Ghislaine Kinouani.

Une voix imposante mais douce, une intelligence lisible sur la face, une compétence professionnelle avérée, le contact facile et l’esprit de compréhension à bout de doigts, Mme Ghislaine Kinouani est journaliste d’Etat à la radio nationale du Congo à Brazzaville. Elle est mariée et mère de quatre enfants pour qui elle a beaucoup d’affection. Elle assure actuellement les fonctions de chef du service de la coordination, planification et suivi de l’antenne. Elle dit ne pas avoir de penchant pour la haine. Pagesafrik/Starducongo l’a rencontrée en ce mois de mars ou mois de la femme.

Ghislaine est licenciée de l’Université Marien Ngouabi, précisément du département des Sciences et Technique de la Communication (STC). Elle ne se contente cependant pas de ce qu’elle fait officiellement dans ce média, elle met également ses compétences aux étriers du service des sports de cette institution.
Elle s’est révélée au grand public à travers sa tranche d’animation «Etoile du matin» qu’elle anime tous les lundis de cinq heures à neuf heures. Cette tranche est entrecoupée par des émissions et des journaux ainsi que des messages. Elle est ponctuée par de la musique quelle sélectionne elle-même. «Je suis plus ou moins libre de choisir mes thèmes», confie-t-elle.
Pour elle, Etoile du matin dont elle parle, c’est l’aurore, c’est cette lueur plus ou moins rosacée pour annoncer le lever du soleil et bien sûr, transmettre la bonne humeur. Etoile du matin, c’est aussi cette lumière avant le lever du soleil.Je n’ai pas pratiqué le sport à l’école
Elle ne comprend pas ce qui l’a amenée dans le monde du sport pourtant, confie-t-elle, l’éducation physique était parmi ses bêtes noires. Elle raconte que son arrivée au service des sports est une longue histoire qui a commencé par l’émission Radio Congo Sport. C’est M. Karim Feder, un journaliste du service des sports, qui a estimé qu’il fallait associer les animateurs à cette émission sportive. C’est l’animateur qui, au cours de cette émission, devait poser des questions au présentateur du journal qui y répondait et donnait l’information. «C’est là que j’ai eu mon premier contact avec le monde du sport», explique-t-elle.
C’est toujours Karim Feder qui la conseille de faire un tour du côté du stade omnisport Massamba-Débat pour regarder quelques matches de football à ses côtés. Elle ajoute que c’est lui qui lui a donné la main en lui demandant d’écrire des articles qu’il corrigeait. Il lui a ensuite proposé de collaborer avec le service des sports. Le chef de ce service, M. Jean Mongo Tsélane n’y a pas vu d’inconvénients et lui a tendu la perche. Elle apporte donc sa contribution à ce service depuis 2003.
L’animation est pour elle une des branches du journalisme mais qui n’est pas étudiée à l’Université Marien Ngouabi. Selon elle, il n’est pas facile d’être animateur ou animatrice de radio. Les profanes pensent qu’on peut prendre n’importe qui pour le faire. «C’est une grosse erreur parce que l’animateur ou animatrice d’antenne est une personne qui doit travailler selon la déontologie du métier», dit-elle.
Elle rend l’ascenseur de la reconnaissance à un homme à la retraite, M. André Yabi-Yabi, qu’elle a eu la grâce, selon ses mots, de rencontrer et qui l’a formé. C’était une véritable formation, une vraie l’école, avec des cahiers et des stylos, des cours avec des contrôles de connaissances et des révisions. L’animation, c’est vraiment de la profession.
Elle précise qu’il y’a deux types d’animateurs ou d’animatrices mais lorsqu’on veut être piètre, on y va les bras ballants avec simplement des dédicaces et des chansons. Par contre, quand on veut être un bon animateur ou une bonne animatrice, on se documente, on prend du temps pour préparer sa tranche d’animation, on lit et fait de la recherche.
Elle insiste qu’on doit être connecté à l’Internet pour naviguer, on doit beaucoup écrire et lire. On doit chercher l’information. A ce moment-là, on quitte le studio avec le sentiment d’avoir apporté quelque chose aux auditeurs, le sentiment d’un travail bien fait.
Je souhaiterais dire aux jeunes qu’il n’y a pas de branche supérieure à une autre, à la rédaction ou à la direction des programmes. Il faut simplement apprendre. Il faut écouter les conseils et les appliquer.

