Portrait. Rock Amédée Banzouzi : «Les gouvernants doivent comprendre qu’il faut donner l’argent aux artistes»

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Rock Amédée, artiste comédien congolais.

Artiste comédien, Rock Amédée Banzouzi réside en France depuis dix-huit ans. Il est né à Brazzaville et a grandi à Pointe-Noire où il a fait ses études. Il s’était destiné pour la vie religieuse d’où son, entrée au petit séminaire de Loango après son admission au BEPC.

C’est dans sa paroisse qu’il de découvre un amour pour l’art en créant un groupe dénommé Les grands amis du Seigneur. Ce groupe de jeunes adaptaient des passages bibliques, de la passion à la mort du Christ, la vie de Marie.

Cette activité fut renforcée par l’attention d’un missionnaire français, Père Pierce Clément. Il leur demandait d’exécuter des pièces de théâtre avant cette chaque fête de Noël. La messe suivait. Lorsqu’il est entré au petit séminaire, il sortait chaque jeudi pour s’occuper de la troupe théâtrale. Il décide alors de quitter le petit séminaire pour s’inscrire au lycée Karl Marx de Pointe-Noire en 1987, un an avant le décès de Tchicaya U’Tamsi en 1988.
Quelque temps, l’écrivain Tchicaya Un’ti B’kune crée la compagnie de théâtre Tchicaya U’Tamsi avec comme devise : «la chèvre mourra mais sa peau parlera toujours». J’ai donc intégré cette troupe. J’étais en série scientifique mais j’aimais lire. J’écrivais des poèmes et j’ai découvert la poésie de Tchicaya U’Tamsi. C’est une poésie qui m’a frappé.
J’ai ainsi été découvert par un missionnaire à travers le directeur du Centre Culturel Français (CCF) qui avait trouvé qu’il y avait du potentiel. C’est lorsqu’il est revenu à Pointe-Noire que l’atelier dramatique de Pointe-Noire a vu le jour. Monsieur Mavioka qui était à l’Unéac nous a proposé une salle en 1989. Cette salle a été équipée et est devenue la salle de la Pagode. Son père ne savait pas que son fils faisait du théâtre. J’étais encouragé par les autorités scolaires. Puis, le théâtre a été créé. Une nouvelle de Tchicaya U’Tamsi a été adaptée par le couple Arlette et Roger Chemain.
Nous avons effectué notre premier voyage en France et mon père ne savait pas que je faisais tu théâtre. Je suis allé en France le 5 octobre 1991 grâce à la compréhension de mon frère qui s’y trouvait déjà. Nous avons effectué une tournée de trois mois en France, en Belgique et suis rentré avec beaucoup d’argent dont je ne savais quoi en faire. Mon père a eu peur.

Le gain du théâtre
«Non, là-bas, le théâtre paye », avais-je répondu à mon père pour apaiser mon père qui croyait que cet argent venait de la magie ou de la vente d’un être humain. Nous avons ensuite effectué une tournée africaine dans sept pays. Nous avons travaillé pendant trois ans et six mois avec 400 représentations. Il n’avait pas abandonné le chemin de l’école et avait ainsi obtenu son baccalauréat. Mon père spirituel sentait que je n’étais pas à l’aise. Il m’a dit un jour que ma vocation était le théâtre mais que je n’étais destiné à être prêtre. «Il ne faut pas t’inquiéter de ne pas être prêtre, le théâtre que tu fais est un métier », m’avait-il conseillé.
Il ensuite participé à l’adaptation d’autres pièces de Tchicaya U’Tamsi. Le déclenchement des événements socio-politiques en 1998 m’a obligé à se retrouver au Cameroun pendant une année et huit mois. A la fin de la guerre, il ne pouvait plus repartir en France par défaut de passeport et de visa. Ils ont repartir grâce à la magnanimité de M. Anatole Collinet Mackosso. C’est à cet effet que mon metteur en scène a décidé de l’amener vivre en France.
Il a découvert après qu’il avait fait le même parcours que le cinéaste congolais Gilbert Ntsangata qui était aussi un séminariste. Il a ensuite découvert que sa mère, Mme Madeleine Ntsongola, est la première femme à avoir fait le cinéma au Congo. Elle a joué dans plusieurs films et a joué le personnage de Ndona. Il cherche toujours les films dans lesquels elle a joué. Il est dans le théâtre depuis 25 ans.

