Livre : le livre de Willy Gom remplit les six critères pour être un polar

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Ramsès Bongolo.

« Qui a tué Thomas Sankara » est le dernier titre de l’écrivain Willy Gom présenté le 14 juin 2019 à Brazzaville devant plusieurs écrivains et amoureux du livre. Selon l’interviewé par pagesafrik.info, Ramsès Bongola, le livre de l’auteur est précédé d’une épigraphe révélatrice sur la facture ou l’envergure de l’illustre personnalité qui constitue, passez-moi l’expression, la matière première, principale source d’inspiration – qui n’est autre que Thomas Sankara – personnalité politique que Willy Gom résume en trois points : Leader d’un patriotisme hors du commun ; Homme d’État d’une humilité dérangeante et Chef d’État qui menait une politique qui irritait et contrastait avec celle des dictateurs africains de l’époque du fait de sa transparence dans la gestion des affaires de l’État».

Pagesafrik.info : C’est quoi  la Critériologie littéraire ou règles reproductibles ?

Ramsès Bongolo : Si le souci primaire du lecteur est de se délecter du contenu d’une œuvre, celui du critériologue est, entre autres de vérifier l’authenticité du genre littéraire. D’où la question suivante : Suffit-il qu’un livre soit estampillé polar, comme sur la page de garde de ce roman, pour qu’il soit digne d’être appelé ainsi ? Évidemment que non !

Au-delà de la revendication de l’auteur dans sa note introductive adressée aux lecteurs, Qui a tué Thomas Sankara, est-il consubstantiel à l’univers polaristique ? Cette production littéraire reproduit-elle les règles inhérentes au polar ? Réunit-elle les critères ou les conditions respectives d’un polar ?

Pagesafrik.info : Quels sont les critères du polar ?       

RB : L’architecture du polar obéit à six critères : Primo, un meurtre non résolu, comme dans les SAS, espion aristocrate inventé par Gérald de Villiers. Secundo, un inspecteur de police, un commissaire, un détective privé ou un agent secret qui prend l’affaire en main à la manière de Sherlock Holmes, personnage crée par Sir Arthur Conan Doyle ou encore à la manière de Miss Marple d’Agatha Christie. Tercio, l’utilisation des gadgets sophistiqués qui nous rappelle si bien l’inspecteur Gadgets, enquêteurs du célèbre film d’animation éponyme. Quarto, l’utilisation des noms de code qui convoque tout naturellement le personnage des romans cultes de Ian Fleming, le dénommé James Bond, agent secret au nom de code légendaire : 007.

En cinquième position, des suspects forts ou puissants comme dans Fantômas de Marcel Allain et Pierre Souvestre ou encore un assassin que nul n’aurait songé à soupçonner au départ, comme dans l’Affaire Cendrillon de Marry Haggins Clark. Sixièmement, un interrogatoire de suspects, doublé d’une recherche minutieuse d’indices dont les différentes réponses constituent les nombreux paliers qui mènent au succès de l’enquête, comme dans Mission : impossible, série télévisée américaine d’espionnage en couleurs de Bruce Geller, diffusée aux États-Unis entre 1966 et 1977.

Pagesafrik.info : Est-il possible d’épiloguer sur le livre de Willy Gom sans se faire une idée de l’héroïne qui a mené l’enquête avec brio ?

Ramsès Bongolo : A mon humble avis, aucune phrase, aucune page ne décrit mieux Willianne Ndona avec autant de vivacité que le paragraphe ci-après : « La lionne sentit que c’était fait. Son regard très exercé constata que sur le pantalon du bonhomme c’était formé une enflure. Le « bâton sexuel »  commença à exprimer son envie. Soro avait désormais la certitude qu’il s’apprêtait à déguster cette délicieuse pomme, malaxer dans ses mains les seins naturellement frais de la lionne. Avec une hallucinante rapidité, Willianne Ndona lança son pied droit sous les jambes de Soro. Gonades atrocement matraquées, le mec hurla de douleur, se plia en deux et s’effondra comme une grosse poupée dégonflée.

W333 s’éjecta de sa cachette un peu inquiète. Elle craignait que ces hurlements du fameux Soro n’eut alerté  son ou ses collègues» P81.

À cela, il faut ajouter une détermination inébranlable, un courage exceptionnel, le goût du risque, la ruse au féminin, la force physique. Bref, la beauté et la dévotion totale à son organisation caractérisent cette héroïne inventée par le romancier congolais Willy Gom.  

Pagesafrik.info : De quel type de polar est-il proche ?       

R.B : Est-ce un polar noir comme Le bluffeur de James M. Cain ? Un polar historique comme Le Grand Arcane des Rois de France de Jean d’Aillon ? Un polar métaphysique comme Les détectives du Bon Dieu de Georges Bernanos ? Un polar psychologique comme Une proie si facile de Laura Marshal ? Un polar fantastique comme Hellboy : l’armée maudite de Christopher Golden ? Un polar humoristique comme Poulets grillés de Sophie Henaff ? Un polar poétique comme Place des savanes de Jean-Claude Pirotte ? Un polar théologique comme L’agneau de Christopher Moore ? Un polar sentimental comme Un bébé disparait de Dolores Fossen ? Un polar érudit comme Sumerian Codex : le sceau du temple noir de Bleuette Diot ? Un polar troublant comme Le syndrome de Croyde de Marc Welinski ? Ou d’un polar classique comme Le petit bleu de la côte Ouest de Jean-Patrick Manchette ?

