Pagesafrik.info

Pas d’éclaircie pour l’économie nationale (Maroc)

Ahmed Lahlimi Alami (en bleu), le Haut-commissaire au plan.

Comme pour les années antérieures, les estimations de la croissance de l’économie nationale n’incitent pas à l’enthousiasme. Si le rythme de celle-ci paraît moins volatile, les perspectives de son évolution confirment davantage la tendance baissière.

Bien qu’elle soit confortée par le développement des cultures hors céréalières, « la croissance économique nationale reste impactée par la dépendance de la valeur ajoutée agricole aux aléas climatiques », a indiqué le Haut-commissaire au plan, Ahmed Lahlimi Alami.

« La dynamique des activités non agricoles n’arrive toujours pas à hisser la croissance économique nationale au niveau souhaité », a-t-il fait observer lors d’une rencontre tenue mardi 9 juillet à Casablanca et dédiée à la présentation de la situation économique nationale en 2019 et ses perspectives en 2020. 

« Le secteur industriel, qui semble être la clé de la relance économique, peine toujours à accentuer sa part dans le PIB, et à enregistrer des valeurs ajoutées stables et incompressibles qui lui permettront de porter la croissance », a-t-il fait savoir.

Se basant sur un scénario moyen de la production des cultures céréalières, Ahmed Lahlimi Alami a indiqué que le produit intérieur brut (PIB) devrait enregistrer une croissance de 3,4% en 2020 au lieu de 2,7% prévue pour 2019. Ceci, en tenant compte d’une évolution de 4,5% des impôts et taxes sur produits nets de subventions.

Des perspectives pour l’année 2020 qui supposent également la reconduction de la politique budgétaire mise en vigueur en 2019 et prennent en compte la mise en œuvre de la deuxième tranche de la valorisation des salaires.

A noter que celles-ci « tiennent compte aussi de l’évolution de l’environnement international marqué par le maintien en 2020, des prix du pétrole à leur niveau de l’année en cours et par une légère amélioration de la demande mondiale adressée au Maroc », a précisé le Haut-commissaire ajoutant, par ailleurs, que le rythme d’accroissement des recettes de voyages et celui des transferts des Marocains résidant à l’étranger devraient se raffermir en 2020.

En détail, il ressort des différentes hypothèses que le secteur primaire devrait connaître une légère hausse de sa valeur ajoutée de l’ordre de 4,6% au lieu d’une baisse de 2,1% qui serait enregistrée en 2019.

Composé des activités secondaires et des services, le secteur non agricole dégagerait, pour sa part, une croissance de 3,1%, soit presque le même rythme qu’en 2019.

Selon les prévisions du HCP, le secteur secondaire devrait enregistrer globalement une croissance de 3,1%, grâce particulièrement à la poursuite du dynamisme de l’activité minière et à la performance de certaines branches des industries manufacturières particulièrement les industries chimiques et para chimiques et les industries mécaniques, électriques et métallurgiques.

En ce qui concerne le secteur tertiaire, tout indique qu’il devrait réaliser une croissance d’environ 3%, soit le même rythme prévu en 2019, attribuable à l’amélioration des services marchands de 3,1% et des services des administrations publiques de 3%.

Selon l’institution publique, en terme nominal, le produit intérieur brut enregistrerait une progression de 4,5% au lieu de 3,5% en 2019 faisant ressortir une légère hausse de l’inflation mesurée par l’indice implicite du PIB dont le taux passerait de 0,8% en 2019 à 1% en 2020.

« Dans ces conditions, et en tenant compte de l’évolution de la population active et de la quasi-stagnation des créations nettes d’emploi, le taux de chômage devrait augmenter à 10% en 2019 après avoir été de 9,8% en 2018 avant de baisser à 9,9% en 2020», a souligné Ahmed Lahlimi Alami.

En ce qui concerne la demande intérieure, elle devrait enregistrer une croissance de 3,2% en 2020 au lieu de 2,8% en 2019, émanant d’une évolution tendancielle de la consommation nationale finale et de l’accroissement de l’investissement brut. Tandis que la consommation des administrations publiques devrait s’accroître de 2,5% au lieu de 2,9% en 2019, suite à la décélération du rythme d’accroissement des dépenses budgétaires de fonctionnement non-salariées.

 Quant à la formation brute de capital fixe, son volume devrait augmenter de 1,8% en 2020 au lieu de 2,2% en 2019 et sa contribution à la croissance économique devrait passer de 0,6 point en 2019 à 0,5 point en 2020.

Selon Ahmed Lahlimi Alami, « la demande intérieure devrait raffermir son rythme de croissance à 3,2%, enregistrant ainsi une contribution de 3,5 points à la croissance économique en 2020, au lieu d’une croissance de 2,8% et une contribution de l’ordre de 3,1 points estimés pour 2019 ». 

Au niveau de la demande extérieure, les prévisions indiquent que le volume des exportations devrait s’accroître de 8,1% au lieu de 7,2% en 2019 tandis que les importations devraient progresser de 6,7% au lieu de 6,5% en 2019. 

S’agissant des finances publiques, les recettes ordinaires devraient se maintenir à près de 21,3% du PIB en 2020, alors que les dépenses ordinaires resteraient rigides à la baisse pour atteindre 19,5% du PIB.

« Tenant compte des dépenses d’investissement, le déficit budgétaire devrait s’alléger passant de 3,6% en 2019 à 3,5% du PIB en 2020 », a indiqué Ahmed Lahlimi Alami.

L’évolution de la situation déficitaire sera telle que « le taux d’endettement du Trésor devrait s’alléger pour atteindre près de 64,8% du PIB au lieu de 65,3% en 2019. Par conséquent, la dette publique globale connaîtrait une légère baisse pour atteindre 80,7% du PIB au lieu de 81,3% pour 2019 », a-t-il prévenu.

En ce qui concerne les finances extérieures, les exportations aux prix courants connaîtraient une hausse de 7,5% en 2020, alors que les importations devraient enregistrer un rythme d’accroissement en amélioration de 6,2%.

A souligner que les perspectives présentées durant cette rencontre seront modifiées lors de l’élaboration du budget économique prévisionnel 2020, qui sera publié au mois de janvier prochain.

Comme l’a expliqué le Haut-commissariat, cela permet de « tenir compte des actions des politiques économiques retenues dans la loi de Finances 2020, ainsi que des évolutions éventuelles que connaîtrait l’environnement économique national et international ».

Alain Bouithy