Shams Sahbani au-delà du pinceau

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Le style comme lieu de la singularité subjective, le style comme expression (affective ou intellectuelle), le style comme écart…tel le mot d’ordre constant de notre artiste marocaine Shams Sahbani.
Elle fut à même de ce point d’orgue quand elle exposait un échantillon de ses états d’âme (sa collection) à Rabat, Casablanca, Meknès, Ifrane, Monaco, Toulouse…
Les tableaux de notre artiste, plutôt intellectuelle engagée autant pour les causes nationales qu’universelles, échappent aux vulgaires stéréotypes de la carte postale exhibant des vases décoratifs, des fleurs et beaucoup de soleil…,et fait fit de la fameuse « marque déposée » des pays du Sud visant la commercialisation du pittoresque désert, la quête hypocrite de l’exotisme onirique gratuit.
Selon les représentations largement partagées, les fleurs ont généralement une fonction cérémoniale qui varie selon le temps, l’espace, les cultures les cultes et rituels de chaque civilisation… et ce, selon leurs espèces, leurs couleurs et leurs odeurs…
Chez notre artiste, chaque tableau est suggestifs.. Les fleurs parlent autrement grâce à un pinceau mariant les couleurs de façon rebelle mais très harmonieuse par le biais de l’acrylique sur toile : elles suggèrent et ne disent pas. Chaque titre se veut « le chapeau » d’un poème ou d’une sonate ou d’un portrait intérieur de notre artiste.
Les titres des tableaux à eux seuls : »Spleen », « échos du silence » , « d’or et de poussières » , « été », «  ode à la mer », « cimetière intime », « transe en mue », « rage », « sentiers de lumière» (entres autres titres de tableaux), nous déconcertent avant de nous impressionner.. Elle ne cultive pas que des fleurs par son pinceau, mais compose ses poèmes à la Baudelaire et à la Verlaine…, avec des toiles de fonds culturelles assez profondes..
A première impression, l’observateur curieux mais non initié, dirait : « de simples fleurs. (point à la ligne) »…, mais pour l’initié, la fleur en soi n’est qu’un signifiant, un prétexte.. qui cache un non dit, tout un monde profond :
Stéphane Audeguy dans La théorie des nuages écrivait :
« On ne peint pas pour faire de la peinture, ou même pour être peintre : seuls les amateurs en sont là. On peint pour des raisons plus profondes et qui n’ont rien à voir avec la carrière ; ce qui est essentiel pour un peintre, c’est le rapport entre son art et tout ce qui n’est pas la peinture, c’est ce désir de capter les couleurs et les saveurs du monde. »
Les fleurs de notre artiste racontent toute une philosophie, tout un culte ou religion :
Son « spleen » est peut être inspirée par un poème de Baudelaire qui porte le même titre dans le célébrissime recueil «  les fleurs du mal »…, qui, selon la critique contemporaine, a fait de Baudelaire le « premier poète » qui se soit pris lui pour objet : novateur dans l’intériorité, il est inévitablement pessimiste. Alors qu’il met bien en lumière son histoire de malheur et culpabilité… (sic).
Notre artiste va au-delà de ce « spleen » (ennui mortel à la Bovary) en nous invitant à mysticisme à l’orientale prêchant la pratique du culte de la « transe », à un univers propre à l’artiste où l’exaltation est un « maître-mot » grâce à un pinceau et à des couleurs, à des formes et à des assemblages, parfois délibérément et à dessein, hétéroclites… une « transe » dépassant le « spleen » et métamorphosant les tableaux de notre artiste en sorte de « médium » en communication avec un univers « absolu », plutôt métaphysique…

Par Bouziane Moussaoui,

Critique d’art

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