Maroc: Le modèle de croissance de ces 15 dernières années a atteint ses limites

Le CMC planche sur les scénarios de croissance 2017-2030

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Tarik El Malki, M’Hammed Tahraoui et Ahmed Laaboudi du Centre marocain de conjoncture.
Le modèle économique en vigueur au Maroc depuis 15 ans, orienté notamment vers la demande intérieure, a-t-il atteint ses limites? Telle est la question principale qui était au centre des récents travaux réalisés par le Centre marocain de conjoncture (CMC) autour du thème «Maroc 2030 : quelles voies d’émergence ?». 
Un travail réalisé depuis plusieurs années pour mieux apprécier les potentialités avenir de l’économie nationale, faire des projections et développer des scénarios de croissance pour les treize prochaines années, et dont les conclusions ont été présentées lors d’une rencontre tenue mercredi 27 septembre à Casablanca.
Pour développer ses scénarii, le CMC est parti d’un constat. C’est que malgré les progrès réalisés en matière de croissance notamment au cours de la décennie 2000 où le rythme de croissance était en moyenne de 5% par an, «force est de constater que depuis les cinq dernières années, le rythme de croissance  s’amenuise pour se situer à un taux relativement faible de 3,3», a fait observer Tarik El Malki.
Pour ce responsable du CMC, «le rôle des instituts de recherche tel que le nôtre c’est d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion, de recherches et de réfléchir sur l’avenir tout simplement». Car, a-t-il estimé, «on ne peut pas être juste des spectateurs, des contemplateurs de notre époque à la lumière des différents enjeux qui guettent notre  société, notamment le chômage des jeunes, la pauvreté,  les disparités sociales territoriales, et faire comme si tout ça n’existe pas».
Mais avant, Pr. M’Hammed Tahraoui, autre responsable du CMC, a rappelé que «la notion d’émergence  est sur la scène publique depuis quelque temps  déjà. Elle a été soulevée, à différentes raisons et à diverses occasions, soit par les plus hautes autorités du pays, soit par les opérateurs économiques qui en ont souligné l’importance».
C’est ainsi qu’il semble logique pour le CMC de se rapprocher de l’ensemble des opérateurs représentant l’économie nationale pour recueillir leurs opinions sur la question du développement au Maroc.
Notons que plusieurs questions leur ont été posées dans le cadre d’un sondage dont les résultats ont été riches en enseignements. A la question, par exemple, «Est-ce que l’économie marocaine est une économie émergente ?», 75% d’entre eux ont répondu «non».
Une réponse qui ne surprend guère au regard du rythme de croissance susmentionné et de bien d’autres éléments que s’est chargé de rappeler Ahmed Laaboudi, membre du CMC, en dressant un état des lieux qui fait que le Maroc se pose de multiples questions quant à ses perspectives de croissance.
Si l’économie marocaine a fait montre d’une certaine résilience en maintenant un rythme d’activité assez soutenu, comparativement à de nombreux pays de la région, il faut cependant noter que ce résultat dissimule de nombreuses faiblesses.
Selon les trois membres du comité scientifique du CMC, «le rythme de croissance  manque de régularité et reste fortement dépendant des résultats des activités primaires. Au plan social, la croissance ne génère pas suffisamment d’emplois pour faire face à une population active qui connaîtra pour de nombreuses années encore une forte expansion».
Lors de cette rencontre, ils ont, en outre, fait remarquer que les performances économiques ne contribuent que faiblement au recul de la pauvreté et à la réduction des inégalités, que la configuration sectorielle de la croissance présente des déséquilibres de plus en plus importants qui se manifestent depuis quelques années à travers le ralentissement de la valeur ajoutée industrielle, entre autres.
Qu’à cela ne tienne, le CMC a indiqué que les résultats des simulations effectuées à l’horizon 2030 montrent que l’ économie nationale dispose d’un potentiel de croissance important si elle parvient à mobiliser chacun des facteurs agissant sur la dynamique productive à long terme.
Mais pour Tarik El Malki, il va falloir penser à un mode de croissance orienté davantage vers l’export. «Nous avons tracé nos projections en proposant des scénarios de croissance potentiels qui peuvent s’avérer effectifs si les pouvoirs publics mettent en place des politiques économiques adaptées en matière de réforme du marché de travail, du système d’éducation, de renforcement  et raffermissement de politiques sectorielles, en matière fiscale, d’assainissement de l’environnement des affaires et d’innovation».
Sur l’intérêt du CMC de mener une telle étude, Tarik El Malki a expliqué que «notre mission est de réfléchir sur le présent et l’avenir à travers de pareils travaux de projection et d’interpeller les décideurs, qu’ils soient économiques ou politiques, pour justement les pousser à réfléchir et à prendre les mesures qui s’imposent afin de faire de ce Maroc souhaitable un Maroc possible. C’est le message principal qu’on veut faire passer», a-t-il conclu.

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