Tanguy Gahouma Bekale : Il nous faut mettre en place des solutions adaptées au changement climatique

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Tanguy Gahouma Bekale , Conseiller spécial du Président de la République du Gabon sur les questions du changement climatique.

Conseiller spécial du président Ali Bongo Ondimba sur les questions du changement climatique, secrétaire permanent du Conseil national climat et directeur général de l’Agence gabonaise d’études et d’observations spatiales (AGEOS), Tanguy Gahouma Bekale a pris part à l’Africa Security Forum qui s’est déroulé du 1er au 3 décembre à Rabat.

Le Gabon a été invité à la 4ème édition de l’ASF pour discuter de l’importance de la gestion de l’eau dans les conflits en Afrique. Qu’en attendiezvous ?

Tanguy Gahouma Bekale : Nos attentes pour ce forum étaient multiples, mais la principale était d’amener la question du changement climatique à sa vraie place. C’est-à-dire, prendre conscience qu’il est un facteur aggravant des conflits en Afrique surtout dans les zones arides. Aujourd’hui, on en a la preuve. On sait aussi que plusieurs groupes extrémistes utilisent l’eau comme arme en coupant son accès à certaines villes. On assiste donc déjà à de vraies tensions liées à cette ressource.

Pourtant, la question du changement climatique est encore largement sous-estimée. Et l’Africa Security Forum 2019 était justement l’occasion d’en discuter.

Le président Ali Bongo accorde une attention particulière aux questions liées au changement climatique. Où en est aujourd’hui sa politique sur ce sujet ?

La politique du président Ali Bongo sur ce sujet est effectivement reconnue au niveau du continent et à l’international. Il est le porte-parole de l’Afrique depuis trois ans et assure le rôle de coordinateur du Comité des chefs d’Etat et de gouvernement africains sur les changements climatiques.

Il mène donc une politique proactive sur ces questions dont les principaux axes consistent à opérationnaliser les initiatives en matière de lutte contre le changement climatique en Afrique, à trouver des financements nécessaires à cette opérationnalisation et à promouvoir la gouvernance en mettant sur pied le cadre à même de permette à tous les pays africains de parler d’une seule voix sur la question du changement climatique (« one Africa, one Voice », comme le souhaitait le président rwandais Paul Kagamé, lorsqu’il était président de l’Union africaine.

Sur le premier axe, le président veut que les initiatives sur le changement climatique soient opérationnelles. Et l’un de ses chevaux de bataille, c’est justement la promotion des initiatives sur les énergies renouvelables dont a parlé Jean Louis Borloo (président et fondateur de l’Association Energie pour l’Afrique) lors de son intervention en vue de doter l’Afrique de la capacité de production de l’énergie la plus propre possible.

L’autre initiative concerne l’adaptation de l’Afrique à la situation. On sait aujourd’hui qu’elle n’est pas responsable des émissions de gaz à effet de serre. Il n’empêche que nous sommes l’un des continents les plus vulnérables du fait de notre dépendance de l’agriculture et que nous comptons une quinzaine de villes situées sur le littoral et exposées à l’érosion côtière.

La question c’est de savoir comment notre continent se prépare pour faire face aux catastrophes qui pourraient survenir demain, sachant que celles qui s’y produisent aujourd’hui engendrent un véritable drame humanitaire du fait de la faiblesse de nos infrastructures. On voit bien là que nous ne sommes pas préparés à faire face aux catastrophes.

Le deuxième axe concerne la mobilisation des fonds nécessaires au financement de la lutte contre les effets du changement climatique en Afrique. Sur ce sujet, nous œuvrons, par exemple, de concert avec le Fonds vert pour le climat afin que l’Afrique puisse bénéficier des conditions spéciales d’accès à ces financements sachant que 70% des pays les moins avancés (PMA) se trouvent en Afrique qui compte, par ailleurs, beaucoup d’Etats insulaires.

Comment faire donc pour privilégier ou faire preuve de solidarité envers les régions les plus touchées, notamment les zones arides comme celle du Lac Tchad dont quatre pays vivent des ressources ? Un lac qui s’assèche chaque année davantage et qui va peut-être disparaître bientôt et entraîner une migration climatique énorme vers d’autres zones du continent.

Vous êtes membre du Conseil d’administration du Fonds vert pour le climat (GCF) de l’«Afrique centrale». Les pays de la sous-région manifestent-ils vraiment leur volonté de lutter contre le réchauffement climatique ?

La sous-région Afrique centrale est unie par nature. Déjà, elle se regroupe à l’intérieur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) au sein de laquelle sont débattues les questions du changement climatique.

On a aussi la chance en Afrique centrale de prendre des initiatives par rapport à la question des forêts, par exemple, à travers la Commission climat du Bassin du Congo (CCBC) où le président congolais Denis Sassou Nguesso pilote les travaux du Fonds bleu pour le Bassin du Congo et de la Commission du Bassin du Congo.

Il y a deux mois, lorsque le Secrétaire général des Nations unies a invité les pays à venir ensemble discuter des questions du changement climatique au sommet de New York en septembre, ceux du Bassin du Congo ont parlé d’une seule voix. On a pu présenter une proposition par le biais du président Etienne Tishekedi de la République démocratique du Congo à l’initiative du président Ali Bongo.

Tout ceci montre que les pays d’Afrique centrale travaillent de plus en plus de concert et développent des initiatives communes qui fonctionnent.

Quelles sont les initiatives qui vous paraissent les plus urgentes pour promouvoir la sécurité en Afrique ?

La prévention des conflits reste la meilleure option. On est convaincu aujourd’hui que si on est suffisamment averti de ce que peuvent être les conséquences du changement climatique -déplacements de populations et utilisation des ressources naturelles comme armes de guerre- on pourrait développer des plans d’actions adaptés.

Autre exemple, le fait de savoir que les régions côtières pourraient être submergées, nous incite à mettre en place des politiques et prévenir tout cela. Aujourd’hui, ce qu’il faut c’est comprendre ce qui va arriver demain pour pouvoir mettre en place des solutions adaptées.

Un mot sur la 4ème édition de l’ASF ?

Nous félicitons le Maroc pour son leadership concernant la question du changement climatique. Nous sommes très contents que les organisateurs aient pensé à nous inviter à prendre part à ce forum pour discuter des liens complexes entre le changement climatique et les questions de sécurité en Afrique.

Propos recueillis par Alain Bouithy

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