Pierre Bassoukissa

Des objets de tous genres frappés les uns contre les autres mais surtout des coups de sifflet, c’est le menu du bruit que plusieurs agents de l’ex-ATC servent aux personnes présentes dans le Centre-ville de la ville de Brazzaville, précisément devant le ministère des finances où ils réclament au gouvernement le paiement des arriérés de leurs salaires de plus de cent cinquante mois et de leurs droits de licenciement tout en dénonçant le bradage de outil de travail par les pouvoirs publics.

Pour quelles raisons perturbez-vous l’ordre public et surtout ces sifflets que vous utilisez devant le ministère des finances ?

Pierre Bassoukissa : Le sifflet, c’est une manière de moderniser notre sit-in. Nous sommes en sit-in. Comme vous le voyez, nous sommes devant le ministère des finances pour revendiquer le paiement de nos droits de licenciement et nos arriérés de plus de 150 mois de salaire.

Des droits licenciement et des arriérés de salaire ? 

Pierre Bassoukissa : Oui, le gouvernement a bradé notre entreprise et ne veut pas nous payer nos droits de licenciement et nos arriérés de salaire. Il a vendu notre entreprise on ne sait à qui et a mis une bonne partie de nos collègues au chômage, les poches vides. Il a gardé une minorité en service pour une période dite transitoire mais qui n’est pas payée. Il refuse également de nous verser notre argent qui a pris une direction inconnue.

De quand datent ces arriérés de salaire pour qu’on atteigne ainsi plus de 150 mois ? 

Pierre Bassoukissa : Le gouvernement nous doit plus de 150 mois de salaire depuis l’an 2000, comme je viens de vous le dire. A titre derappel, l’ATC a disparu en 2000, elle avait été scindée en cinq entités, à savoir, le port de Pointe-Noire, le Chemin de fer Congo Océan (CFCO), le port de Brazzaville, les voies navigables et le Chantier Naval et Transports Fluviaux (CNTF) qu’il a voulu vendre à l’eau mais qui n’a pas été vendu par faute de preneur.
Devant cette réalité, l’Etat a jugé utile de privatiser et a créé une autre entreprise dénommée SOCOTRAF sur les cendres de la CNTF.

L’enseigne est déjà placée mais les agents du CNTF refusent de partir sans leur argent. Nous sommes conscients que le patrimoine appartient à l’Etat mais nous ne demandons pas mieux que nos droits de licenciement et nos arriérés de salaire.

Et si l’Etat propriétaire des lieux refusait d’obtempérer ? 

Pierre Bassoukissa : Nous ne sommes pas sur un terrain politique. Nous ne demandons que nos droits et nos arriérés de salaire. Si l’Etat refuse de payer notre argent, nous ferons la même chose, c’est-à-dire que nous refuserons de libérer les lieux. Tout ce que nous demandons à l’Etat, c’est de nous payer et nous partons.

Quelle est la responsabilité du ministère des finances alors que c’est le ministère des transports qui est votre tutelle ? 

Pierre Bassoukissa : Nous impliquons le ministère des finances parce que le secrétariat du comité de privatisation est sous sa tutelle.

C’est ce comité qui a vendu le patrimoine situé vers Yoka Bernard et derrière l’ambassade de Russie. Il avait dit que le fruit de la vente servirait à payer les droits de licenciement et les arriérés de salaire. En ce moment, il y a des travaux de construction et les droits ne sont toujours pas payés. C’est depuis 2014 que cette situation dure.

Avez-vous une idée de ce que ces ventes ont rapporté ? 

Pierre Bassoukissa : Nous n’avons aucune idée puisqu’on refuse de nous faire le point. Aucun compte rendu n’est fait mais on ne peut se permettre de penser que ces terrains ont coûté 200 000 FCFA. C’est en termes de milliards de FCFA qu’on parle. On est en plein centre-ville de la ville de Brazzaville.
Nous demandons au ministère des finances d’interpeller le comité de privatisation pour qu’il dise combien il a encaissé. C’est tout. Nous avons déjà abordé le sujet avec le ministre des finances et je réitère que nous n’avons aucun problème particulier.

Avez-vous rencontré le ministre de la justice ? 

Pierre Bassoukissa : Nous n’avons pas saisi le ministre de la justice pour une affaire connue de tout le gouvernement. Nous souffrons pour notre argent et tout ce que le gouvernement doit faire, c’est de payer notre argent. Nous sommes conscients que le prix du baril de pétrole a chuté mais ce n’est pas avec l’argent du pétrole qu’on doit nous payer mais avec celui encaissé à la faveur des ventes du patrimoine de l’ex-ATC.
Je ne sais si vous vous rendez compte que, pendant que leurs enfants vont à l’école, les nôtres sont à la maison. Ils ne peuvent pas aller à l’école parce que leurs parents ne peuvent plus leur donner le
minimum.
Propos recueillis par Florent Sogni Zaou

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