Ramadan n’est-il pas un contrat social tacite ?

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TRIBUNE. Pendant ramadan, il est de coutume de voir une polémique autour de l’interdiction de manger en public durant la journée. Évidement la loi punit ce comportement considéré une infraction avec arrestation de celui qui ose boire ou manger dans la rue.

De point de vue psychanalytique, je vois autrement tout ce bouleversement pendant ramadan et surtout le refus massif de la société de tolérer ceux qui ne pratiquent pas ramadan.

Cette polémique ramadaniènne souligne plusieurs crises et paradoxes de la société marocaine

  1. Une crise spirituelle

Si ramadan était bien accepté par les croyants et pratiqué avec amour, à priori celui qui jeune ne prétend aucune attention à celui qui ne jeune pas. Au contraire, il doit voir ceci tout à fait normal et chaque citoyen est libre dans la pratique de ses convictions. En quoi celui qui mange ou boit dans la rue dérange celui qui jeune ? S’il dérange sa foi, c’est qu’il n’est pas convaincu de sa pratique !

Ce qu’il faut retenir est que celui qui ne jeune pas, il dérange le musulman pratiquant ramadan, il touche un point qui fait mal d’où la remise en question du pratiquant.

2. Un paradoxe spirituel

Pourquoi et même pendant ramadan, si nous sommes un pays musulman comme il est prétendu, lorsque l’appel à la prière résonne, des milers de citoyens n’arrêtent pas leurs activités et rentrent dans les mosquées, et celui qui ne le fait pas soit arrêté et emprisonné comme celui qui mange en public ? Jeuner est plus important que la prière ? Pourquoi le fait de manger dérange le marocain et le fait de ne pas faire la prière ne dérange pas ?

3. Un rapport pathologique à la nourriture

Curieusement, pendant ramadan, le marocain n’est pas dérangé par la médisance, le mensonge, la triche, la corruption, l’harcèlement des femmes, autant qu’il est dérangé par le fait de ne pas jeuner. En réalité le marocain est encore affamé et son rapport à la nourriture est pathologique. Tout se passe, comme s’il y a une « zerda »* et l’heure d’en profiter est déjà déterminée, mais certains commencent de tout manger plus tôt que prévu. L’heure de « zerda »* est au coucher de soleil alors personne n’a le droit d’y toucher avant, si non les fauteurs seront punis.

4. Un contrat collectif tacite

le fait de dire que nous sommes un pays musulman, tout en sachant que parmi nous, il y a des citoyens d’autres croyances et évidement ceux qui ne pratiquent pas l’Islam, revient à dire nous sommes tous soumis à un contrat collectif « nul ne peut manger avant l’heure du coucher de soleil et celui qui ne respecte pas ce contrat sera puni ». Autrement dit, tu dois respecter le contrat et tu jeunes malgré toi et si tune veux pas jeuner, ne l’affiche pas dans le public. Peut-on appeler ça une hypocrisie ? Ceci est-il compatible avec l’esprit du mois sacré ?

*festin

Docteur Jaouad MABROUKI

Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe

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