Rawa’e Maqua ou Trahison de la Mecque ? (Première partie)

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TRIBUNE. Avant de vous présenter une analyse de l’ouvrage « Rawa’e Maqua », je dois vous préciser qu’il ne s’agit en aucun cas de l’analyse de la personnalité de l’écrivain, que je respecte énormément et dont je garde de beaux souvenirs du temps où il était Wali à Meknès et de ses efforts fournis pour embellir cette ville, ses monuments historiques et ses espaces verts, en débutant des chantiers conséquents, bien que malheureusement ceux-là ont été laissés à l’abandon après son départ. 

J’analyse alors l’écrivain dans son livre, sachant que comme toute écriture on fait appel à son imaginaire, qui est loin d’être la réalité de la personnalité écrivaine. Seulement, en écrivant, l’inconscient trahit l’écrivain et laisse échapper entre les lignes quelques réalités inconscientes. C’est ce qui m’intéresse ici et c’est ce qui saute à mes yeux de psychanalyste, lorsque je lis n’importe quel écrit. 

Évidemment, tout ce que j’analyse est hypothétique et ne peut en aucun cas être pris pour une vérité.

1- LA MECQUE SYMBOLISE LA FIGURE FEMININE

Dans le récit, j’ai noté une absence importante des figures ou des représentations masculines. En l’occurrence, j’ai noté que plusieurs femmes sont évoquées et très peu pour « la maman ».

La Mecque représente la mère de toute l’humanité autour de laquelle tout le monde se tourne et se bat pour s’en approcher  afin de la toucher, d’être contre elle, de lui faire des baisers et ressentir sa bénédiction et son affection .

L’écrivain entreprenait ce voyage sans la figure féminine importante dans la vie d’un homme, la mère ! Justement, il est parti seul pour se retrouver face à face avec la représentation féminine la plus puissante « la Mecque » afin de se réconcilier probablement avec lui-même dans son rapport avec l’image féminine et maternelle.

2- LA MECQUE SYMBOLE DU CONFLIT AVEC LA FIGURE PATERNELLE

Dans le passé étalé dans le livre, le père a peu de place. En venant visiter la Mecque, il découvre plusieurs hommes bons et affectueux. L’écrivain n’essaie-t-il pas de se réconcilier avec la représentation masculine et paternelle totalement absente ?

D’ailleurs, l’écrivain essaie de renouer une relation très proche avec la Mecque figure maternelle, qu’avec l’homme le prophète qui a glorifié la Mecque. Le père n’avait-il pas glorifié la mère ? Des parents distants, l’un présent et l’autre absent ?

A travers ses expériences avec les hommes dans son voyage, il est en train de se réconcilier avec la figure masculine mais sans succès, car le prophète, la représentation paternelle, est absent et n’est plus là. Or, la représentation maternelle, la Mecque, est toujours présente, elle est toujours là et tous ses enfants viennent de partout pour lui rendre visite. Ce voyage n’est-il pas plus une recherche de réconciliation avec la figure maternelle qu’une réconciliation avec la figure masculine ?

3- LA MECQUE SYMBOLE DU PASSE

A la page 17, l’écrivain essaie de se réconcilier avec son passé car en venant retrouver la Mecque, il s’est retrouvé face à son passé qu’il a tant essayé de fuir. Ce n’est pas par le fait de visiter la Mecque que tout le passé va s’effacer et l’écrivain en est bien conscient. Mais le voyage vers la Mecque n’est qu’un voyage dans son passé et dans son histoire. C’est un effort énorme de s’arrêter et se retourner vers le passé afin de se réconcilier avec lui.

La réconciliation avec l’islam (page 17) n’est qu’une recherche de réconciliation avec le passé !

4- LA MECQUE, SOLUTION DU DESESPOIR ET DE CULPABILITE

Rencontrer la Mecque, symbole de féminité maternelle et du passé, est une recherche du pardon du passé mais aussi du pardon de Soi. L’écrivain est bien conscient que le voyage en lui-même ne peut rien effacer du passé, mais il se force de se faire pardonner par son histoire et les figures principales de sa vie, mais aussi, il se force de s’accepter, accepter Soi tel qu’il est, afin d’obtenir la réconciliation, non pas avec l’islam, mais avec ce qu’il était avant et pendant la rencontre avec la Mecque.

5- LA MECQUE, LA MOSQUEE, EVE

La mosquée symbolise l’utérus féminin qui garde dans son sein l’homme, qui une fois bien nourrit elle accouche en dehors. L’écrivain est entré en conflit avec la mosquée, figure utérine d’avoir accouché de son frère alors qu’il n’était pas nourrit suffisamment, malade psychiquement et incapable d’être autonome. La mosquée était vide, sans le frère perdu à vie (page 20). L’écrivain n’est-il pas en conflit avec la mère qui a accouché d’un frère malade ?

La Mecque figure féminine mais contrairement à la mosquée figure utérine, ne laisse personne rentrer dans son sein, n’accouche de personne et paradoxalement tout le monde la recherche et se bat pour la toucher avec ses mains et son corps espérant qu’elle lui donne de l’amour, de la satisfaction et de la sérénité, mais aussi de lui permettre de naitre à nouveau.

Si l’écrivain a fait ce voyage vers la Mecque c’est que dans l’histoire, c’est elle qui a donné naissance à la mosquée figure utérine qui à son tour donne naissance à l’être humain cinq fois par jour.

La Mecque symbolise Eve, la femme qui a donné naissance à toutes les femmes.

L’écrivain est venu alors rencontrer la mère de toutes les mères, afin de se réconcilier avec la figure féminine et maternelle à la fois.

6- LA MECQUE ET LE FRERE SCHIZOPHRENE

Le passé est douloureux et culpabilisant, « pourquoi cette mère m’a épargné de la maladie et pas mon frère ? ». Une colère impossible à exprimer. Le frère erre dans les rues, dans la nature et disparait. Fuit-il la mère et la mosquée, ou bien chassé, accouché en dehors sans protection et abandonné par ces deux figures utérines (la mère et la mosquée)?

Une douleur et un conflit avec la figure féminine y compris l’Islam et Dieu. Une injustice, « pourquoi lui et pas moi ?», s’interroge l’écrivain sans aucune réponse ? Comme le frère, l’écrivain fuit-il le passé et la figure maternelle et religieuse ?

Aller à la Mecque, c’est aller retrouver celui qui fuit, le frère qui aurait pu être lui, c’est aller retrouver la mère des mères pour lui donner une nouvelle naissance ?

Seulement ce voyage n’était-il pas déguisé par le devoir religieux ? N’était-il pas une pulsion consciente ou non de tromper la mère des mères comme il l’a été par les représentations féminines ou maternelles ?

S’agit-il d’une réconciliation avec la Mecque ou une vengeance déguisée, une trahison?

Docteur Jaouad MABROUKI

Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe

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