L’Orchestre « Les Bantous de la capitale », une jolie page d’histoire de la musique congolaise

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15 août 1959 – 15 août 2018. Il y a 59 ans naissait le 15 août 1959 au Bar-dancing « Chez Faignond » à Brazzaville, l’un des orchestres les plus prestigieux d’Afrique : Les Bantous de la Capitale (actuellement le plus vieil orchestre de la musique congolaise sur les deux rives du fleuve Congo).

Le porte étendard

Très vite, l’orchestre va être la fierté et le porte étendard, pendant plusieurs années, de la musique congolaise à travers l’Afrique (dont il a animé la célébration des indépendances de nombreux pays en 1960) et dans le monde  (Europe – Amérique latine).

Une véritable « Ecole »

Au fil des ans, Les Bantous vont apparaître comme l’une des fondations les plus sûres de la musique congolaise dans les deux Congo et va s’imposer comme une véritable « école » de la musique pratique d’où sont sortis presque tous les grands noms de la musique congolaise, en marge du fait d’avoir réussi à exporter son genre typique, tradi-moderne et ses danses. On pense notamment au « Boucher », « Kiri-kiri », « Yeke-yeke » et « Soukous ».

La création

L’idée de la création de l’Orchestre Bantou prend forme en avril 1959 à Léopoldville (Kinshasa) à l’issue d’une rencontre des musiciens congolais originaires de Brazzaville, eux-mêmes co-fondateurs des orchestres OK Jazz (dont Essous fût le 1er chef en 1956) et le Rock-A-Mambo (de Nino Malapet créé en 1957).

Il y avait là : Dieudonné Nino Malapet, Jean-Serge Essous, Saturnin Pandi (Rock-A-Mambo) – Edouard Ganga « Edo », Célestin Kouka « Célio », Daniel Loubélo « De la lune » (OK Jazz).

Un seul mot d’ordre  – dont il faut souligner l’urgence – déborde le cadre restreint des initiateurs : retour au bercail et création d’un orchestre fort, capable de représenter dignement la musique du Congo-Brazzaville. Dans ce mot d’ordre est scellé l’accord qui désormais, unit tous les musiciens, définit les conditions d’existence du futur orchestre, fixe, enfin le choix d’un nom très significatif. Nino Malapet, propose : Orchestre Bantous pour honorer la race bantoue à laquelle les congolais appartiennent.

La concrétisation, « Chez Faignond »

L’idée se concrétise ainsi le samedi 15 Août 1959 au Bar-dancing « Chez Faignond » à Brazzaville, marqué par un concert historique qui réunit huit enfants prodiges sous la direction du clarinettiste Jean-Serge Essous, premier chef d’orchestre, (Nino Malapet ayant fait défection au dernier moment pour se maintenir à la tête du Rock-A-Mambo) Edouard Ganga « Edo », Célestin Kouka (chant) – Daniel Loubélo « De la lune » (guitare basse) – Saturnin Pandi (percussions) – Dicky Baroza (guitare solo) Jacques Dignos (guitare rythmique) Damiens Evongo (maracasses). Notons que : le groupe se sépare de Damiens Evongo quelques semaines après, puis arrive au début de 1960 le drummer capverdien André Aribot. Tandis que  Nino Malapet rejoint l’orchestre en 1961, après la dislocation de l’orchestre Rock-A-Mambo à Pointe-Noire.

Contre vents et marées

Tout au long de son histoire, l’orchestre Les Bantous de la capitale a tenu contre vents et marées à perpétuer sa forme de musique que nombre de mélomanes apprécient profondément. Car les défections, les dissidences, les ruptures, les décès, l’orchestre en a connu de tous ordres.

Un groupe de référence (Idole de l’Afrique)

L’orchestre le plus connu du Congo-Brazzaville a pratiqué depuis sa création, outre la musique congolaise, la musique du monde dans tous ses contours et a acquis une grande réputation qui fait que l’orchestre reste toujours un groupe de référence pour de nombreuses générations. Ce qui lui a permis d’ailleurs : (sans rentrer dans les détails).

– D’être présent depuis 59 ans a plusieurs manifestations continentales et internationales, allant des manifestations diverses de sport et de musique, aux festivals de tout genre, et la prestation le 12 Avril 2009 à L’Olympia de Paris.

– De se produire dans plus d’une soixantaine de pays du monde, redorant partout son blason de porte étendard de la musique congolaise et africaine et de parvenir à imposer sa personnalité.

– De marquer fortement sa présence à travers une discographie très fournis et qui a marqué différentes époques de gloire de l’orchestre.

– D’obtenir à titre de reconnaissance pour sa contribution forte au rayonnement de la musique africaine de nombreux titres honorifiques, des médailles et diplômes d’honneur du Congo et de l’étranger.

Il convient aussi de noter que Les Bantous de la capitale se sont efforcés par des mesures appropriées d’enraciner la jeunesse congolaise dans les réalités musicales congolaises, afin qu’elle en comprenne les valeurs profondes et pour mieux l’armer à se rendre responsable de son héritage culturel.

Les Bantous ont par ailleurs prouvé par des nombreuses actions concrètes leur participation à la mutation du Congo qui s’appele progrès, évolution des esprits pour la maîtrise totale de ses destins, la recherche permanente de la conscience créatrice du peuple.

En guise de conclusion et au regard du vide laissé depuis quelques années par les deux anciens chefs d’orchestre : Essous (25/11/2009) et Nino Malapet, (29/01/2012) il est certain que l’orchestre connait actuellement des grandes difficultés d’organisation, pour lesquelles, il faut penser à une nouvelle structuration,  mettre sur pied des nouveaux projets, favoriser l’émergence d’une musique toujours créative et originale, avec comme perspectives :

– de Relancer la production discographique – de Stimuler le travail des jeunes musiciens en exigeant d’eux un minimum de technique. – Sur la base des objectifs du Ministère de la culture, réfléchir sur la mise en place du statut du musicien avec toute l’organisation qui régit la profession. Par exemple, être au contact avec une structure médicale spécialisée pour des soins de confort et thérapeutiques à dispenser aux musiciens malades.

Le 59ème anniversaire des Bantous constitue donc un moment d’émotion et de souvenir. Son histoire se confond curieusement avec l’histoire du Congo et de l’Afrique dont il a accompagné tous les événements pour être né avant les indépendances et d’avoir participé à  toutes ses commémorations.

La direction actuelle du groupe

L’orchestre est aujourd’hui dirigé par le chanteur Simon Mangouani. A l’exception de Ganga Edo (85 ans), seul membre de la formation d’origine en 1959, l’orchestre est composé de 23  musiciens en majorité jeunes.

Enfin, notons aussi, qu’il existe un livre de votre serviteur sur les Bantous paru en 2007: “Chronologie des 48 ans d’existence” (éditions Bassoka) qui sera éventuellement  actualisé en 2019 pour les 60 ans des Bantous.

Clément Ossinondé.

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