Psychanalyse de Laila Slimani dans « chanson douce »

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TRIBUNE. Souvent le mot trahit les plus profondes pensées de l’être humain. En parlant ou en écrivant nous étalons, obligatoirement, nos fantasmes, nos conflits internes, nos émotions refoulées et notre imaginaire. Sans le vouloir, celui qui écrit ou qui parle, est trahi par « Soi » et laisse fuir ses substances inconscientes, croyant qu’il contrôle tout ce qu’il débite.

En lisant le roman « Chanson douce », j’ai noté plusieurs hémorragies idéiques inconscientes, l’une associée à l’autre, m’ont révélé la sténose colérique et le malaise ischémique de l’auteur dans son roman.

Évidemment, je n’oserai jamais prétendre analyser la personnalité de l’auteur ! En d’autres termes, j’analyse l’auteur à l’intérieur du roman sans aucune prolifération quelconque en dehors des frontières de « Chanson douce ».

Nous savons qu’à cause de la guerre jihadiste des extrémistes musulmans en occident, l’image du musulman et de l’arabe  a subi une profonde altération, et le « migrant arabe » est devenu « l’objet non désiré et phobogène ». De plus, beaucoup de médias, excellents techniciens-manipulateurs, ont modifié et métamorphosé les couleurs de l’image identificatoire de l’arabe et du musulman.

Une de ces manipulations médiatiques, devenant répétitive et presque pathognomonique du profil identitaire du terroriste musulman européen, est la confrontation d’une « chanson violente » à une « chanson douce ». Après chaque acte de terrorisme en France, les médias font leurs investigations sur l’auteur. Chaque personne de l’entourage du terroriste répète, à la camera, la « chanson douce »: « Jamel était quelqu’un de bien, sans histoire, il nous saluait tous, il était très tranquille. Impossible d’imaginer qu’il pouvait être capable de faire ça ».

Évidemment, la mutation d’un musulman européen en tueur, est présentée par les médias comme un mystère, comme si derrière un attentat il y avait quelqu’un d’irréprochable. Mais au final, la manipulation médiatique transmet la « chanson violente » suivante: « méfiez-vous de l’arabe musulman même s’il est quelqu’un de bien » !

L’auteur du roman a fait de la maison des Massé, un espace cosmopolite géré par un couple mixte franco-arabe, qui accueille Louise. Paris accueille les arabes, les noirs, les asiatiques, mais Louise est chez elle intrinsèquement. L’auteur a fait de l’appartement de Myriam et Paul un petit pays d’accueil et au lieu d’accueillir, comme Paris, des personnes du tiers-monde, il a accueilli Louise européenne et de peau blanche. Seulement en réalité, Louise vient du tiers-monde parisien, vivant les mêmes conditions misérables que les migrants. Ainsi l’identité et l’image de Louise, ont été manipulées par l’auteur d’autant plus qu’il lui fallait un visa d’entrée chez les Massé. 

L’arabe en Europe veut que la matrice du pays d’accueil lui donne une nouvelle naissance, le chérisse et l’accepte avec ses différences, mais avec « chanson violente », il est rejeté, avorté, devenant malgré sa nationalité française « un européen mort-né» dans sa peau d’arabe. Une souffrance et une vengeance projetées alors sur Louise, voulant appartenir aux siens dans son petit pays d’accueil rue d’Hauteville. Louise désirait une nouvelle naissance, un 3ème enfant pour rester au sein de cette famille, pour exister, pour avoir une nouvelle identité et une nouvelle image « se naturaliser » et devenir une Massé. À travers ce projet de 3ème enfant, Louise voulait naître de la matrice de « Myriam et Paul ».

Louise, comme l’arabe européen, a été avortée « mort-née » dans sa peau blanche, rejetée, ne pouvant plus être désirée par la famille de son pays d’accueil rue Hauteville. Louise a abandonné sa fille pour être acceptée par cette famille, comme le migrant qui abandonne sa famille dans son pays d’origine pour être accueilli par l’Europe. Louise, non désirée par le pays des Massé, est transformée alors en « terroriste ». Là aussi la « chanson douce » se répète après la « chanson violente ». Seulement cette fois-ci il ne s’agit pas de Jamel l’arabo-musulman, il s’agit de Louise, de peau blanche, irréprochable, d’une grande politesse et dont tout son entourage ne comprend pas comment elle a pu faire ça !

Docteur Jaouad MABROUKI

Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe.

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