L’inclusion économique des femmes à la traîne dans la région MENA

Le score moyen le plus faible en matière d’égalité hommes-femmes, selon la BM

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Bien qu’elles aient introduit 19 réformes en faveur des droits de la femme au travail, les économies de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) sont encore loin de prétendre à une véritable inclusion économique des femmes.

En effet, la région affiche le score moyen le plus faible en matière d’égalité hommes-femmes avec un indice de 47,37 et c’est aussi celle dont la moyenne progresse le moins vite, relève la Banque mondiale (BM) dans un rapport intitulé : « Les femmes, l’entreprise et le droit 2019 : une décennie de réformes ».

L’institution financière internationale note toutefois que « le cadre du mariage a évolué, quatre économies (l’Algérie, Bahreïn, le Liban et l’Arabie Saoudite) s’étant dotées de lois contre les violences domestiques. La Jordanie a mis en place des points de retraite pour les périodes d’interruption de travail liées à la garde des enfants ».

A l’échelle africaine, il ressort du rapport que la région de l’Afrique subsaharienne détient le record du nombre de réformes en dix ans, avec plus de 71 textes, note la Banque mondiale soulignant que «si cette évolution s’explique en partie par le grand nombre d’économies constituant la région, elle témoigne néanmoins des progrès enregistrés depuis dix ans ».

D’après l’étude, plus de la moitié des réformes adoptées dans cette région concernent l’accès à l’emploi et le mariage. A propos de ces deux indicateurs, l’institution précise que « les améliorations les plus notoires ont trait aux lois relatives à la violence à l’encontre des femmes”. 

Par ailleurs, poursuit la Banque, cinq économies d’Afrique subsaharienne ont adopté des lois contre le harcèlement sexuel au travail et les violences domestiques.

Tout en reconnaissant les avancées de l’inclusion économique des femmes en dix ans de réformes, le nouvel indice de la Banque mondiale note, à l’échelle mondiale, que les femmes ne se voient accorder que les trois quarts des droits reconnus aux hommes.

Une situation qui « les empêche d’accéder à l’emploi ou de créer une entreprise et de prendre les décisions économiques les plus adaptées pour elles et leurs familles », déplore l’institution dont le nouvel indice évalue les étapes importantes de la vie professionnelle d’une femme, du premier emploi à la pension de retraite, ainsi que les protections juridiques associées à chacune de ces étapes.

Comme le souligne Kristalina Georgieva, présidente par intérim du Groupe de la Banque mondiale, « les progrès sont là, mais ils sont encore trop lents, car 2,7 milliards de femmes se heurtent toujours à des obstacles juridiques qui limitent leurs options par rapport aux hommes ».

Pour la responsable de la BM, il est donc plus qu’urgent de « démanteler les barrières qui empêchent les femmes d’aller de l’avant et ce nouveau rapport devrait nous permettre de prouver que les réformes sont possibles, et d’accélérer le changement».

Car, le rapport révèle que nombre de femmes continuent de se heurter à des lois et des réglementations discriminantes à toutes les étapes de leur vie professionnelle. C’est le cas de 56 économies (toutes régions du monde et tous niveaux de revenu confondus) qui n’ont adopté aucune réforme en dix ans pour améliorer l’égalité des chances entre les sexes.

Par ailleurs, « la gestion d’actifs, un domaine de l’indice qui examine les inégalités entre les femmes et les hommes en matière de droits de propriété, est particulièrement à la traîne », constate la BM.

Dans son rapport, la Banque mondiale estime que les réformes juridiques et réglementaires constituent une première étape fondamentale dans le processus menant à la parité hommes-femmes, mais que cela exige une volonté politique affirmée et des efforts concertés des gouvernements.
La BM note que les progrès obtenus en dix ans dans les domaines mesurés par l’indice sont significatifs. Elle en veut pour preuve qu’au cours de cette période, la moyenne mondiale est passée de 70 à 75. 

Selon les données recueillies par l’institution, « 131 économies ont introduit 274 réformes juridiques et réglementaires pour améliorer l’inclusion économique des femmes; 35 économies se sont dotées d’une protection juridique contre le harcèlement sexuel au travail, protégeant près de 2 milliards de femmes de plus qu’il y a dix ans et 22 économies ont supprimé les entraves au travail des femmes, améliorant la possibilité d’accéder à certains secteurs de l’économie qui leur étaient jusque-là interdits ».

Au cours de cette même période, 13 économies ont adopté des lois imposant le principe de l’égalité de rémunération pour un travail de valeur égale, ajoute la Banque soulignant que les économies ayant introduit des réformes obtiennent une hausse supérieure du pourcentage de femmes qui travaillent, favorisant ainsi leur émancipation économique.  

A signaler que les données analysées par la Banque couvrent une période de dix ans, chacune des 187 économies étudiées étant notée en fonction de huit indicateurs.

Alain Bouithy

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