Michael Berger: Les opérateurs économiques autrichiens ont une très bonne perception du Maroc

Conseiller commercial d’Autriche pour le Maroc et l’Afrique de l’Ouest

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Michael Berger, conseiller commercial d’Autriche pour le Maroc et l’Afrique de l’Ouest.

Une mission commerciale autrichienne s’est rendue récemment à Casablanca. Dans l’entretien qu’il nous a accordé en l’occasion, le conseiller commercial d’Autriche pour le Maroc et l’Afrique de l’Ouest, Michael Berger, revient sur cet important rendez-vous annuel et plus généralement sur la présence des entreprises de son pays sur le continent africain.

Casablanca a accueilli récemment la mission commerciale autrichienne 2018. Que pouvez-vous nous dire à propos de ce rendez-vous ?
Michael Berger : Tout d’abord, les missions économiques de l’Autriche à l’étranger, c’est-à-dire le Bureau tel que le nôtre (Advantage Austria Maroc), dépendent de la Chambre économique fédérale d’Autriche (WTO).

Nous sommes notifiés comme des diplomates et nous sommes présents dans toutes les capitales économiques des territoires couverts par cette institution. En ce qui me concerne, je couvre le Maroc et huit autres pays de l’Afrique de l’Ouest en majorité francophone.

Ensuite, nous organisons souvent des missions dédiées à des thèmes tels que l’écologie, le traitement des déchets, l’industrie automobile ou encore l’aéronautique.
Au Maghreb, nous organisons des missions économiques qui vont traditionnellement à Alger, puis à Casablanca et à Tunis.

Cette année, une douzaine d’entreprises autrichiennes ont participé à cet évènement. Quels ont été les secteurs d’activité représentés ?
La mission commerciale de cette année n’étant pas centrée sur un thème précis, les entreprises autrichiennes participantes représentaient un large spectre de secteurs d’activité allant de la fabrication de taximètres, de profilés en aluminium et de pièces de rechange jusqu’à l’installation de parcours de luges d’été, la réalisation des chaînes de protection des pneus, le financement des investissements…

Vous n’êtes pas le seul pays européen à vous intéresser au Maroc. Comment comptez-vous faire pour vous imposer sur ce marché ?
Déjà, nous sommes membres de l’Union européenne. Je participe personnellement à toutes les réunions des conseillers économiques de l’UE qui ont lieu au sein de la Délégation à Rabat et nous coopérons aussi avec les autres collègues bien que certains d’entre eux soient parfois des concurrents.

Certes, les entreprises françaises et espagnoles sont beaucoup plus présentes sur le marché marocain. Il n’empêche que cela offre aussi des possibilités aux entreprises autrichiennes d’agir comme sous-traitants ou comme partenaires. Tout comme les entreprises autrichiennes peuvent jouer le rôle inverse pour des entreprises espagnoles et françaises en Europe centrale où nous sommes très fortement présents.

Les entreprises autrichiennes sont très peu présentes au Maroc et en Afrique en général. Quelle en est l’explication ?
L’Autriche n’est pas particulièrement présente sur l’ensemble du continent africain. N’ayant pas un passé colonial, l’Afrique demeure encore pour nous une terre vierge.
L’année dernière, nos exportations vers l’Afrique ont atteint à peu près un total de 1,8 milliard d’euros. Cette année, elles devraient peut-être atteindre les 2 milliards d’euros, ce qui correspond à ce que nous vendons à la Suède. C’est dire qu’il y a beaucoup de possibilités encore.

La faible présence de nos entreprises sur le marché africain est aussi liée au fait que les hommes d’affaires autrichiens sont souvent capables de parler en anglais, mais très peu en français, ce qui peut constituer un handicap.

Quels sont les secteurs qui pourraient intéresser le marché marocain ?
Ce qui peut être intéressant pour les Marocains saute aux yeux : il y a l’environnement, que ce soit l’infrastructure, le traitement de déchets, le traitement d’eau, l’irrigation ou encore les énergies renouvelables. Il y a aussi des produits de consommation dont certains sont déjà très présents sur le marché, comme Red Bull, les lustres que l’on peut voir à l’entrée de certains palaces, ainsi que des micros présents dans certains téléphones qui seraient l’œuvre d’entreprises autrichiennes.
Il y a également la sous-traitance autrichienne dans le secteur automobile et du bétail autrichien broute l’herbe des prairies marocaines.

Qu’attendez-vous des autorités marocaines pour booster la présence des entreprises autrichiennes ?
Je pense que les autorités marocaines ne boostent pas l’Autriche plus qu’un autre pays. Elles n’ont pas de raisons de le faire. Mais j’aimerais que l’on fasse plus attention à ce que l’Autriche peut offrir.

Est-il facile d’intéresser les opérateurs autrichiens au marché marocain ? Observeriez-vous des réticences ?
S’il y a des réserves, ce n’est pas particulier au Maroc. C’est que nos entreprises réalisent près de 35 à 40% de leur chiffre d’affaires avec l’Allemagne et 8% avec la Suède, deux pays voisins qui partagent la même langue avec l’Autriche.
C’est comme les Marocains qui exportent vers la France ou l’Espagne parce qu’ils se comprennent. Je veux dire par là qu’on a toujours tendance à aller vers le voisin et vers un pays dont on comprend et on parle la langue. Il y a donc l’obstacle de la langue française.

Mais de l’autre côté, les Autrichiens ont plutôt une très bonne image du Maroc, comme étant un pays de tourisme : il y a des vols directs vers Marrakech, etc. C’est dire qu’il n’y a pas de perception particulière qui empêcherait les Autrichiens de s’intéresser au marché marocain.

Un dernier mot ?
La situation économique au Maroc est intéressante. Il y a des faiblesses et des forces, mais je pense que le pays est sur un chemin que l’on peut appréhender avec un certain optimisme. Et s’il y a un point auquel il faudrait faire attention, c’est de ne pas répéter les mêmes erreurs que l’Europe a faites dans le passé, notamment en ce qui concerne l’environnement et l’éducation, par exemple.

Propos recueillis par Alain Bouithy

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