Rencontre littéraire: «Un bébé pas comme les autres», un nouveau roman de Pierre Ntsémou

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L’inspecteur de français à la retraite et écrivain, Pierre Ntsémou, a présenté et dédicacé, le 28 juin 2018 à Brazzaville, son nouveau roman intitulé «Un bébé pas comme les autres», paru aux éditions L’harmattan-Congo en février 2018 sous l’éclairage critique de Ramsès Bongolo et Gildas Maloula.             

Après la présentation et la lecture critique de l’œuvre, la parole a été cédée à l’auteur qui a remercié le public venu nombreux saluer la naissance de ce nouveau bébé littéraire.

La lecture de ce roman rapporte que c’est l’histoire d’un Bitolois : Belange Beklam, un jeune homme d’une élégance raffinée et d’un anticonformisme provocateur. Formé dans le moule du christianisme, Belange Beklam croit, comme tous les Bitolois, en la bénignité des pasteurs et à l’inviolabilité – en raison de son caractère sacré –, du vœu de chasteté, jusqu’à ce qu’il surprenne son mentor, le révérend père Jacques Benjamin Lakastus, dans les bras d’une jeune paroissienne.

C’est dans le train qui le conduit à Lobito-Louboto que ce souvenir marquant lui revient à l’esprit. Sur le chemin de fer, Bébé savoure pour la toute première fois les « caresses amoureuses pleines de volupté » de Chattelyne Toutou-Moké, une Vénus de carrefour qui, pour se mettre en vedette et défaire les projets charnels de Rosine Nzoto-Sembé-Sembé et Tétine Mvoutoua-Bakako, ses deux « rivales » assises juste en face, déploie tout son art érotique pour faire planer le jeune mâle jusqu’au septième ciel.

À Lobito-Louboto, où il est affecté pour jouer un rôle administratif, la renommé de Bébé parvient jusqu’aux oreilles du roi Louzolo-Nsi qui, en découvrant la grande sagesse du jeune administrateur dans le règlement de conflits tortueux, lui propose d’exercer le pouvoir en lieu et place de ses éventuels successeurs dont la rivalité funeste risquait de conduire le royaume à la perte. Belange Beklam décline la proposition et lui raconte l’anecdote de la natte. Émerveillé par ce précieux conseil, le trône qui avait toujours porté le nom de Mbokétumba, devient la République unie de la Natte.

Belange Beklam enseigne à l’école coloniale où il est plutôt apprécié par son physique d’Apollon que par ses convictions intellectuelles, philosophiques ou spirituelles. Ses prises de position contre le traitement inhumain infligé aux Africains lui valent le mécontentement de son père et l’interdiction, durant son séjour, de poursuivre son «rêve humaniste» et ses recherches anthropologiques.

Ces rencontres secrètes finissent par déclencher la jalousie d’une Européenne, Belline Alsek, qui ne digère pas le fait d’être « reléguée au second plan ».

L’arrivée d’Hermione Alsek, infirmière et mère de Belline, apporte un peu de bonheur et de chaleur dans ces milieux sauvages où l’épidémie due à la mouche tsé-tsé bat son plein et refroidit l’ardeur des ouvriers du chemin de fer. La suite du récit est une histoire de famille, de mariage et d’heureuses naissances 

Un bébé pas comme les autres est le roman d’une époque

Ce livre traduit l’état psychologique d’un peuple politiquement et spirituellement conquis par le colonisateur occidental et son affidé, le missionnaire sournois et concupiscent, chacun œuvrant dans un but bien précis de pérenniser la domination européenne et l’exploitation des ressources naturelles en Afrique, de cacher la vérité historique des exactions coloniales dans les programmes d’histoire africaine enseignée dans les écoles tout en infantilisant le Noir avec des versets bibliques.

Derrière la vie de Belange Beklam, Pierre Ntsemou présente une Afrique administrée d’une main de fer qui, non seulement pour les Noirs allait de pair avec d’intenses souffrances physiques et morales, mais aussi avec le chemin de fer qui a coûté la vie à nombre d’Africains dont les cadavres étaient, la plupart du temps, abandonnés dans les rivières et noyés pour démoraliser, plier, « mettre à plat ventre » les éventuelles rebelles ou indomptables.

Dans l’univers colonial, un seul langage était autorisé : celui des asservis et des servis, autrement dit des maîtres et des serviteurs. Pas d’égalité possible, puisqu’à l’époque où se déroulent ces évènements, l’égalité entre les races était encore une vue de l’esprit. D’ailleurs, comment pouvait-il y avoir d’égalité entre le civilisé et l’indigène ? Comment pouvait-on traiter un « animal » à peine sorti des chaines brûlantes de l’esclavage comme un semblable ?

Contre la sévérité excessive, l’impolitesse du colon dans toute sa splendeur et les actes inqualifiables du Gouverneur, Pierre Ntsemou oppose la bienveillance amicale, naturelle et remarquable de Venin Alsek, le bâtisseur de ponts sur la ligne du chemin de fer, dont l’oblativité est telle qu’un dispensaire et une école sont bâtis sur le site du campement où logent, dans des maisons en bois aux baies vitrées, ses employés indigènes, qu’il traite avec le niveau de délicatesse qui convient dans les relations et les échanges avec autrui, comme pour renforcer le caractère certain de la formule populaire stéréotypée.

 Des problèmes autour de la stérilité  

Ce livre met également en lumière les problèmes qui gravitent autour de la stérilité dans l’univers traditionnel africain, une stérilité souvent attribuée à la femme ou « secrètement résolue » entre l’oncle et son neveu, dans le lit conjugal, pour sauver l’honneur de la famille.

En définitive, ce dispositif littéraire est un « outil » à mettre à la disposition de ceux qui désirent se faire une idée de la vie des Nègres à l’époque coloniale. Les inconditionnels de la poésie y trouveront la salade de rimes indissociables à la plume de Pierre Ntsemou pour qui la magie des mots et l’art de la rhétorique subtile sont une marque de fabrique.

Qui est Pierre Ntsémou

Pierre Ntsémou est né dans un bled centenaire de l’ancien Moyen-Congo. Il est licencié-es-lettres et titulaire d’un CAPEL, option Français. Il est inspecteur pédagogique à la retraite. Il est romancier, dramaturge et nouvelliste. Il a également à son actif un recueil de poèmes.

Florent Sogni Zaou

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