« Mentir à Dieu est péché », que veut dire le marocain ?

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TRIBUNE. Il est courant d’entendre le marocain, lors de ses discussions avec les autres, répéter la formulation suivante « Mentir à Dieu est péché » ou « l’k’doube 3lallah 7ram ».

Je me demande alors pourquoi le marocain a besoin de certifier ses propos par cette formule ? Ceci nous laisse-t-il entendre que le reste de son discours sans cette certification est sujet au doute ou au mensonge ?

Après une longue observation et une psychanalyse continue de ce phénomène langagier, je suis arrivé aux résultats suivants :

1. Certification de la vérité

Le marocain fait appel à cette formule comme une preuve ou une signaturede l’absence du mensonge, ce qui revient à une forme d’affirmation par négation pour remplacer « Je te jure » ou plus exactement « Ouallah l’3adém ».

2. Permission de mentir sauf à Dieu

L’utilisation « mentir à Dieu est péché »laisse entendre qu’il est autorisé de mentir à tout le monde (même à soi-même) sauf à Dieu. Par déduction, mentir aux autres n’est pas un péché !

3. Méfiance, confusion et doute

Pour croire le discours du marocain, il faut l’entendre répéter« mentir à Dieu est péché ». En revanche, sans cette signature, il nous permet de douter et d’être méfiant vis-à-vis de ses propos débités.

4. Perte de la confiance dans le jurement « ouallah »

L’incrédulité et le mensonge sont tellement courants dans les relations sociales marocaines que le marocain est obligé de jurer mille fois par jour,tout en sachant que ses propos ne seront pas pris pour vérité. Ainsi, il a compris que jurer « par Dieu » a perdu son authenticité de dire vrai. Alors, il a inventé  une nouvelle authentification« mentir à Dieu est péché » en garantissant ainsi à ses auditeurs qu’il dit vrai car en mentant à Dieu directement, il s’expose à la colère divine et à l’entrée directe aux enfers.

5. Deux types de mensonges « hallal et 7aram »

La certification « mentir à dieu est péché » laisse entendre qu’il est permis de mentir dans d’autres circonstances. Ainsi le marocain utilise cette signature lorsque le mensonge est « péché ou 7aram » et il ne l’évoque pas lorsque le mensonge est « permis ou hallal » selon ses besoins et ses humeurs.

6. La peur de Dieu et non des hommes

Tristement, par l’éducation erronée de la religion du marocain, il est ancré dans son esprit qu’il faut avoir peur de mentir à Dieu mais pas aux hommes. De ce fait, le marocain confond la peur et le respect.

Je souligne l’absence dans l’éducation de l’importance de la vertu de l’honnêteté, remplacée par la peur de Dieu ou des hommes. Etre honnête est tout d’abord le respect de soi et ensuite des autres. L’honnêteté est l’ingrédient majeur indispensable aux relations humaines et le ciment incontournable de la paix et du progrès de la société. Etre honnête, non pas pour échapper à l’enfer mais plutôt pour accéder au paradis intérieur (la sérénité) en chacun de nous et pour tisser des liens sociaux très sains.

7. Le mensonge blanc

Il est triste d’accepter et d’éduquer dans la culture marocaine nos enfants au « mensonge blanc » et ses vertus. En d’autre terme, il est dit à l’enfant « Tu peux mentir si ton but est d’éviter un conflit entre deux personnes ». Ainsi l’enfant déduit qu’il a la possibilité de mentir selon son propre jugement tout en oubliant que le jugement est très relatif. Tout mensonge reste un mensonge sans aucune vertu !

8. L’éducation par le négatif « il ne faut pas mentir »

Notre éducation marocaine fonctionne par « le négatif » et non par « le positif ». En répétant à l’enfant « il ne faut pas mentir » nous ancrons dans son esprit « mentir » et il devient ainsi conditionné au mensonge dans toutes ses relations sociales et même avec ses propres parents.

En revanche, l’éducation positive utilise la formule suivante «il faut être honnête en toute circonstance ». Ainsi nous ancrons dans le cerveau de l’enfant « l’honnêteté » et par conséquent il sera conditionné à être honnête dans sa relation avec les autres.

Une personne honnête ne jure jamais !

Docteur Jaouad MABROUKI

Psychiatre, Expert en psychanalyse de la société marocaine et arabe.

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