Œil de lynx : Les taximen des quartiers Nord de Brazzaville ne croient pas à la paix

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Les conclusions de la mini-enquête que nous avons menée, il y a quelques mois, à Brazzaville, a de quoi faire frémir les responsables de la sécurité au Congo. Et pour cause, elle révèle que certains taximen exerçant dans les quartiers Nord de la capitale ont une peur bleue des quartiers du Sud, une fois la nuit tombée. Explications.

Il y a quelques mois, nous avons suivi par hasard une curieuse conversation entre deux Brazzavillois offusqués par le refus de certains taxis de les déposer à Bacongo. La discussion suggérait que ces derniers craignaient pour leur vie. Surpris par la teneur des échanges, nous avions décidé de mener nous-mêmes l’enquête sur un phénomène qui nous a paru assez grave pour ne pas l’évoquer dans Starducongo.com

Nous avons ainsi décidé de prendre des taxis, tous les soirs et durant une semaine, entre les quartiers du Sud (Bacongo, Makelekelé, Mfilou, la Poudrière et environs) et du Nord, en particulier à Talangai.

Notre point de départ : les alentours du marché du Plateau des 15 ans. Tous les jours, entre 2oh et 21h, nous inventions une sortie en direction des quartiers précités. A notre grande surprise, plus de la moitié des taxis que nous avons arrêtés refusaient de nous conduire à Bacongo, Diata ou encore à Mfilou. Pour prétextes : « Je vais dans l’autre sens », « je dois remettre la voiture au patron », « j’ai un client qui m’attend devant », « désolé, ce n’est pas ma direction », « non », « j’ai terminé ma journée », « je dois remettre le taxi à un autre chauffeur», « je vous dépose au CCF (actuel Institut français du Congo)», etc.

Chaque fois que nous sommes tombés sur un taxi disposé à nous conduire dans les fameux quartiers Sud, les premiers échanges nous indiquaient que le taximan vit ou a vécu dans l’un de ces quartiers.

Par contre, chaque fois que nous évoquions cet étrange phénomène, entretenu par certains de leurs collègues taximen, la majorité n’ose dire mot, si ce n’est que des sourires.

Les rares fois que nous avons pu arracher un avis, c’est lorsque nous avons lancé le sujet dans une des langues couramment parlées de ce côté-là. « Moi, je vais partout. J’étais il y a 1h à Ouenze. Hier j’ai déposé une dame vers 22h à Talangai », confie l’un des chauffeurs. « Je ne sais pas pourquoi ils refusent de desservir ces zones la nuit. C’est peut-être la mauvaise réputation que traînent certains quartiers d’ici », dira l’autre. « C’est vrai que certains taximen refusent de desservir ces quartiers à partir de certaines heures. C’est tant mieux, la concurrence est moins présente », ironise un autre taximan.

« Il m’arrive des fois de refuser certaines destinations, mais plus à cause des clients qui rechignent à payer, de l’état des routes ou l’absence d’éclairage », avoue un taximan quinquagénaire. Un argument que nous retrouverons chez un taximan trentenaire qui a accepté quand même de nous déposer au quartier La Poudrière: « C’est trop sombre par ici. Si vous m’avez dit qu’en descendrait plus bas, je vous aurez dit non, juste parce que ce n’est pas intéressant de rouler dans le noir», a-t-il expliqué.
Pour information, les taxis que nous avons sollicités pour nous rendre dans un des quartiers du Nord ont tous souvent accepté. Sauf un qui semblait préoccupé par sa petite amie au téléphone. « Je dois récupérer madame, là je ne peux pas. Sinon je vous rapproche juste au début de Moukondo », a-t-il prétexté.

Evidemment, il n’y a pas de raison de dramatiser. Cependant, à la lecture de ce que nous avons vécu, il semble important que les autorités congolaises qui ont fait de la paix et la sécurité une des réussites de leur mandature, prennent cela au sérieux. Car, il n’est pas normal qu’une partie de la population ne croie pas toujours au retour de la paix.

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