« Qui a tué Thomas Sankara ? » est un roman à inscrire dans le cercle des polars traditionnels. Car dans les romans policiers traditionnels ou « romans à énigme », l’intrigue débute par un meurtre. Elle se développe ensuite selon une chronologie inversée, puisqu’il s’agit pour l’enquêteur de retrouver ce qui s’est produit avant le crime sur lequel s’ouvre l’ouvrage. L’intérêt de l’enquête policière – interrogatoire de suspects et recherche minutieuse d’indices – porte sur le mobile (c’est-à-dire les circonstances et l’arme du crime). Au fur et à mesure, le détective parvient à la solution en éliminant les uns après les autres les suspects ou les obstacles qui l’empêchent de vérifier ses hypothèses, exactement comme Willianne Ndona, alias la lionne de Willy Gom.

Willy Gom

Toutefois, il sied de faire remarquer que le roman policier contemporain a marqué une nette évolution par rapport au roman policier traditionnel dans le domaine de la caractérisation des personnages : tandis que l’enquêteur était habituellement un professionnel et un être d’exception à l’instar de Willianne Ndona, les enquêteurs des récits plus récents sont des personnages ordinaires, plus proches du lecteur, comme Niamo, personnage central de  Vous mourrez dans dix jours, polar anticipatoire d’Henri Djombo. Non seulement ils ne sont plus policier ni détectives, mais c’est malgré eux qu’ils se retrouvent mêlés à un meurtre ou à une quelconque autre affaire policière. Et s’ils se transforment en enquêteurs, c’est uniquement par nécessité – par amour, par intérêt, ou pour « sauver leur peau ».

Pagesafrik.info : Le livre de Willy Gom remplit-il les conditions pour être classé dans les polars ?     

R.B : La réponse est sans équivoque Les six critères y sont parfaitement réunis. On y retrouve en premier lieu, un meurtre non élucidé, comme en témoigne la page 13 : « Thomas Sankara, président du Burkina Faso vient d’être tué ce matin 15 octobre 1987 dans son bureau où des éléments armés ont fait irruption ».

En deuxième lieu, l’affaire est confiée à Willianne Ndona, alias la Lionne, un agent spécial très performant appartenant à la cellule d’espionnage et Contre-espionnage en abrégé C.E.C.E. « De temps en temps, la jeune femme sentait que son mec se rapprochait un trop d’elle. Mais elle savait comment se comporter dans ce genre de situation. Elle n’était pas venue dans ce club pour batifoler, mais chercher à faire la lumière sur l’assassinat du président Thomas Sankara, froidement abattu dans son bureau. » P.47

En troisième lieu, l’utilisation des gadgets : «En raison de la complexité de cette affaire, des amis américains nous ont fait don d’un matériel sorti depuis très peu de temps de leur laboratoire. » P.26. « Quand elle eut terminé son repas, muni de son détecter en miniature, elle se livra à un petit exercice qui consistait  à scruter chaque recoin de sa chambre. Rassurée qu’il n’y avait pas la moindre présence de tout ce qui pouvait l’inquiéter, elle s’allongea sur son lit pour quelques heures de repos. » P.34

« Ce petit stylo n’est pas véritablement un stylo. Il est à la fois une arme. Il éjecte à une vitesse hallucinante de très fines aiguilles empoisonnées qui tuent leur homme instantanément en l’asphyxiant. » P.71

En quatrième lieu, l’emploi des noms de code : « B555 ; S556 ; W333 ». P27

En cinquième lieu, des suspects forts ou puissants. Exemple : « Ouaddai, le Marabout, ce colonel formé dans cette école militaire Saint-Cyr, avait la réputation d’être un os dur à broyer. Ce n’est pas par hasard que l’homme de Ouaga, le Président Cornelus l’avait rapproché de lui. » P.48. En troisième lieu, des questions susceptibles de mener au succès de l’enquête.

« – Selon vous, qui étaient ces éléments incontrôlés qui avaient froidement tiré sur le président Thomas Sankara ? »

– (…) Le commando qui a assassiné le président Thomas Sankara avait été formé un an auparavant et aussitôt commençait à planifier les choses. Les éléments de ce commando étaient pour la plupart de jeunes mercenaires de nationalité sierra-léonaise recrutés par Abidjan et devaient être gérés par le président Cornelus Toucouleur, à l’époque numéro 2 du pouvoir. Les préparatifs se déroulaient à Bouaké et ses éléments n’avaient rejoint Ouaga que la nuit du 14 au 15 octobre 1987. Voilà ce que je sais. Et vous savez que c’est la vérité. » P.52     

Propos recueillis par Florent Sogni Zaou

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