Que reste-t-il de Nico Kasanda, 33 ans après sa mort ?

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Le 22 Septembre 1985, le “Docteur” Nico s’éteignait, à l’Hôpital St Luc de Bruxelles.  Trente trois ans après, les fans du monde entier commémorent cette date. L’occasion de retracer le parcours de ce grand génie issu d’une grande famille de musiciens.

Depuis sa disparition, à l’âge de 46 ans, la légende de Nico Kasanda n’a cessé de grandir. “Un Comité de gestion des œuvres du Dr Nico Kasanda” qui a vu le jour en 2015 et ouvert à tous les sympathisants constitue le point de ralliement de ceux qui continuent de célébrer sa musique et son charisme.

Deux albums d’anthologie ; Docteur Nico

Ignace Mukendi Mbambi, président du Comité de gestion des œuvres du Dr Nico Kasanda informe le public qu’à l’occasion de la commémoration du 33ème anniversaire de la disparition du guitariste soliste congolais Nicolas Kasanda, alias  Dr Nico, et avec le concours du label musical Planet Ilunga, une œuvre musicale d’anthologie est  dans les bacs en Europe, en ce mois de Septembre 2018.

Cette œuvre porte le titre de Docteur Nico “Dieu de la guitare” Cette compilation qui comprend 26 titres  repartis  en  deux  albums vinyles  33  tours  retrace la vie et la carrière musicale de Docteur Nico. Des chansons rares et des chef-d’oeuvres signés de sa main, une collection qui enrichira et garnira la  discothèque des adeptes de la musique savante.

La réalisation et la publication de cette anthologie constitue pour le Comité de gestion des œuvres du Dr Nico (mukendi59@hotmail.fr) un devoir de mémoire envers l’artiste.

Ce qu’il faut retenir du parcours du Dr Nico

Nicolas Kasanda wa Mikalay “Dr Nico”,  est le plus grand guitariste solo de l’histoire de la musique congolaise moderne, mieux que son cousin germain Emmanuel Tshilumba wa Baloji «Tino Baroza », son maître spirituel, lequel avec Charles Mwamba «Dechaud» son frère ainé, guitariste accompagnement ont été formés par le guitariste “hawaïen” Zacharie Elenga « Jhimmy ». 

Dans son style, Nico Kasanda, recherche les effets techniques en soignant également les courbes mélodiques et la vivacité rythmique. Il est également cithariste (à l’hawaïenne) d’une virtuosité époustouflante. Il est la star de cette musique sensuelle et raffinée qui fonde depuis des années, «L’Ecole African Jazz », dont le signe caractéristique est la « Rumba-Rock ».

Son doigté guitaristique inimitable passionne les amateurs qui trouvent en lui un admirable technicien de la guitare, capable d’en exploiter en solo toutes les ressources, de s’intégrer à une formation de studio ou de se mettre au service d’un vocaliste.

Une carrière musicale qui commence à l’âge de 14 ans

Apparu sur la scène musicale congolaise en 1953, à l’âge de 14 ans, le guitariste Nico Kasanda fut comblé si tôt de l’immense succès obtenu par l’avènement de l’African Jazz de Joseph Kabaselle. Son art va mériter une large reconnaissance. Il est un prodige de la mise en place rythmique. Et la relative sagesse de ses improvisations n’exclut pas de belles fulgurances jouées avec une parfaite maîtrise instrumentale.

Mikalayi, lieu de naissance avant de s’installer à Léopoldville (Kinshasa)     

Nicolas Kasanda, dit « Nico mobali » et plus tard « Docteur Nico », a vu le jour à Mikalayi (Kasaï – RDC), le 7 Juillet 1939. Au début de l’année 1950, le jeune Kasanda accompagne sa mère qui vient s’installer à Kinshasa sur l’avenue Croix-Rouge dans la commune de Kinshasa.

Tout le prédestinait à devenir l’inimitable solo-guitare dont la réputation n’égale que sa grande modestie. De brillantes études chez les Frères des écoles chrétiennes de Leo II (EPL) en font un mécanicien accompli. Nico est peut être le seul des musiciens de Kinshasa à avoir terminé ses études qu’il a menées de front avec sa formation musicale qui est, on s’en doute, très poussée à cette époque.

Dès son jeune âge en 1946,  il est irrésistiblement attiré par les muses comme d’ailleurs la plupart des membres de sa famille. C’est son aîné Charles Mwamba « Dechaud », et son cousin Tino Baroza sortis de l’école de Jhimmy en 1951, qui initieront le jeune amateur, aux mystères joyeux de la guitare.

Ses dons innés l’aideront efficacement à en pénétrer rapidement tous les secrets, à tel point qu’il parviendra en très peu de temps, à en remontrer à son «professeur ». Bientôt, quoiqu’encore écolier, il se produira devant un public averti qui ne lui ménagera pas ses applaudissements. Sa renommée fera rapidement son chemin et on l’appellera plus que «Nico mobali ».

