Récession. BAM abaisse son taux directeur à un niveau historique (Maroc)

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Bank Al-Maghrib

En dépit des efforts fournis par les autorités pour atténuer les effets de la pandémie du Covid-19, l’évolution de la conjoncture économique et sociale n’est guère de bon augure. De plus, malgré la reprise attendue en 2021, l’économie marocaine devrait enregistrer cette année sa plus forte contraction en plus de deux décennies, a annoncé Bank Al-Maghrib.

« Les projections macroéconomiques de la Banque restent entourées d’un degré exceptionnellement élevé d’incertitude et font clairement ressortir une forte contraction de l’économie nationale qui pâtirait de l’effet conjugué de la sécheresse et des restrictions pour limiter la propagation du Covid-19 », a expliqué la Banque centrale.

Ainsi, l’économie nationale « accuserait une contraction de 5,2% en 2020, la plus forte depuis 1996 », a-t-elle souligné au terme de la deuxième réunion trimestrielle de l’année du Conseil de la Banque tenue mardi 16 juin à Rabat.

A quelques nuances près, ces projections confirment les prévisions du Haut-commissariat au plan (HCP) et du Centre marocain de conjoncture (CMC) dont nous avons fait écho dans nos précédentes éditions.

En effet, dans ses prévisions (révisées) de la croissance économique nationale pour le premier et le deuxième trimestres 2020, le HCP évoquait en avril dernier des signes d’une récession qui se confirme au fil des mois. L’institution publique avait alors prévenu que la baisse de la croissance économique nationale serait plus prononcée que prévu au deuxième trimestre 2020.

Dans le cadre de ses travaux, ses analystes avaient ainsi prévenu que « l’économie nationale serait amputée de 8,9 points au deuxième trimestre 2020, par rapport à son évolution d’avant crise Covid-19, au lieu de -3,8 points prévus au 7 avril ».

Analysant l’ampleur des effets du Covid-19 sur l’économie nationale, le CMC s’était aussi intéressé à la récession, annonçant un affaiblissement du PIB de -3,2% dans sa publication mensuelle « Maroc Conjoncture » (n°324) de mai 2020.

« La configuration des prévisions sectorielles retenues pour le scénario de référence a permis de dégager un taux de croissance négatif conjecturable du Produit intérieur brut à prix constants de l’ordre de -3,2% pour l’exercice 2020 », avait relevé le Centre dans ce numéro spécial.

« Cette contre-performance économique devrait découler du retrait de l’ensemble des secteurs sous les effets multiples déclenchés par la maladie du Covid-19 de la psychose et de la perte de confiance en passant par les restrictions des déplacements et le confinement pour arriver au stade de l’état d’urgence sanitaire », avait expliqué l’Observatoire privé.

Dans sa dernière édition semestrielle des perspectives économiques mondiales, et plus précisément sur le volet consacré à l’activité économique dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), la Banque mondiale tablait, de son côté, sur une récession de 4% de l’économie marocaine.

A noter que la valeur ajoutée agricole, telle qu’elle ressort des projections de Bank Al-Maghrib devrait connaître « un recul de 4,6%, avec une récolte céréalière estimée par le Département de l’Agriculture à 30 millions de quintaux, et celle des activités non agricoles diminuerait de 5,3% », a fait savoir  BAM.

Au regard de l’évolution de la situation économique du pays, et après la baisse de 25 points de base en mars dernier, le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de procéder à une deuxième réduction du taux directeur de 50 points de base, le ramenant à 1,5%. En plus de cette décision historique, la Banque a choisi de libérer intégralement le compte de réserve au profit des banques.

L’autre décision prise par BAM concerne la mise en place des dispositions spécifiques en vue de fournir un appui au refinancement des banques participatives et aux associations de microcrédit. 

A en croire la Banque centrale, « ces décisions, conjuguées aux différentes mesures d’assouplissement déjà mises en œuvre, notamment l’élargissement du collatéral éligible à ses opérations de refinancement, le renforcement de ses programmes non conventionnels, ainsi que l’allègement temporaire des règles prudentielles, devraient contribuer, avec celles prises par le Comité de veille économique, à atténuer l’impact de la pandémie et à soutenir la relance de l’économie et de l’emploi ».

Bank Al-Maghrib, qui a affiné le cadre de ses opérations de refinancement pour favoriser davantage les banques qui déploient le plus d’efforts dans ce sens, a, par ailleurs, assuré qu’« elle veillera, plus que par le passé, à la transmission de ses décisions à l’économie réelle et fera le point régulièrement à ce sujet avec le plus haut management du système bancaire ».

