LITTERATURE CONGOLAISE. IN MEMORIAM : Se souvenir de l’étoile Calissa Ikama

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11 novembre 2007 – 11 novembre 2017. Voici une décennie que la plus jeune des écrivaines nous quittait dans l’urne de ses quinze ans. Plongée dans cette funeste journée du 11 novembre 2007 que nous avions partagée avec Jean-Jacques, son père en revisitant la perle littéraire qu’elle nous a laissée : Le Triomphe de Magalie1.  Cette triste journée du 11 novembre 2007, nous traduisions notre amertume à travers le texte ci-après que nous devons revisiter pour toujours penser à cette perle littéraire.

Texte-souvenir : La plus jeune écrivaine2 congolaise vient de nous quitter ce dimanche 11 novembre 2007, à la suite d’une maladie. Et la nouvelle nous est tombée comme un couperet. Ma pensée va tout droit à mon ami Jean Jacques, son père. Elle avait 15 ans.

Calissa Ikama : Le Triomphe de Magalie,  un héritage trop précoce.

L’année 2007 se termine d’une façon méchante pour la littérature congolaise. La plus jeune écrivaine congolaise vient de nous quitter ce 11 novembre 2007 à la suite d’une maladie. Et la nouvelle nous est tombée comme un couperet. Ma pensée va tout droit à mon ami Jean Jacques son père quand, de passage à Paris, il me remettait Le Triomphe de Magalie de la petite Calissa pour un travail de recherche sur le roman congolais. Et nous ne pouvons que rendre hommage à cette belle plume qui vient de s’éteindre précocement en faisant découvrir au public son premier livre.

Le Triomphe de Magalie, un récit écrit par une adolescente qui met en relief le monde des jeunes à l’orée de l’âge adulte. Flirts, turbulences sentimentales avec ses corollaires tels l’intimité, la jalousie et le mariage constituent la toile de fond des aventures de Magalie.
Magalie, vivant encore sous le toit parental, tombe amoureuse de Sébastien dans des conditions idylliques. Et cet amour est tout de suite connu de leurs parents. Elle a une amie de confiance, Michaëlina à qui elle annonce son amour pour Sébastien. Mais il y a aussi une certaine Judith qui veut aussi convoiter le jeune Sébastien et qui manifeste sa jalousie vis-à-vis de Magalie. Au cours d’une rencontre des trois amies, elle est étonnée quand Michaëlina lui apprend le futur mariage de Magalie avec Sébastien. Judith se passe même pour la femme de Sébastien quand elle le manque à son bureau. Elle meurt par accident après qu’on l’ait dénoncée à Magalie pour avoir attenté à la vie de ces derniers. Et sa mort afflige presque tous ses amis. Entre temps, une fugue de Magalie inquiète ses parents.
Lors d’une visite de Sébastien chez Magalie, le jeune homme est mal reçu par les parents de son amie. De retour chez lui, il fait un accident qui le conduit à l’hôpital. Interpellée par Julie la sœur de Sébastien qui lui apprend la nouvelle, Magalie ne peut supporter ce qui vient de se passer. Elle s’évanouit et est aussitôt conduite à l’hôpital. Quand elle reprend connaissance, elle s’en prend à ses parents qui seraient responsables de l’accident de Sébastien. A l’hôpital, les deux amis manifestent ouvertement leur amour. Après une semaine, Sébastien va se faire soigner en Californie avec ses parents. Magalie, de son côté, regagne la maison où il reçoit quelque temps après un colis de Sébastien qui lui confirme son amour en lui annonçant aussi son retour imminent. Elle est même l’objet de provocation de la part de plusieurs filles qui veulent la séparer de Sébastien par jalousie.
Entre temps, Julie est allée s’excuser auprès de Magalie pour l’avoir accusée d’être à l’origine de l’accident de son frère.
Dans ce milieu des jeunes où les deux amis se peuvent contrôler leurs passions, leur amour évolue en dents de scie. Sébastien est jaloux d’un certain Matt. Et pour s’être mal comporté, il est chassé du domicile de Magalie. Mais celui-ci écrit à cette dernière pour lui confirmer ses sentiments en lui demandant pardon pour son mauvais comportement. Séduite par Serge, Magalie résiste aux avances du jeune homme. Les deux prétendants se rencontrent chez Magalie qui préfère Sébastien à la grande joie de ses parents. A partir de ce moment, les deux amants pensent à leur mariage. Magalie annonce la bonne nouvelle à son amie Michaëlina qui, elle aussi est tombée amoureuse d’un jeune homme. Se déroulent alors la cérémonie de la dot, le mariage puis le voyage de noces en Italie. De son côté, Michaëlina est sauvée de l’amertume par Jacques qui l’aime et l’épouse par la suite. Et les deux amies connaissent le bonheur conjugal quand elles sont mères. Avec une multitude de personnages qui se découvrent au fur et à mesure que s’ouvrent les pages du livre constitué par une succession de tableaux, Le Triomphe de Magalie se montre plus proche du théâtre que de la narration. Un texte où les personnages sont plus scéniques que descriptifs, un texte facile à monter sur les planches.

Partir si jeune….

Cette belle écriture qui a défini une autre façon de produire le romanesque sur fond de théâtralité par une jeune élève, montre à suffisance qu’ « aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre d’années ». Aussi, les jeunes filles de son âge devraient trouver à travers ce livre-héritage un exemple pour marquer le futur de notre littérature. L’artiste ne meurt jamais. Et à nous de préserver Le Triomphe de Magalie et pourquoi pas le mettre au programme dans le cycle secondaire des collèges ou lycées pour immortaliser à jamais celle qui a été pour nous un phénomène de la littérature en bousculant trop précocement la porte de l’univers de l’écriture.

Noël Kodia-Ramata

Notes
1 Calissa Ikama, Le Triomphe de Magalie, Editions Lemba, Brazzaville, 2005, cité dans Dictionnaires des œuvres littéraires congolaises, éd. Paari, Paris, 2010
2 Elle se découvre écrivaine sur les bancs de l’école quand elle est atteinte par le virus de l’écriture. Née en 1992 à Brazzaville et encore élève dans un collège de Brazzaville quand elle surprend le monde des lettres congolaises, particulièrement le professeur Kadima Nzuji de l’université Marien Ngouabi en publiant sa première œuvre en classe de 4è. Le Triomphe de Magalie, un roman qui se trouve au confluent du roman et du théâtre. Avec ce livre elle apparaît comme la plus jeune des écrivaines congolaises et une figure prometteuse de la littérature du XXIe siècle avec plusieurs manuscrits dans ses tiroirs. Malheureusement le destin a dit son mot, le dimanche 11 novembre 2007. Calissa Ikama nous a quittés en nous laissant un héritage précoce et précieux qu’il faudra préserver.

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