Sylvie Dyclo-Pomos : «Il faut inonder le Congo de culture»

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Sylvie Dyclo-Pomos, directrice artistique du festival Mantsina sur scène.

Sylvie Dyclo-Pomos  est la directrice artistique du festival Mantsina sur scène. Elle est elle-même une artiste de renommée tant nationale qu’internationale. Elle a l’avantage de naître d’un grand nom de la culture, Georgette Kouatila, sa mère, qui joue en même temps le rôle de conseillère. Elle a déclaré au micro de Pagesafrik.info qu’il est temps d’inonder le Congo de culture.

Pagesafrik.info : Quelle lecture faites-vous de la place de votre festival dans le cœur du public ?

Sylvie Dyclo-Pomos : De la part du public, dites-vous ? Je dirais qu’il y a un grand retour de l’ascenseur de la part du public qui est intéressé par ce que nous faisons. Nous organisons une édition au mois de décembre de chaque année. Nous déplorons simplement le manque d’infrastructures culturelles, l’insuffisance de salles qui devraient permettre aux artistes de montrer ce qu’ils savent faire.

Je souligne que le festival Mantsina sur scène est bien accueilli par le public mais qui peine toujours à trouver des subventions tant sur le plan national qu’international. Je souhaite que le festival soit soutenu ne serait-ce que sur le plan national.

Je vous informe qu’en décembre 2017, nous serons à notre 14ème édition, mais sans appui des pouvoirs publics et je ne pense pas qu’on soit capable de poursuivre sans moyens conséquents ce que nous faisons.

Pagesafrik.info : Quelle est l’audience de votre festival ?

Sylvie Dyclo-Pomos : Pour parler de l’audience du festival Mantsina sur scène, je puis dire que nous avons reçu lors de notre édition 2016, des suisses, des béninois, des camerounais, des ires burkinabés et des français. Je crois que cela se passe de commentaires. Le festival draine un monde et c’est à cet effet que nous souhaitons que les pouvoirs publics aient un regard sur la culture.

Pagesafrik.info : Comment faites-vous pour drainer tout ce monde, et sans soutien ?

Sylvie Dyclo-Pomos : Nous nous débrouillons avec le peu que nous donne l’Institut français de Paris. C’est une subvention pour les spectacles africains invités au festival. On se jette à l’eau pour les nationaux qui participent même sans cachets. Tout ce qui compte pour eux, c’est le plaisir de montrer au public ce qu’ils savent faire. Je vous informe que des acheteurs de spectacles, des mécènes, des directeurs de spectacles d’autres cieux font le déplacement de Brazzaville à cette occasion pour voir s’ils peuvent trouver quelque chose. Ce sont des opportunités pour les spectacles de se faire connaître.

Pagesafrik.info : Quelle est l’origine des pièces de théâtre exécutées lors de votre festival ?

Sylvie Dyclo-Pomos : Tous les textes de tous les auteurs y sont joués. On célèbre les auteurs congolais, africains et des autres continents, sans oublier les contemporains congolais.

Pagesafrik.info : Comment vivez-vous le fait d’être la fille d’une grande actrice ?

Sylvie Dyclo-Pomos : Je le vis bien. C’est depuis mon enfance que je suis dans le théâtre aux côtés de ma mère. Très jeune, je l’accompagnais dans ce qu’elle faisait. J’allais souvent l’assister. Je peux dire que le théâtre est mon quotidien.

Pagesafrik.info : Apparait-elle comme votre conseillère ?

Sylvie Dyclo-Pomos : En effet, je lui demande des conseils pour certains spectacles. Nous échangeons beaucoup sur le sujet. Lors de ma résidence d’écritures à Limoges, j’ai écrit un monologue et c’est ma mère que j’ai choisie pour porter ce texte. Elle l’a bien porté. Je suis allée en sa compagnie exécuter ce monologue en Allemagne.

Pagesafrik.info : Quel souhait pouvez-vous émettre pour le théâtre congolais dans les jours à venir ?

Sylvie Dyclo-Pomos : Effectivement. Mon souhait est que les pouvoirs publics prennent à cœur  le problème de la culture. Il y a dans ce pays des artistes capables de travailler sérieusement. Il faut inonder le Congo de culture. Il faut doter le pays en salles de spectacles pour occuper la jeunesse et c’est parce qu’il manque de structures adéquates en matière de culture que les jeunes s’adonnent au désordre.

Les pouvoirs publics doivent montrer aux jeunes que le théâtre est une profession. Il y a bien des thèses de doctorat soutenues sur le théâtre.  Qui dit mieux ?

Propos recueillis par Florent Sogni Zaou

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