RD Congo : Crainte pour la sécurité des personnes en Ituri frappées par les attaques des groupes armés et les violences intercommunautaires

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Nord-Kivu, RDC : des personnes déplacées collectent des denrées alimentaires dans le camp de Bweramana (archive). Ph: OCHA / Vicky Prekabo.

Les combats entre les forces militaires et les groupes armés se sont étendus ce mois-ci du Nord-Kivu vers la province de l’Ituri. Ils viennent s’ajouter aux cycles de violence intercommunautaire qui ont forcé plus de 100 000 personnes à fuir depuis le début de l’année et ont engendré des besoins humanitaires massifs dans la province.

La situation humanitaire des personnes nouvellement déplacées dans la province de l’Ituri s’est rapidement détériorée ces derniers mois. Dans certains villages, les personnes déplacées représentent plus de la moitié de la population, selon les autorités locales. Beaucoup quittent les villages d’accueil pour se rendre sur les sites de déplacement parce que les communautés d’accueil ne peuvent pas subvenir aux besoins d’une famille supplémentaire chez elles en raison de ressources extrêmement limitées.

Dans les sites de déplacement, beaucoup se réfugient dans des abris de fortune faits avec des branches de palmier qu’ils ont ramassé. Récemment, de nombreux rapports ont fait état d’enfants mourant de maladie et de malnutrition dans les sites de déplacement, ainsi que de menaces constantes pour la sécurité des personnes.

“Il est essentiel d’investir dans une présence humanitaire sur le long terme, permettant aux organisations de rester même en l’absence de conflit actif, car malheureusement, notre expérience nous a appris que la violence est cyclique. Elle éclatera à nouveau”, a déclaré Maureen Philippon, directrice du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) en RD Congo.

“Les besoins croissants et le manque de financement de l’aide humanitaire signifient que nous devons souvent fermer un bureau dans un endroit pour pouvoir intervenir dans un autre”, ajoute-t-elle. Le conflit actuel en Ituri se déroule dans l’une des régions les plus instables de la RD Congo.

Des années de conflit non résolu pour les terres et l’accès aux ressources, ainsi que l’absence de solutions aux griefs historiques, ont conduit à un niveau de violence extrême, à des violations des droits de l’homme et à de possibles crimes de guerre, selon une enquête menée par les Nations unies en 2019.

“Mon mari a été tué alors qu’il travaillait dans les champs, et six mois plus tard, les mêmes personnes ont attaqué notre village, brûlant nos maisons, pillant tout ce qu’elles trouvaient et tuant un grand nombre de personnes. Nous avons fui en courant, sans prendre un seul de nos vêtements”, a déclaré au NRC une mère de huit enfants lors d’une récente visite.

Les villages sont réduits en cendres, les gens fuient, ils perdent leurs moyens de subsistance et leurs conditions de vie sont extrêmement précaires. La lutte fondamentale pour la terre et les ressources est au cœur de la violence en RD Congo et déclenche malheureusement un cycle d’abus, de déplacements, de perte des ressources, d’insécurité alimentaire et d’abandon scolaire.

45 attaques contre des écoles et des hôpitaux ont affecté 10 743 enfants depuis début janvier. Les équipes du NRC sur le terrain rapportent que les bureaux et les bancs des écoles endommagées servent de bois de chauffage aux personnes qui veulent désespérément cuisiner et se réchauffer la nuit. 34 % de la population de l’Ituri dépend désormais de l’aide humanitaire, selon les Nations unies.

“Il n’y aura pas de fin en vue tant que la communauté internationale n’aura pas placé la résolution des luttes pour la terre et des conflits communautaires en tête de ses priorités”, rapporte Philippon.

Faits et des chiffres (ONU, IPC et CMRE):

  • Plus de 500 000 personnes sont actuellement déplacées dans l’Ituri, tandis que des dizaines de milliers d’autres se sont réfugiées en Ouganda voisin
  • La province est également frappée par le virus Ebola et a enregistré au moins 500 cas confirmés dont environ 200 sont morts.
  • Au total, plus de cinq millions de personnes restent déplacées en RDC, ce qui représente le plus grand nombre de déplacés internes en Afrique.
  • 15 millions de personnes sont en situation de grave insécurité alimentaire en RDC (phase 3 ou plus de l’IPC), selon le dernier rapport de la Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC).

Conseil norvégien pour les réfugiés (NCR)

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