L’histoire du VTT au Maroc, par le sélectionneur national Abderrahim Riadi

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Abderrahim Riadi est en charge de la direction technique de l’équipe national de VTT Cross Country.

L’histoire du VTT, Aberrahim Riadi, en charge de la direction technique de l’équipe national de VTT Cross Country est bien placée pour nous en parler. Alors que la première édition du championnat Arabe de VTT cross-country  se tient du 29 octobre au 2 novembre à Tunis (Tunisie), il nous conte passionnément l’avénement du VTT dans le royaume, dont Il est pionnier.

L’aube :

Passionné de cycle, mon aventure avec le Vélo Tout Terrain ou le Mountain Bike est née d’une curiosité. Je vivais à Azrou, encerclé par les sentiers de montagnes.  Un jour, j’ai eu vent de la fabrication d’un vélo révolutionnaire. C’était le Vélo Tout Terrain. Afin étancher ma soif de découverte et tester le comportement de ce type de Vélo sur les sentiers de ma région, j’ai réussi à importer un modèle, en 1987.

Actuellement, il peut paraître archaïque, lourd, seulement à deux vitesses, grand et petit plateau, mais aussi, rigide, car dénué de suspensions . Mais à cette époque, il représentait une immense révolution. J’ai pris tellement de plaisir sur cette machine, que je me suis dit qu’il fallait partager cette découverte avec le maximum de monde. Alors, j’ai pris la décision de créer le premier club de Vélo Tout Terrain au Maroc, le VTT club d’Azrou.

Mais, il m’a fallu attendre le début des années 1990, pour concrétiser ce projet.  C’est à l’aube de cette décennie, que le Vélo Tout Terrain est apparu sur le marché national. C’était des machines encore plus développées que celle que je possédais. Semi rigide, équipées de suspensions et fourches à air, d’origine italienne, Finelli.

Cette vulgarisation du Mountain Bike a accéléré la création du club VTT d’Azrou, et provoquer le début des compétitions, sous la forme de Raids, sur les circuits, d’habitude consacrés aux courses à pieds.

Malgré un nombre restreint de Vététistes, et des clubs quasi inexistants, la fédération de Ski et des sports de montagne a pris sous son aile, ce sport méconnu.

l’institutionnalisation du VTT a œuvré à la création de plusieurs clubs. Le Club VTT D’Oujda, ainsi qu’à Casablanca, avec la création d’un club omnisports affilié à la fédération de ski et de sport de montagne, crée par un collectif de Vététistes.

L’aurore:

En 1995, la première grande compétition fut le Raid de l’atlas. Cette course à pied, Cross country, organisée par la fédération de Ski et de montagne, en était à sa 5ème édition. Contrairement aux précédentes, celle ci présentait une particularité, la programmation d’ une course de VTT sur circuit fermé, au départ de la station de Ski de L’Oukaimden, jusqu’au refuge du Toubkal.

Par la suite, plusieurs courses informelles ont trouvé refuge dans le moyen atlas, notamment dans la périphérie des villes d’Azrou et Ifrane.

En 1997, La fédération de ski et sport de montagne fut l’instigatrice de la première course exclusivement consacrée au Vélo tout terrain, le tour des lacs du moyen atlas. Une course par étapes de 6 jours, qui commençait à Ifrane, pour se terminer sur les rives du lac Ait Ourir , en passant par Le lac Daït Aoua. Elle a vu la participation d’une trentaine de passionnés en provenance de Casablanca, Meknes, Azrou et Marrakech.

La même année, une compétition organisée à Casablanca, par la fédération de Ski et sport de montagne, en étroite collaboration avec la Fédération royale marocaine de cyclisme, a acceléré l’intégration de cette discipline au sein de la fédération de cyclisme.

Ce passage de témoin est venu répondre aux griefs de l’union cycliste internationale, dont le règlement catégorise le VTT comme une activité cycliste.

Une nouvelle affiliation entérinée par la tenue d’une compétition à Ouled Salah, quelques mois plus tard.

Le Zenith :

En 1998 le club VTT d’Oujda a inauguré les compétitions dans le nord du pays, à travers le grand prix VTT d’Oujda, suivi par une course à Tétouan, organisé par le lycée Juanito Benavente. Cette dernière a connu une grande affluence, venues de tout le Maroc et même de Sebta.

A Azrou ont a continué à perpétuer la tradition du tour des lacs du moyens atlas.

