Sénégal : des sociétés nationales comme la chaîne de télévision seraient-elles le tombeau de certaines de nos langues nationales ?

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TRIBUNE. Le Sénégal a une multitude de langues nationales mais le français demeure encore la langue officielle. D’aucuns se demandent encore pour combien de temps ?

Mais quand on écoute les médias d’informations ou autres, on n’entend presque que du wolof. On reconnait qu’elle est la langue la plus parlée au pays. Mais les peuls ou foulbés seraient probablement en plus grand nombre, et que leur langue serait la langue sous régionale.

Beaucoup de nos compatriotes fuient ce débat qui a trait à la représentativité ethnique dans les sociétés nationales (notre patrimoine). Jusqu’à quand et pour quoi ? beaucoup de pays ont déjà réglé ce problème. Et pourquoi pas nous ?

 Pour certains d’entre eux, la langue du Sénégal c’est tout simplement le wolof ce qui est faux et dangereux. Je pense sincèrement qu’il faut poser le débat et oser en parler avant que les gens fassent des amalgames comme au Mali et au Burkina Faso où on assimile tous les peuls à des terroristes.

Il nous revient de mettre les choses au clair et de dire que le pays appartient à tous et à toutes sans distinction de race et de religion, car on vit dans une république laïque. Toutes les langues doivent être traitées équitablement. On ne devait pas privilégier une langue ou une culture. Au pire des cas, on devrait fonctionner selon le taux de représentativité ou par quotas dans les services publics.

Mais à l’heure actuelle, beaucoup de nos belles langues comme le poular, le balante-ganja ou autres ont un très faible temps d’antenne ou sont presque absentes de la chaine nationale de Télévision. La langue poular aurait beaucoup moins de 7 heures par semaine. Ensuite viennent les autres langues comme le sérère, le sarakolé, le diola, le manjack etc…  Apparemment le traitement réservé à la langue poular serait sensiblement le même que celui des autres langues locales (sauf le wolof) pris individuellement.

Tout le reste du temps est réservé au français et/ou au wolof. Avec moins de 7 heures par semaine, le temps d’antenne allouée à la langue poular serait moins que 10% du temps total alors que les peuls ou fulbés constitueraient près de 30% de la population sénégalaise. 

On est souvent accusé à tort ou à raison d’être un ethniciste, à chaque fois qu’on aborde la question de la représentation par groupe ethnique dans les sphères étatiques. Il n’y a rien de plus normale que de défendre sa langue et sa culture. Ceux qui parlent de même ne sont en fait que des ignorants ou des dangereux profiteurs qui sont assis confortablement, car leur langue maternelle est largement et démesurément favorisée. Ces derniers devraient avoir le sens du partage et accepter que leur langue n’est pas meilleure que les autres langues.

Favoriser une langue ou un groupe ethnique serait la forme la plus dangereuse d’ethnicization. Les anglais, les français et tous les autres peuples du monde entier défendent leurs langues et leurs cultures chez eux et partout ailleurs dans le monde. Pourquoi pas nous ? Sommes des demis citoyens ?

La télévision sénégalaise est mal gérée. C’est notre patrimoine commun. Les temps d’antenne doivent être distribués équitablement à tous les groupes ethniques. Et ne serait-ce que par quotas augmentés, afin que tous les sénégalais puissent être informés et divertis dans leurs langues maternelles. Le mode colonial injuste dont nous avons hérité et sur lequel repose notre fonctionnement, doit être relégué aux oubliettes.

La continuation de ce mode de gestion dont la France nous a laissé, a déjà créé des guerres au Rwanda, au Mali en Côte d’ivoire et ailleurs. Nous devons reconnaître les disfonctionnements dans la gestion de notre pays et l’améliorer au lieu de laisser les problèmes s’accumuler et qu’ils deviennent incontrôlables et insolvables.

Gondiel Ka

Montréal Canada.

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