ESSAI POLITIQUE : Pour une démocratie sans partis politique de Justin Minimona

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Cet essai politique se singularise de prime abord par son articulation thématique, l’auteur y propose une réflexion sociopolitique très originale et importante sur l’avenir des sociétés actuelles. Deux notions nous interpellent dès le titre : démocratie et partis politiques. Tout semble clair à ce niveau, grâce à la présence de la préposition de privatisation « sans » qui vient montrer le lien, la nuance ou la possibilité de les séparer ou de les associer. La thèse que défend Justin Minimona est celle de concevoir la démocratie sans l’usage des partis politiques à l’instar de la démocratie athénienne.

  1. De l’origine aux fondements de la démocratie

En se basant sur sa qualité d’enseignant de philosophie et en tant qu’observateur avisé de l’actualité politique du monde contemporain, Justin Minimona nous dresse là, toute une histoire du concept « démocratie », de son origine à ses conceptions actuelles diversement interprétables d’un continent à un autre, d’une sphère sociale  à une autre, en passant bien sûr par les grandes figures qui ont su porter des bases théoriques à sa formalisation au cours de l’histoire.

Cet investissement historique de l’auteur favorise une bonne compréhension  des différents contours de la notion, surtout quand on sait que tous les systèmes politiques (en Afrique surtout) s’en réclament. Mais l’auteur en rappelle surtout dans un souci pédagogique pour mieux faire asseoir sa  réflexion. L’origine de la démocratie en tant que concept et système d’organisation politique, remonte à Athènes, en Grèce au Ve siècle avant Jésus-Christ sous le règne de Périclès. L’auteur montre comment le règne de ce dernier peut se constituer en modèle politique, comment cette démocratie sans l’usage des partis politiques a pu faire l’harmonie des populations et favoriser une gestion stable et harmonieuse de la cité en cette période antique jusqu’aux premières démocraties comme celles de l’Angleterre et de la France.

Etymologiquement, la démocratie « vient de deux mots grec Démos qui signifie « peuple » et Kratein qui veut dire « pouvoir  » » (p9). Ce qui revient à dire qu’il s’agit là, d’un pouvoir exercé spécifiquement par le peuple. Il y a là une légitimation qui érige le peuple au point culminant de toutes les décisions. Or le problème que soulève l’auteur ici, tient en partie compte de cette légitimation qui conduit à l’abus tout comme au chaos. C’est dans ce sens qu’il affirme : «  comme la démocratie est le régime espéré, attendu par tous, devant ses déboires avec les partis politiques, les peuples comme les hommes politiques ne savent plus à quel saint se vouer [sic].» (pp.7-8)

L’auteur en fait l’historique et l’évolution synchroniquement et diachroniquement, suivant plusieurs réalités sociologiques. Il se base sur trois penseurs pour enrichir son discours, à savoir : Périclès, Montesquieu et Jean-Jacques Rousseau. Les trois conçoivent pratiquement la démocratie de la même manière à quelques différences près.

Autrement dit, Justin Minimona appelle à une conscience citoyenne afin que tous nous percevions les enjeux réels de la vraie démocratie. La démocratie des partis politiques devient un danger pour le progrès social à cause de l’exclusion et d’autres pratiques pas du tout encourageantes qu’elle laisse entendre.

  1. Les partis politiques, une entrave à l’avancée démocratique

La critique de ce lien non réussit entre l’horizon démocratique et le rôle corrosif des partis politiques, tient compte d’un contexte socio-historique, tous les éléments y relatifs sont développés pour rendre  convaincante sa thèse. L’auteur passe en revue les différents méfaits qu’on peut observer au niveau des partis politiques, lesquels entravent l’avènement de la démocratie. Toute une litanie de méfaits, nous permettent de mieux saisir la pensée de l’auteur, surtout quand de manière objective nous essayons d’observer les sociétés actuelles. Ces méfaits sont de l’ordre de :

« la division des peuples, du tribalisme et du régionalisme, de l’achat des consciences, du favoritisme, de la protection des adhérents ou des adeptes, de la marginalisation et de l’exclusion des opposants, du choix selon la confiance non selon le mérite, du blocage de la liberté, de la perte de responsabilité des élus, de l’instauration de la dictature, de la tricherie aux élections, des conflits sociopolitiques, de la négligence des aspirations des peuples, le manque de tolérance, l’absence du règlement des conflits par les lois et les magistrats, des armées qui perdent leur sens, de la perte de la liberté du régionalisme ».

Ces méfaits enfoncent complètement le peuple dans l’illusion et dans l’utopie. Car véritablement en s’arrimant à la marche démocratique, c’est tout un univers de servitude auquel on se rattache naïvement. Le peuple est confronté à une désillusion qui parfois le rend apatrique, à cause de cette déception. Cette tendance est beaucoup plus fréquente en Afrique subsaharienne partant de l’avènement du multipartisme, cette période pendant laquelle nous avons assisté à la création de plusieurs partis sous prétexte d’une liberté mais truquée. D’après l’auteur, et cela va sans dire : « pour les partis politiques, ce qui incombe, ce n’est pas l’intérêt des peuples, c’est le respect de leurs idéologies » (p.100)

C’est en observant comparativement l’évolution de la démocratie dans le monde que, l’auteur arrive à cette conclusion de dissoudre les paris politiques ou tout au moins de conscientiser davantage les dirigeants des partis politiques. L’’organisation des élections en Afrique par exemple, est le moment de découvrir ce grand tâtonnement et cette perte des valeurs. Cette observation nous fait percevoir également la concentration ethnique et régionaliste des partis, comme nous pouvons l’apercevoir dans les partis comme le MCDDI, l’UPADS et le  RDPS.

En définitive, Justin Minimona aborde dans ce livre un sujet très crucial et qui  demande à être de plus en plus enrichi par des débats aussi constructifs. Sa thèse apparaît très réaliste et digne d’intérêt. Cependant, reste à savoir comment les dirigeants des partis politiques percevront-ils ce pavé jeté dans la mare, qui dans une certaine mesure discrédite leurs actions. Cet ouvrage postule un changement, une « rupture » sur le point des idées.

Rosin Loemba

rosinloemba@gmail.com

[1] Justin Minimona, Pour  une démocratie sans partis politique, Brazzaville, L’Harmattan-Congo, 2016, 145p.

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