Musique congolaise moderne : Ce qu’il faut savoir de ses origines acoustiques

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De plus en plus, les musiciens congolais déclarent leur concert en exécution acoustique. Est-ce une innovation ou un retour aux sources?

A notre connaissance, ce n’est point une innovation, mais bien un retour aux fondamentaux de la musique congolaise moderne qui depuis ses origines dans les années 40 jusqu’aux années 60 est demeurée une musique entièrement acoustique.

Ce que c’est que la musique acoustique

On désigne par “musique acoustique”, la musique faite par des moyens mécaniques et naturels, sans utilisation d’une énergie autre que la force humaine (par opposition à musique amplifiée et à musique électronique).

Tous les instruments de musique classique ou jazz classique sont des instruments acoustiques. La voix humaine aussi, évidemment.

Toute musique diffusée à l’aide d’un haut-parleur (guitare électrique, piano fender, rhode, orgue électronique et synthétiseur) est exclue de la musique acoustique.

Les guitares acoustiques, généralement non accompagnées, ou très légèrement, constituent un bon exemple de musique acoustique.

On parle aussi de « groupe acoustique », ou « unplugged », pour qualifier les groupes qui font ce type de musique.

Ce qu’il faut savoir des origines acoustiques de la musique congolaise moderne.

En effet, la musique congolaise moderne fut entièrement acoustique dès sa naissance dans les années 40 jusqu’en 1963 : Usage de la guitare sèche (Wendo et Bowane, Jhimmy l’Hawaïenne, Tino Baroza dans le groupe Opika, Groupe San Salvador, Nico Kasanda dans “Para Fifi”, Luambo Franco dans “Petits mbongo”.Henri Bowane dans “Yokolo Yokele, etc….disons toutes les œuvres de cette époque aux éditions Ngoma, Opika, Loningisa, CEFA, Olympia) puis en 1958 avec l’adoption de la guitare “archtop” électro-acoustique, dotée d’un micro, ou guitare amplifiée.

Ces deux guitares avaient à leur côté la contre-basse, elle aussi acoustique. La première contre-basse électrique  n’apparaissant qu’à partir de 1961, puis la guitare-basse électrique en 1963, dans la musique congolaise évidemment.

Le premier orchestre à se mettre à l’électrique fut l’OK Jazz dès 1961 (“Chérie Zozo”, “La Mode plus apiki dalapo”, “Liwa ya Wech”, etc…). De tout temps il fut de tradition pour Luambo Franco de se mettre à la pointe de l’innovation dans l’équipement instrumental.

Toute l’œuvre de l’orchestre African Jazz originel (1953-1963) est entièrement acoustique, dont les enregistrements dits de la Table Ronde (“Indépendance cha cha”, “Sophia ya motema”, “Sentiment emonani”, “Merengue scoubidou” et autres).

C’est le génie de Nico Kasanda dans sa quête inaltérable des sons qui offrira dans ses œuvres ce son de guitare électrique sur guitare électro-acoustique en 1960. Cas singulier dans les anales de la musique.

Lequel Docteur Nico sera le dernier guitariste de la musique congolaise à adopter la guitare électrique en 1964 au sein de l’African Fiesta, à compter de la série  “Sawa ayaka monzemba”, “Ninzi”, “Mingue rumba Fiesta”, etc.. De “Permission” à “Ah Congo”, Docteur Nico utilise encore la guitare électro-acoustique.

Enfin, que les musiciens de nos jours arrêtent donc de nous bassiner les oreilles avec leur fameux “concert acoustique”, notion confinant pour eux à la mystification, d’un certain nombre des stars de la musique congolaise. Il ne s’agit nullement d’une innovation. Sous le soleil rien de nouveau (mais très bonne initiative bon à encourager pour le retour au basique de notre musique).

Clément Ossinondé

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