Le soutient financier qui nous était octroyé par la fédération et les communes était insuffisant. On cuisinait sur place, on dormait sous de grandes tentes communales. Une situation extrêmement précaire que seule notre passion nous permettaient de supporter.

La période allant de 2001 à 2003, a vu la création de plusieurs clubs. À Mrirt, Khenifra, puis à Fès, Béni Mellal, Sefrou et Nador ainsi que des sections VTT au Racing Universitaire de Casablanca et au Yacht Club D’Agadir.

Ces clubs ont été créés pour répondre à l’augmentation de vététistes dans l’ensemble du pays. Il fallait encadrer juridiquement cette discipline et permettre à ses pratiquants d’acquérir des licences.

en 2003 tous ces clubs ont œuvré de concert à la création de l’association marocaine de VTT.

Sa mission première a été de faciliter le travail de la fédération, notamment par la création et la gestion d’une section VTT,  présidée par le docteur Rezak Noureddine.

Cette structuration nous a permis, la même année, de participer à notre première compétition internationale, organisée en Turquie, dans la magnifique région de la Cappadoce. Une épreuve mondialement reconnue, faisant partie intégrante du calendrier du championnat du monde de VTT Cross Country. Puis nous avons enchaîné, une seconde participation internationale en 2005, en Espagne, à la Volcat. Une course par étapes de trois jours et qui passe par divers points de la géographie catalane.

En 2006, le club d’Azrou VTT a concouru au Raid de la TRANSATLAS. Une épreuve de VTT par étapes organisée par Sphère Aventure et Looping Events Maroc, organisateurs de la Trans-marocaine et de la Boliviana, en collaboration avec le magazine O2 Bikers, sous l’égide de la Fédération Royale Marocaine de Cyclisme. Puis au Titan Désert, surnommé le Dakar du cyclisme en raison de la nature de la compétition et sa difficulté. Une épreuve d’orientation, de résistance et d’endurance en VTT, disputée sous forme de challenge.

En 2007, la ville de Béni Mellal a accueilli deux compétitions, fruits de la collaboration entre le club Raja Béni Mélal de VTT et le département Rhône Alpe, en France. Cette opération a donné un vrai coup de pouce au développement de cette discipline dans la région de Béni Mellal.

Quelques années plus tard, nous avons pleinement mis le pieds dans le monde du professionnalisme avec la création d’une équipe nationale composée de 6 éléments, en se concentrant uniquement sur le volet olympique de la discipline, à savoir le Cross Country.

Actuellement :

De nos jours, la situation de ce sport reste du domaine du perfectible. Les effort fournis par la fédération se heurtent aux problèmes budgétaires récurrents, qui auraient pu être partiellement solutionnés, si nous avions saisi une opportunité d’exposition médiatique internationale.

Elle tenait dans l’organisation d’une manche du championnat du monde au Maroc, à Oujda. En 2011, des commissaires de l’Union Cycliste Internationale, ont longuement étudié cette possibilité. Ils étaient convaincus de la faisabilité d’un tel projet. Cependant le manque de garanties fournies par la fédération et les pouvoirs publics, a découragé l’UCI.

Dans l’optique d’atteindre l’objectif fixé par la fédération, construire une équipe nationale forte, la tenue d’une manche de coupe du monde sur notre sol, aurait pu servir ce dessein. D’une part à travers le rayonnements médiatique international, qui draine une masse d’argent, en l’occurrence grâce aux sponsors et à l’aide de l’UCI. Et d’autres part, au niveau national, afin d’augmenter le nombre de licencié et par ricochet, agrandir le vivier de jeunes athlètes susceptibles de gagner à l’avenir.

Cependant, je peux vous assurer que nous avons des athlètes de haut niveau. Pour preuve, la médaille de bronze décrochée lors du championnat d’Afrique de Cross Country, organisé au courant de l’année en île Maurice. Un résultat exceptionnelle pour une première participation.

Maintenant, nous essayons par tous les moyens de décrocher une place pour les prochains jeux olympiques de Tokyo. C’est notre objectif suprême. Mais, nous avons impérativement besoin d’une rallonge budgétaire, pour être présents aux différentes manches de championnat du monde et d’Afrique dans le but d’engranger le plus de point et de valider notre billet pour les J.O de 2020.

En attendant, nous sommes focalisés sur la prochaine compétition. À savoir, le premier championnat arabe de Cross Country VTT qui se tiendra, le 20 octobre prochain, en Tunisie.

Chady Chaabi

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