Sassou à Paris

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Hervé Mahicka

TRIBUNE. Désolé d’être encore une fois à contre-courant de la masse ambiante, mais évidemment que j’étais pour que Macron reçoive le sieur Sassou. Je ne peux adhérer à une logique de la diplomatie du silence et du rien alors qu’on veut faire avancer des dossiers.

Quand on ne se rencontre pas officiellement, ce sont les porteurs de mallettes qui font la pluie et le beau temps, les commissionnaires, les “papa m’a dit”, les loges…

Je ne pouvais pas non plus être avec les frères tentant de jeter le discrédit sur cette rencontre parce que plus que jamais il fallait que certaines voix tentent de faire entendre raison à ce tyran borné, et je suis heureux que ce soit fait.

J’ai lu en retour les critiques portées sur les propos de Le Drian qui aurait parlé avec fermeté (certains ajoutent “comme à un enfant”) au présidocrate congolais, et là aussi, je ne les suis pas. C’est une erreur d’appréciation.

D’abord parce que tout le monde a le droit de parler avec fermeté à tout le monde, le terme indiquant un point rigide dans une négociation et non une engueulade. Ensuite, c’est une grossière erreur (mais c’est surement un héritage du communisme chez nous) de croire que lorsqu’on a tous des certificats de souveraineté cela signifie qu’on est égaux.

Le président américain n’est pas l’égal du président français. Que cela plaise ou non. Comme le PDG de Coca Cola n’est pas l’équivalent à celui des yaourt Bayo. Le président américain, russe ou la chancelière allemande ne seront jamais reçu par un ministre français. Déjà rien qu’à ce niveau les rangs sont établis.

Oui protocolairement c’est le même titre, mais non, dans les faits, Boris Johnson simple chef du gouvernement et non d’Etat équivaut au président français et peut même rire en posant les pieds sur la tables de l’Elysée, mais pas Nana Akufu Ado ou le président malgache, qui ne sont pas du même rang. La diplomatie est faite de cas par cas.

Ceci dit, les frères qui ont appelé l’Elysée ou se sont réunis pour manifester n’ont pas eu tort pour autant. Cette pression a également ses effets… Mais j’ai pensé que l’effet de transmettre un message de politique intérieure en le recevant avait plus d’impact que de se tourner le dos, et l’injonction à distance n’aurait eu aucun effet.

Mais attention à l’autre versant des attentes inconvenantes, est ceux qui pensent que la France a le dernier mot au Congo et donc comme ils ont parlé, Sassou a fait dans son froc.

Je l’ai souvent dit, l’avantage de Sassou sur la plupart de ses opposants c’est que lui ne considère pas la France comme un Dieu à qui il faut obéir et qui aurait le bouton magique de le maintenir ou non au pouvoir alors que la plupart des opposants en sont persuadés de manière religieuse et croient que la France a les moyens de mettre fin à la dictature dans le monde ou même dans ses ex colonies. C’est de la géopolitique de dessins animés. C’est un appui dans la lutte mais ça ne suffit pas.

Si on le pouvait, on aurait profité de cela pour engager des actions d’envergure à la fois diplomatique (pour faire à ce que cette demande fasse boule de neige et qu’elle soit reprise par l’ONU, l’UE, les USA, l’UA) et sur le terrain social et populaire interne pour démontrer que cette question des prisonniers politiques est au cœur du désir du vivre ensemble des congolais.

Pas parce que je suis un supporter de Mokoko comme a insinué un de mes frères, mais parce que je ne vois pas une normalisation politique tant que le fait d’être candidat peut vous conduire en prison. La libération des prisonniers politiques et la garantie qu’on utilise plus la justice pour régler ses comptes nous concerne tous.

Mais à la place, certains pensent déjà que Sassou va rentrer appliquer les injonctions du maître, que Mokoko sera libre la semaine prochaine et qu’un gouvernement d’union nationale est en préparation et qu’ils doivent en faire partie. On veut les bénéfices du pouvoir tout de suite, sans en préparer les moyens d’accès et les conditions de justice. A ce jeu, on échouera toujours. Tout reste à faire.

La lutte continue.

Hervé Mahicka

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