ».

A l’instar de l’ensemble des principales céréales dont les cours internationaux ont progressé de 2,9% au mois de  janvier, les prix du blé ont enregistré la plus forte hausse.

Cette forte hausse s’explique par « l’accélération des achats de plusieurs pays dans un contexte de ralentissement des expéditions en France, où les ports étaient en grève, et l’annonce d’une possible mise en place de quotas à l’exportation jusqu’au 30 juin 2020 en Fédération de Russie, en raison de prix intérieurs élevés », a indiqué la FAO.

Du côté de notre ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration, il ressort de la synthèse dudit rapport qu’« en 2018, la charge de compensation du blé tendre et de la farine s’est située à hauteur de 1501 MDH ».

La note indiquait également que « la reconduction du contingent de la farine nationale de blé tendre (FNBT) de 6,5 millions de quintaux a permis de préserver pratiquement le même niveau de la subvention de la FNBT (1003 MDH) ».

Plus généralement, le document avait relevé que « le cours du blé tendre sur le marché international a enregistré une moyenne de 189 $/T au cours la période janvier-septembre 2019 pour la référence du blé tendre d’origine française », précisant qu’il s’agit de la 5ème année consécutive où le cours moyen du blé tendre est inférieur à 200 $/T, alors qu’il avait enregistré plus que 300 $/T en 2011, 2012 et presque autant en 2013.

Un fait qui commence à pointer le bout de son nez, les précipitations ne semblent pas être au rendez-vous de ce début d’année que tout le monde considère comme important pour la bonne tenue de la céréaliculture nationale. Ce qui sera annonciateur, si la situation se maintient en l’état d’ici mars prochain, d’une ruée vers les importations aussi importante que celle des mauvaises années agricoles et, partant, d’une pression importante sur la Caisse de compensation.

De fait, la tendance à l’augmentation des cours mondiaux des produits subventionnés par celle-ci pourrait, au cas où elle se poursuivrait encore, impacter la charge de compensation et, par ricochet, le budget de l’Etat, voire la bourse des ménages au cas où cette charge se révélerait supérieure aux capacités contributives des finances publiques.

Alain Bouithy

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