Soulignons qu’en dépit du contexte difficile, la sinistre réalité qui prévaut au Maroc laisse tout de même une place à l’optimisme. En effet, la croissance marquerait un rebond en 2021 de « 4,2%, avec une augmentation de la valeur ajoutée agricole de 12,4%, sous l’hypothèse d’une production céréalière de 75 millions de quintaux, et une amélioration du rythme des activités non agricoles à 3,1% », a relevé BAM.

La vigilance doit tout de même rester de mise au regard de l’évolution rapide et incertaine de la situation, a estimé la Banque soulignant que « ces prévisions restent entourées de fortes incertitudes, avec une balance des risques orientée à la baisse ».

Aussi, Bank Al-Maghrib a prévenu que la récession serait beaucoup plus profonde dans le cas « d’une reprise plus lente de l’activité ou de la persistance de la faiblesse de la demande étrangère et des perturbations des chaînes d’approvisionnement ».

Dans un communiqué rendu public au terme de sa deuxième session trimestrielle de l’année, BAM a relevé qu’après s’être établie à 1,4% en moyenne au premier trimestre 2020, l’inflation est revenue à 0,9% en avril en lien essentiellement avec le repli des prix des carburants et lubrifiants. 
Selon ses prévisions, « à moyen terme, et dans un contexte de faibles pressions inflationnistes émanant de la demande et des cours bas des matières premières, elle se maintiendrait à un niveau modéré autour de 1% aussi bien en 2020 qu’en 2021 ».

Se basant sur les dernières données de l’enquête nationale sur l’emploi collectées par le HCP entre le 1er janvier et le 20 mars (qui n’intègrent pas l’effet de la pandémie du Covid-19), la Banque centrale note que celles-ci font ressortir une création de 77 mille emplois après une perte de 2 mille au cours de la même période une année auparavant, une amélioration du taux d’activité de 45,7% à 46% et une hausse du taux de chômage de 9,1% à 10,5%.

Elle rappelle toutefois qu’« une enquête ponctuelle réalisée par le HCP du 1er au 3 avril pour appréhender les retombées de la pandémie sur l’emploi indique une destruction de près de 726 mille postes, soit 20% de la main-d’œuvre des entreprises organisées ».

Sur le plan des comptes extérieurs, pour l’ensemble de l’année 2020, les exportations accuseraient une baisse de 15,8% globalement, qui concernerait la quasi-totalité des secteurs. En parallèle, les importations chuteraient de 10,7%, en lien essentiellement avec l’allégement de la facture énergétique et le repli des acquisitions de biens d’équipement. Quant aux recettes de voyage, elles enregistreraient un fort recul qui atteindrait 60% tandis que les transferts des MRE régresseraient de 25%.

S’agissant des entrées d’IDE, Bank Al-Maghrib pense qu’elles devraient revenir à l’équivalent de 1,5% du PIB cette année avant de retrouver leur niveau tendanciel de 3,2% du PIB en 2021.

« Tenant compte de la hausse importante prévue des tirages à l’international du Trésor, les avoirs officiels de réserve se situeraient à 218,6 milliards de dirhams en 2020 et à 221,7 milliards en 2021, assurant une couverture autour de 5 mois d’importations de biens et services aussi bien en 2020 qu’en 2021 », a-t-elle estimé.

S’agissant des conditions monétaires, les taux débiteurs devraient se poursuivre au regard en particulier de la mise en place de dispositifs de garantie pour le financement de la relance au taux directeur majoré d’un maximum de 200 points de base, selon elle.

Concernant le crédit au secteur non financier, malgré la contraction de l’activité prévue cette année, son évolution resterait positive, avec une croissance de 1,9% en 2020 et de 2,6% en 2021, grâce aux différentes actions d’appui à la relance économique et aux mesures d’assouplissement de la Banque. 

Pour sa part, le taux de change effectif réel devrait ressortir en dépréciation de 1,6% sur l’ensemble de l’année et de 1% en 2021, résultat d’une dépréciation en termes nominaux et d’un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des pays partenaires et concurrents. 

Quant aux finances publiques, à moyen terme, le déficit budgétaire, hors privatisation, devrait s’aggraver de 4,1% du PIB en 2019 à 7,6% en 2020 avant de s’atténuer à 5% en 2021, a conclu BAM assurant ainsi que l’endettement du Trésor devrait augmenter, passant de 65,0% du PIB en 2019 à 75,3% en 2020 et à 75,4% en 2021.

Alain Bouithy

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