Musique : Ballou Canta : «Je suis venu faire un retour aux sources sur ma terre natale»

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Ballou Canta

Artiste-musicien résidant en France, Ballou Canta a déclaré à Pagesafrik.info qu’il est revenu se ressourcer sur sa terre natale à l’image du poète Jean Baptiste Tati Loutard dans son recueil de poèmes Baobab dans lequel il écrit : «Baobab ! Je suis venu replanter mon être près de toi/et mêler mes racines à tes racines d’ancêtres». Il est marié et père de cinq enfants. Sa dernière fille est âgée de treize ans. Pagesafrik l’a rencontré lors de la cérémonie de présentation de l’hymne du royaume Loango, le 12 juillet 2019 à Brazzaville,  par le groupe tradi-moderne Tchi-Fumb.    

Pageafrik.info : Qui êtes-vous, Ballou Canta ?

Ballou Canta : Je suis Ballou Canta, auteur, compositeur, chanteur et producteur. Je collabore presque avec tout le monde de tous les pays et de tous les continents.        

Pageafrik.info : Que fait donc Ballou Canta à Brazzaville en ce moment ?

Ballou Canta : Je suis là pour un retour aux sources. J’en ai besoin et surtout parce que je suis accepté. Je suis que nul n’est prophète chez lui mais je suis là. Je réalise que du fait de toutes ces années passées loin du terroir et du pays, trois ou quatre générations ne me connaissent pas. J’ai donc décidé de faire un réancrage sur ma terre natale pour donner et partager l’expérience que j’ai reçue de tous les voyages.  

Pageafrik.info : Des raisons particulières ?

Ballou Canta : Oui. Je crois que je suis en âge de partager et je me suis dit que je peux transmettre. Nous avons un patrimoine formidable, des artistes de talent et c’est la raison pour laquelle je reviens de temps en temps au pays. J’ai de la chance de rencontrer un jeune frère qui m’a donné l’opportunité de m’adresser à mes racines, de me rapprocher de la culture Loango. J’essaie de contribuer, en tant que fils du Loango, au partage de cet héritage que nous avons reçu, que nous mettions en exergue notre culture que nous avons en commun.

Pageafrik.info : Pensez-vous qu’il vous sera facile de passer de la musique moderne à la musique traditionnelle ?   

Ballou Canta : A la base, j’ai cette culture Loango et moi, je suis dans mes racines. Et travailler avec l’orchestre tradi-moderne Tchi-Fumb ne me gêne pas. C’est vraiment bénéfique. C’est cet orchestre qui me sert de pont pour retrouver ces racines que je commençais à perdre. J’apporte mon expérience technique pour essayer d’immortaliser ce patrimoine.

Pageafrik.info : A propos de patrimoine, êtes-vous l’auteur de l’hymne du Loango ou le traducteur de ce texte du français au vili d’un texte ?      

Ballou Canta : Non. Je n’ai pas écrit l’hymne. Le texte est le travail d’un frère résidant en Grande Bretagne, René Mavoungou Pambou. Je ne me suis occupé que de la partie musicale. Je ne fais que le mettre en forme et en musique. C’est un texte magnifique.

Pageafrik.info : Est-il possible de parler davantage de Ballou Canta ?

Ballou Canta : Bien sûr. Pourquoi pas ? Ballou Canta est un fils de ce pays et du royaume Loango. A Pointe-Noire, dans le quartier de mon enfance, on s’exerçait avec des boîtes de conserve après usage. Nous fabriquions des tambours avec des chambres à air des pneus. Nous transformions ces boîtes en instruments de musique. Il y’a aussi les vacances scolaires que je passais dans le village de mon père, à Bilala. J’y accompagnais mes aînés lorsqu’ils allaient pour une danse dénommée Lélikage le soir. Je pense que c’est de là que tout est passé.      

Je souligne que mon père était un grand percussionniste dans les séances de guérison, de mariage et même des veillées de mortuaires. Il faisait aussi partie de la grande religion Zéphirin Lassy. J’y écoutais chanter les chorales. C’est dans cette ambiance que j’ai baigné.

Pageafrik.info : Déjà à Brazzaville ou encore à Pointe-Noire ?

Ballou Canta : Non. Je parle de Pointe-Noire mais on peut passer à Brazzaville. A Brazzaville, j’ai rencontré un voisin qui préparait son baccalauréat et qui possédait une guitare. Je la lui avais demandée et il n’avait pas hésité de me la prêter et de m’apprendre quelques accords. Pour se libérer et prendre au sérieux son examen, il m’avait demandé de la garder jusqu’à son examen. J’avais ensuite demandé à des amis français qui vivaient au centre-ville de m’apprendre encore davantage. Après son examen, il avait refusé de reprendre sa guitare et me l’avait offerte.

Pageafrik.info : Pouvons-nous parler de cet orchestre scolaire auquel vous avez donné le jour ?    

Ballou Canta : C’était au lycée  Chaminade. Ce n’était pas simplement un lycée parce qu’on y recevait les élèves de la Sixième en Terminale. A Chaminade, j’avais en effet donné le jour au premier orchestre scolaire. L’orchestre s’appelait «Les Chaminadiens». Cela avait fait boule de neige. Après mes études en Langues Vivantes Etrangères, je voulais aller étudier en Grande Bretagne où je voulais avoir une formation en Traduction. Mais contre toute attente, j’avais été  orienté en URSS. J’avais abdiqué et par le biais d’un ami, j’avais passé un test pour entrer à l’Ecole de l’Office des Postes et Télécommunications. Je devenais donc un agent de l’Office Nationale des Postes et Télécommunications (ONPT). Mais la musique me collait à la peau. J’y avais créé l’orchestre Télé Music et avions enregistré un disque 45 tours à Kinshasa en 1978.

De toutes les chansons, le distributeur avait porté le choix sur la mienne intitulée Sambala qui était restée longtemps au hit-parade de Matéta Kanda. Le succès avait traversé le fleuve et c’était le début de ma notoriété. J’avais eu le prix de la jeune chanson. Et puis, il y a eu Bazo et bien d’autres après mon installation en France pour convenances personnelles.

Propos recueillis par Florent Sogni Zaou  

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