Littérature. Samafou Diguilou: «C’est la paix qui peut aider la littérature tchadienne à se développer»

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Samafou Diguilou.

Samafou Diguilou est un écrivain tchadien. Il est le président de l’Association des amis de la littérature du Tchad ; président du Pen Tchad et point focal de la fédération des centres PEN d’Afrique francophone. Il a dit à Pagesafrik/Starducongo qui l’a rencontré à Dakar à l’occasion de la 24ème journée internationale de l’écrivain africain, que c’est la paix qui peut aider la littérature de son pays à se développer.   

Comment se portent la littérature au Tchad ? 

Samafou Diguilou : Cette question sur la littérature au Tchad est très pertinente. C’est très difficile de l’expliquer. Vous savez que le Tchad est un pays toujours en guerre et parler de sa littérature n’est pas une chose aisée. Par contre, avec ce temps de répit, et tenant compte de ce que nous avons vécu comme guerres, il y a des jeunes qui essaient d’émerger, de sortir la tête de l’eau mais le grand problème reste la production et l’édition. Nous n’avons pas de ministère digne de ce nom pour les questions de culture et qui soit susceptible d’aider les jeunes écrivains ou les jeunes artistes à promouvoir leurs œuvres.

Au niveau de la littérature, tout le monde sait qu’après avoir écrit, il faut tout de même voir ses livres circuler. Le Tchad n’a pas de maison d’édition digne. Toutefois, il y a quelques tentatives de maisons d’éditeurs mais qui éditent à compte d’auteurs. Il est très difficile pour un jeune auteur de se faire publier.

Les librairies et les bibliothèques ne sont-elles pas des canaux de promotion ?

Samafou Diguilou : Il n’y a qu’une petite librairie au Tchad appartenant à l’église catholique à Ndjaména et à Moundou dans le sud du pays. Au niveau des bibliothèques, on peut dire que c’est une seule qui fonctionne, et bien sûr celle de l’Institut français du Tchad. Le grand problème, c’est que cet institut ne fait pas la promotion de la littérature tchadienne. On n’y trouve que des livres venant de la France.

Comment vous débrouillez-vous devant cette situation dans ce cas ?

Samafou Diguilou : Je rappelle qu’on ne peut pas vivre de la littérature au Tchad. On écrit mais on ne reçoit rien en retour.

Quel est la cagnotte à verser à l’éditeur ?

Samafou Diguilou : Le prix varie en fonction du nombre de pages et du nombre d’exemplaires au tirage. Ils varient toutefois entre 850 000 FCFA pour 500 exemplaires à plus d’un million de FCFA. Vous comprenez que c’est une véritable lutte pour mettre un livre sur le marché. Ce qui est malheureux, c’est que le Tchad n’a pas de mécène, la littérature ou la culture en général n’intéresse pas les gens, il n’y a que la guerre dans leur tête.

Que diriez-vous si on vous demandait de faire une projection de la littérature tchadienne pour les jours qui suivent ?

Samafou Diguilou : On dit que l’espoir fait vivre. On ne va pas passer le temps à désespérer, je me dis que la littérature tchadienne va prospérer, à condition qu’il y ait la paix chez nous avec cette affaire de terrorisme, de Boko Haram. Cela constitue également un frein à la production littéraire. Il y a beaucoup de jeunes qui s’en intéressent.  J’ai organisé un atelier d’écritures et les textes qui en sont sortis sont formidables.

Propos recueillis par Florent Sogni Zaou

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