Livre : «Sanglots pour Loango», un recueil de poèmes emballant de Sogni Zaou

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Publié aux Éditions Renaissance Africaine, Collection Tremplin en janvier 2019. Le recueil de poèmes « Sanglots pour Loango» de Florent Sogni Zaou compte 80 pages. Il vient après “Vumuk’ ! Mâ part de souffle” paru aux Éditions Bajag-Meri en 2015.

Ce sont 1 + 54 “éclats de vers que nous offre Florent Sogni Zou dans ce recueil. “Sanglots pour Loango”, le titre même est un poème véhiculant un message d’une force inouïe. C’est la clé à la porte qui donne son ton à tout le recueil.

 “Sang -lots

          Pour Loango”.

Des caillots de sang pour Loango que l’auteur traîne dans son corps. Et, dès le premier texte Florent Sogni Zaou nous dit à quel endroit précis de son corps logent ces caillots de sang. “Meng’ mun’ time” ; le cœur, cet organe chargé d’irriguer tout notre corps, tout notre être.

Et quand il dit “Le cœur a bu le sang” alors, on comprend la virulence de la charge émotionnelle qu’il ressent : du “chagrin pour mes frères / Que plus jamais je ne reverrai” ; douleur où se mêlent colère et révolte contre “Ces hommes qui n’étaient pas des humains”.

Alors, “Sur le quai de la mort” avec subtilité, finesse, intelligence et sagesse Florent Sogni Zou nous suggère de convoquer cette page de notre passé, cette page de notre moi engloutie dans les eaux des océans. Il nous invite à “Se rapprocher”, à se “rappeler les enfants / De Loango / De Gorée / De Ouidah / D’Elmina / Mangés par la mer/.”

Bien sûr, là-bas à Loango, “citadelle de la grâce et du sourire autrefois”, “rumeur joyeuse de ruche à l’heure où le soleil dore la cime des arbres” des manguiers, des cocotiers, des bambous, la route des caravanes existent  encore et rendent témoignage des horribles et douloureux moments vécus par les fils d’Angola  du Chari, du haut Ogoué, du haut Congo”. Oh ! “Étrange famille où personne ne connaît personne” “Réunis par la caravane et la corde” avec pour seul “lien ce destin commun”.

Mais, au-delà, “Sanglots pour Loango” n’est pas qu’une simple invite à se souvenir ; ce n’est pas seulement une complainte en mémoire de ceux qui sont partis dans la gueule obscure des océans et “Qui jamais plus ne reviendront”. L’auteur est de ce terroir où les morts ne sont jamais morts. Ils vivent dans le va et vient de la mer, dans le “chant des mouettes”, sur “les fibres du soleil”, dans “Le tam-tam long”.

“Sanglots pour Loango”  est une “Chanson à l’espoir”. “Je ne vois plus les raisons de mes pleurs” parce que, “Les mouettes sont à la fête / C’est l’aube d’un message / Demain renaitront les villages” alors “J’en voudrais à mon âme / Si je ne chantais / Une chanson à l’espoir” dit le poète.

Tout en rythme et en musique, les vers de Florent Sogni Zaou sont des fresques pathétiques, réalisées avec une profonde sensibilité des tripes, qui rendent avec une telle fulgurance les tragiques instants de la déportation de nos aïeux ainsi que les émotions ressenties aujourd’hui à l’évocation de ce drame.

“Sanglots pour Loango”,  il faut le lire certes, mais, surtout faire l’effort de décoder toutes ces images pour s’en extasier, pour en saisir la substance.

Ni Tchicaya U Tam’si, ni Jean Baptiste Tati Loutard, ses aînés du terroir, ni personne d’autre, avec ce second recueil Florent Sogni Zaou n’a trouvé sa piste, le chemin qui mène dans le sérail des poètes du Congo.    “Je veux dire la vie

  Je veux taire la douleur

 Je veux effacer mes larmes.”

Ce crédo, ton crédo poète, pour nous, “C’est de l’asphalte / Qui résiste au temps qui passe” et nous laisse des soifs pour demain.

Ce sont mes dernières notes de lecture de ce sublime recueil qui très sincèrement, m’emballe.

Ferdinand Kibinza

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