Avec son frère professeur qui dorénavant ne jouera que le rôle non moins important d’accompagnateur, il sera converti de gloriole qui ne lui fera pourtant pas perdre la tête. Il est resté aussi simple qu’à ses débuts et chaque jour il ne tend qu’à fructifier ses talents dans l’orchestre African Jazz, lequel sans lui ressemble à un corps sans âme. Il est devenu synonyme de guitare magique car la guitare de Nico a un langage particulier : elle pleure, elle rit, mais elle chante toujours.

En 1960, à la Table ronde de Bruxelles, Nico Kasanda est au sommet de sa gloire pour le soin extrême qu’il apporte à la production de l’album « Indépendance Cha cha cha » ainsi qu’à la sophistication de la guitare solo. 

Pour l’essentiel de la carrière du Dr Nico Kasanda, voici les principales périodes qui ont marqué son parcours.

1953 – Membre de l’Orchestre African Jazz, de Joseph Kabaselle, aux éditions Opika, avec, au fil des années des musiciens comme : Charles Mwamba “Dechaud”, Antoine Kaya “Depuissant”, Dominique Kuntina « Willy », Roger Izeidi, Ettienne Diluvila «Baskis, André Menga, Albert Taumani , Isaac Musekiwa, Baloji « Tino Baroza », Albert Kabongo, Albert Dinga, Augustin Moniania «Roitelet », Armando « Brazzos », Edo Clary Lutula, Tabu Ley «Rochereau » Joseph Mulamba « Mujos », etc..

1963, le 13 Juillet, tous les musiciens de l’African Jazz se séparent de Joseph Kabaselle, pour former l’Orchestre African Fiesta, sous la marque de disque VITA

1965, le 16 Novembre, Scission de l’African Fiesta, en deux orchestres qui voient le jour en 1966 : L’African Fiesta National de Tabu Ley « Rochereau ». Et, L’African Fiesta Sukisa du Dr Nico Kasanda, constitué au fil des années des musiciens :

Charles Mwamba « Dechaud », Pierre Bazeta « De la France », André Lumingu « Zoro » (guitares et guitare basse), Victor Kasanda « Vixon », Joseph Mingiedi « Jeff », Pedro « Cailloux », Gabriel Kayumba « Francky » Michel Ngoualali (trompettes, saxos et flûte), Paul Mizele « Paulins », Michel Banda « Micky », Joseph Ayombe « José » Dominique Diongas « Apôtre » Lambert Kalamoy « Vigny », Chantal Kazadi, Lassan Lessa, Valentin Kutu « Sangana », Josky Kiambukuta, Lucie Eyenga (chant), Georges Armand (batterie), etc.

Dans les années 70, l’African Fiesta Sukisa, devient l’un des groupes les plus populaires de la musique congolaise, et connaît un succès énorme. Il a surtout prouvé qu’il était un des créateurs les plus originaux du rythme « Muntuansi » issu du profond Kasaï. La guitare de NICO était immédiatement reconnaissable avec sa manière de couvrir toute l’étendue sonore des morceaux bien balancés et terriblement accrocheurs. 

Des titres comme : « Bougie ya bolingo » « Ngalula » « Suzarina » «Zadio » « Bolingo ya sens unique » « Echantillon ya pamba » «Bolingo po na kisi te » et tant d’autres vont bénéficier d’une mise en place simple, mais efficace. Fraicheur et spontanéité.

Et, tel que Fiesta Sukisa se présentait à cette époque avec une importante section rythmique emmenée par une guitare savante de NICO, l’accompagnement de Mwamba « Dechaud », la basse de Lumingu, « Zoro » la batterie de Georges Armand et des choristes avec le sublime Kazadi Chantal, ou le génial Lessa Lassan. Un très beau témoignage de l’évolution du groupe. 

La reformation de Fiesta Sukisa au début des années 80 (enregistrement à L’I.A.D. Brazzaville – Intégration de la chanteuse Lucie Eyenga) va connaître des hauts et des bas, au point où l’orchestre va s’effacer pratiquement de la scène plusieurs mois avant la traversée du désert du Dr Nico Kasanda. 

En effet, au début du mois d’Août 1985, la santé de NICO va très mal, il bénéficie tardivement de la couverture médicale accordée par la présidence de la république, pour être évacué le 22 Septembre 1985 à Bruxelles, où il meurt peu de temps après son admission à l’Hôpital St Luc de Bruxelles. 

Plusieurs décennies après sa mort, on est en droit de dire que ce n’est pas pour rien que Nico Kasanda a été surnommé « Docteur » Il est aujourd’hui sans aucun doute le père de la guitare solo classique, celui dont tous les amateurs congolais de la guitare considèrent comme, une véritable légende vivante, un génie que personne n’a su imiter.

Clément Ossinondé 

                           

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