"Prison à vie" de (1) Paul-Evariste Okouri.

Un récit qui se fonde sur un nombre important de personnages dont les principaux sont le président Pamirac, Christina, l’enseignant devenu homme politique et le journaliste Holzer. Un roman qui nous révèle l’Afrique avec ses déboires sociopolitiques. Et l’auteur n’y va pas de main morte pour fustiger les maux qui freinent l’évolution du continent.

A cause de la précarité de ses parents restés au village et de l’attitude un peu sévère de son frère aîné Ngolo-Nta qui l’a emmené en ville, Christa, jeune lycéen manque une fois de plus son passage en classe terminale. Il est obligé de se présenter au concours d’entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs pour rentrer dans la vie active. Après cinq ans dans l’enseignement, il satisfait au concours de l’Ecole Nationale d’Administration, le métier d’enseignant étant mal rémunéré. Ne voulant pas se soumettre aux hommes politiques,  il ne peut être nommé à des postes de responsabilité. Et quand il retrouve son cousin Holzer devenu journaliste, commence pour les deux jeunes hommes une vie aléatoire dans un pays où règnent la dictature et la mauvaise gouvernance incarnées par le général Pamirac. Dans ce pays où sont décriés les maux sociaux et politiques, Christa finit par s’intéresser à la politique pour réveiller la conscience de son peuple martyrisé par la dictature de Pamirac tandis que son cousin Holzer gardera son statut de journaliste.

Pamirac, le prototype du politique congolais en particulier et africain en général

Après avoir assassiné son prédécesseur, le président Bigolo, le général Pamirac, foulant aux pieds la constitution, arrive au pouvoir avec une troupe de militaires. Avec une transition suivie des élections, il est élu président avec une nouvelle constitution qui lui permet de renouveler son mandat une fois seulement. Mais le goût du pouvoir le pousse à tripatouiller la constitution pour briguer un autre mandat. Aussi organise-t-il un référendum pour les besoins de la cause : « A l’issue de ce dernier mandat, Pamirac appela au référendum pour renouveler la constitution qui remisa un mandat de cinq ans pour un régime présidentiel » (p.13). Tout au long de son règne, la République du Golomé connait une mauvaise gouvernance tant du côté politique que celui de l’économie.. Ce sont inexorablement les populations qui subissent les conséquences de cette politique abjecte. Gabegie, népotisme, favoritisme sont les principaux maux qui vont accompagner le général Pamirac dans l’exercice de ses fonctions. Aussi, il ne permet pas aux travailleurs de manifester leur mécontentement par des grèves : « (…) Le chargé de communication du bureau exécutif de la Centrale goloméenne des travailleurs (…) scandait des slogans contre le vol, la corruption, la démagogie et le détournement de l’argent public » (p.68). Et ce sont les militaires du pouvoir qui vont interrompre ce meeting car comme le précise le narrateur, « (…) une rafale de mitraillette déchira le silence (…) et dans la panique, les gens se dispersèrent fuyant dans tous les sens » (pp.68-69). A travers le personnage du général Pamirac, se résument tous les négations du politique africain auxquelles se confrontent Christa et son cousin Holzer dans cette république bananière.

Du roman au pamphlet politique

S’il est un roman qui critique sévèrement et ouvertement l’amateurisme politique africain, c’est bien Prison à vie. L’auteur y apparait comme un panafricaniste : son œuvre s’avère engageante et engagée. C’est un récit au vitriol qui fait penser à certains textes d’Emmanuel Dongala, textes où les dirigeants politiques font l’objet d’une caricature critique et acerbe. A travers la République du Golomé, la magie de l’écriture de Paul-Evariste Okouri situe le lecteur dans une ubiquité qui le fait voyager dans les tragédies et drames de plusieurs pays africains. Pourraient s’y reconnaitre les peuples des pays comme la RD Congo, le Congo, la RCA, le Tchad et le Gabon pour ne citer que ces pays de l’Afrique centrale où les dirigeants sont allergiques à l’alternance au pouvoir, des pays proches du subconscient de l’auteur. Prison à vie pourrait être lu comme un des romans sur les tristes réalités d’une Afrique qui était mal parie depuis les indépendances. Les services de l’Education, de la Santé ainsi que des Medias de la République du Golomé sont délaissés par le pouvoir. Christa quitte l’enseignement  car mal rémunéré et Holzer ne peut exercer normalement son métier à cause de la cupidité de ses chefs. Au niveau de la santé, c’est la catastrophe : « Les médicaments achetés dans le cadre de [l’opération « Bol d’air santé »] quittaient la pharmacie du centre pour se retrouver dans les blouses d’infirmiers ou de sages femmes qui les revendaient aux malades » (p.27). La pertinence de la thématique interpelle les larges masses populaires de tout le continent vers la démocratie. Ne jamais répéter les horreurs du népotisme et de la mauvaise gouvernance en Afrique, tel est le message qui se reflète à travers plusieurs miroirs sociaux dans lesquels se regarde le lecteur : « L’importance de la tribu (…) était mise en exergue dans l’administration (…) Le sang qui coulait dans les veines des chefs d’Etat africains était infecté de poison du féodalisme » (p.183).

Un style un peu particulier

Du point de vue du style, on remarque dans Prison à vie la description des faits et gestes détaillée à l’instar des récits du XXè siècle des célèbres romanciers français tels Alain Robbe-Grillet et Claude Simon. Cela est mis en relief dans la description des pièges au cours de l’enfance de Christa : « Le chasseur installait un obstacle fait de deux morceaux de bambou à deux centimètres de leur extrémité, et la deuxième parallèle à la première se posait sur le sol quand le cadre était planté » (p.128) et un peu loin quand « pour acheter le gnétum, les femmes détaillantes, petit bâton à la main s’agrippaient au camion, cherchant à occuper chacune une bonne position. Au bout de chaque bâton, l’élément de l’équipage qui était sur la cargaison accrochait la marchandise correspondante à la somme d’argent exhibée » (pp.173-174). A cette spécificité de la description minutieuse, on peut ajouter une autre particularité de Prison à vie qui peut se définir comme un récit à deux tiroirs : les souvenirs d’enfance de Christa et sa vie d’adulte entant que fonctionnaire et homme politique.

Prison à vie peut se lire comme un roman écolo-anthropologique quand on se réfère à l’enfance du héros Christa au village. Le temps passé auprès de sa mère et sa pratique de la chasse au rat plonge une partie du récit dans l’écologie te l’anthropologie.

  • Paul-Evariste Okouri, Prison à vie, éd. L’Harmattan, 2012, 188p. 19€

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