Le théâtre est une véritable passion pour moi

«Je suis véritable passionné de cet art. J’adore le théâtre », confie-t-il. La scène est le meilleur endroit où il se sent et où il vainc sa timidité. C’est l’occasion pour lui d’accoucher tout ce qu’il a, il le met sur le papier. Il considère l’acte d’écrire comme un acte d’évasion. Il est souvent invité à la déclamation des poèmes de Tchicaya U’Tamsi pour qui il a toujours beaucoup d’admiration.
« Je ne cours pas après le casting parce je considère que les français écrivent leur cinéma pour eux-mêmes et nous devons écrire le nôtre si nous voulons faire du cinéma », souligne-t-il. Il a horreur de se battre pour un petit rôle et indique que lorsqu’il y a un rôle pour un africain, il y a des milliers de demandeurs et on y joue les figurants, le négro, le service, l’infirmier ou celui qui va mourir en premier. Ce sont des rôles comme ceux-là qu’on joue aux acteurs africains.
En ce qui le concerne, il est souvent convié par la fille de son metteur en scène. J’ai joué mon premier grand rôle dans le film «Beaux gosses» de Réal Thiertouf avec Emmanuel Devos, un film qui a eu un prix un César au festival de Cannes en 2009. Il fait savoir que lorsqu’on fait du théâtre, on fait forcément du cinéma bien que ce soient des genres différents.

La vision du cinéma congolais

«Je ne suis pas pessimiste», estime-t-il lorsqu’il parle du cinéma congolais. Pour lui, le Congo a d’abord besoin de développement. Le développement signifie qu’il y a d’autres préoccupations que la culture. Les priorités sont ailleurs. Il faut aussi tenir compte de tous les moments difficiles que le pays a traversés, on a besoin de l’éducation et de la nourriture et la culture fait office de parent pauvre.
Le cinéma n’occupe pas encore sa place au Congo. Il pense que ceux que les premiers qui ont balisé les chemins ont travaillé par rapport à la télévision. Ils y travaillaient comme réalisateurs mais comme dans la démarche de Ouagadougou par exemple où on faisait des films parce qu’on voulait les faire. Il croit qu’il y avoir aussi un problème de moyens.
«Dans ce pays, on parle du ministère de la culture mais on ne voit pas de cirque, pas de théâtre. Qu’à cela ne tienne, je demeure optimiste en ce qui concerne la culture. Il salue l’émergence de certains jeunes réalisateurs dans le domaine du cinéma et félicite des réalisateurs comme Liesbeth Mabiala qui a fait un film, Dilemme, qui a bien marché à Cannes et qui fait son premier long métrage qui peine à partir par défaut de moyens financiers et le fait avec des moyens propres; Rufin Mbou Mikima au Havre et qui fait des choses magnifiques.
Le congolais a du potentiel et le Congo compte quatre millions d’habitants mais avec un écrivain au Km2. Il a évoqué les pièces de Tchicaya U’Tam’si et de Sony Labou Tansi dont les œuvres ont été jouées à Paris au même moment. Aujourd’hui, le cinéma congolais peine à décoller parce qu’on n’y met pas de moyens. Il faut qu’on sache que l’art est la vitrine du pays».
A ce jour, on connait un pays par rapport à ses artistes et à ses peintres. Picasso a fait parler de la France. On ne demande pas le nom du ministre de la culture dans un pays mais d’abord le nom du peintre. Il se plaint que les gouvernants ne comprennent pas qu’il faut donner l’argent aux artistes.

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