Littérature congolaise : Même les nuits denses ont leur lumière[1] de Sauve-Gérard Ngoma Malanda

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De la poésie à la nouvelle, l’écriture de Sauve-Gérard Ngoma Malanda entremêle une forte poéticité de dire l’existence et de rendre attrayant le discours à travers la notion de la littérarité. Sa prose narrative, Même les nuits denses ont leur lumière, pose un problème de brièveté du discours, répondant certes à la normalisation du cadre générique de l’écrit (la nouvelle comme genre), mais s’ancre également dans un imaginaire socio-culturel bien défini, tout en traduisant un lien étroit avec la société congolaise à partir des thèmes qu’elle développe.

Dès la préface de l’œuvre, Boniface Mongo-Mboussa tente de situer l’auteur dans le sillage de la littérature congolaise, et rapproche son écriture, du point de vue thématique, à celle de Jean-Baptiste Tati Loutard, notamment dans cet art de dire les « chroniques congolaises » sur le plan sociologique et anthropologique. Ce qui, en revanche, permet l’identification directe du lecteur congolais aux différentes réalités mises en exergue. Dans ce sens, les différentes nouvelles proposent une vitrine simple et complexe de la société congolaise dans une certaine mesure.

S’articulant autour de cinq nouvelles : « une sorcière à via Karta », « Peaux de banane », « Mambou la fille », « le supplice de Mpassi Ndzolufua », et « la fille au parapluie », ce recueil pose en réalité les problèmes très courants des sociétés actuelles, et dénonce les crises morales et  certaines réalités traditionnelles rétrogrades, à l’instar de la perception de la mort et du double fantomal. Il est question de faire de l’œuvre littéraire  un réel miroir, en soulevant de nombreuses questions sociales, sans en revanche, en donner les pistes de solutions de façon directe. C’est aussi là l’un des rôles de l’écrivain, en suscitant la participation de tous dans la résolution des problèmes soulevés. Chacune de ses nouvelles se terminent par un suspens des faits, comme pour inciter le lecteur à une réflexion personnelle.

La nouvelle « une sorcière à Via Karta » semble traduire le contraste de certaines pratiques entre la tradition et la modernité. Ce contraste se situe sur la « modernisation » ou l’affabulation de l’acte sexuel, à travers la relation transgénérationnelle entre un sexagénaire et une fille de seize. Ainsi, l’expertise sexuelle de la jeune fille devient un acte de sorcellerie pour le sexagénaire. Ce dernier devient plus qu’une proie, et ne peut  supporter sa boulimie sexuelle qui devient plus qu’affolante. La nouvelle paraît comique certes, mais développe deux points importants : La délinquance sénile d’une part, et l’adhésion à des pratiques sexuelles tantôt non commodes ou contraires à des cultures propres.  Il s’agit là des abus sexuels dus à une conscience sénile dépravée. Cette délinquance sénile procédant du harcèlement et du viol, se découvre également dans « Mambou la fille ». Le problème qui se pose ici, est surtout celui de l’abus sexuel, de l’instrumentalisation de la jeune fille et de l’immoralité.

Dans l’ensemble, cette manière de l’auteur de dévoiler la société, ne va pas sans l’idée d’une quelconque dénonciation. C’est une manière de rétablir le sens, et d’appeler à la conscientisation de tous, sur les pulsions libidinales, et à la chosification de la femme dans certains univers sociaux.

Rosin Loemba

[1] Sauve-Gérard Ngoma Malanda, Même les nuits denses ont leur lumière, Paris, L’Harmattan, 2018.

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