C’est une grande responsabilité que d’être journaliste de radio
La radio est un média assez large. Il touche pratiquement tout le monde et le monde entier. On a l’impression qu’on se limite à Brazzaville pour ceux qui y sont alors qu’en réalité, c’est plus loin qu’on les écoute et qu’on les juge. Il faut donc être à la hauteur, il faut bien se préparer pour satisfaire les attentes des auditeurs.
Parmi les missions de l’animation, il y a aussi l’éducation, la distraction et l’information. Il faut dire ce que le journaliste souhaite que les gens fassent dans la société pour leur bien-être, pour la cohésion sociale et pour demeurer en harmonie avec bonnes mœurs et s’éloigner des antivaleurs.

Je hais la haine
«Je hais la haine, l’hypocrisie, la discorde. J’aime tout ce qui est noble. J’aime la vie, j’aime la musique et j’aime aussi rire. La musique chrétienne bien faite également m’attire, surtout lorsqu’elle contribue à l’éducation», raconte-t-elle avant de faire savoir qu’elle aime tout ce qui nourrit l’homme mais a une faiblesse pour la viande.
Elle déplore en outre le comportement des jeunes pendant la coupe d’Afrique. Elle hait la violence et affirme n’avoir pas compris le sens des actes posés par cette jeunesse pendant cette CAN, une période qui aurait du être celle de la liesse populaire et de joie. Pour elle, ce que les congolais ont vécu est loin du sport. C’était le contraste parce que le sport unit, c’est le fair-play, mais qu’il y ait des comportements déviants pour soi-disant célébrer le nul ou la victoire des Diables Rouges, était franchement inadmissible.
Il fallait donc dire aux jeunes que ce qu’il faisait était invraisemblable, loin de la manière élégante de célébrer la victoire d’une équipe, surtout celle de l’équipe nationale, celle des Diables Rouges. L’équipe nationale n’attendait pas des actes de vandalisme, des destructions, des pillages mais un soutien fort et citoyen.
«En tant que journaliste, j’ai ce devoir de moraliser et c’est que nous avons tenté de faire. Il me fallait mettre la main à la pâte pour mêler ma voix à celle des autres», martèle-t-elle.

Je pense que la presse est assez libre au Congo
La presse dans notre pays est assez libre même si de temps à autre, on fait du libertinage. Elle condamne le fait que des journalistes débordent parfois.il faut dire qu’il y lieu de faire l’effort de demeurer dans la ligne éditoriale. Il y des titres qui dérangent. C’est vrai qu’une certaine opinion parle d’une presse orientée. Nous faisons simplement notre boulot et les profanes ne comprennent peut-être en réalité pas ce qui passe dans les médias. Il ne s’agit pas de reprocher à des journalistes d’aimer parler de politique par exemple, ils en parlent parce qu’ils appartiennent au service politique.

Le mois de la femme
«Le mois de la femme, est pour moi comme tous les mois. La femme n’a pas à attendre que ce mois de mars arrive pour montrer qu’elles sont là. La femme est la compagne de l’homme et elle est dans tous les domaines de la vie. Elle devrait s’affirmer partout où elle se trouve, en janvier, en mars ou en décembre, qu’importe le mois de l’année», réagit-elle.
La femme doit s’affirmer et elle doit faire preuve de professionnalisme et de responsabilité. C’est ce qui permet de mener cette lutte. Attendre le mois de mars, c’est taper à côté.
«Nous devons nous mettre au travail comme les hommes qui n’ont pas de mois mais qui font du très bon boulot», conclut-elle.

LAISSER UN COMMENTAIRE